Ernest Joseph King, né le à Lorain (Ohio) et mort le à Kittery (Maine), est le commandant en chef de la Flotte des États-Unis et le chef des opérations navales (COMINCH-CNO) durant la Seconde Guerre mondiale. L'exercice conjoint de ces deux fonctions est un cas unique dans l'histoire de lUS Navy.
À ce titre, l'amiral King était membre de la réunion des chefs d’état-major (Joint Chiefs of Staff) américains. Il était chargé de la planification et de l'administration de lU.S. Navy. Mais il était aussi extrêmement présent dans la conduite des opérations navales. Il a été alors le deuxième plus haut gradé de la Marine américaine après l'amiral Leahy, précurseur du poste de chef d'État-Major des armées, et le supérieur direct de l'amiral Nimitz, commandant de la Flotte du Pacifique. Il servit dans ces fonctions sous les secrétaires à la Marine Frank Knox puis James Forrestal. Il a été promu amiral de la Flotte le .
Carrière avant la Seconde Guerre mondiale
Ernest J. King est né à Lorain (Ohio), le , fils de James Clydesdale et Elizabath Keam King. Il étudie à l'Académie navale d'Annapolis à partir de 1897 jusqu'en 1901, où il est classé quatrième de sa promotion. Au cours de sa dernière année à l'Académie, il atteint le grade d'aspirant lieutenant-commander, le grade d'aspirant le plus élevé à cette époque.
Dans la flotte de surface
Alors qu'il était encore à l'Académie, il sert sur l' au cours de la guerre hispano-américaine. Après l'obtention de son diplôme, il servit comme officier subalterne sur le patrouilleur , puis successivement à bord des cuirassés , , et , ainsi que sur le croiseur .
Alors qu'il était encore à l'Académie navale, il rencontre Martha Rankin (« Mattie ») Egerton, jeune fille de la haute société de Baltimore, qu'il épouse en 1905, avec laquelle il aura six filles et un garçon.
Le lieutenant (en ) King est affecté en service à terre à Annapolis en 1912. Il reçoit son premier commandement, le destroyer en , participant à l'occupation américaine de Veracruz. Il commande ensuite un destroyer plus récent, l'.
Lors la Première Guerre mondiale, il sert à l'état-major du vice-amiral Mayo, commandant-en-chef de la Flotte de l'Atlantique. Il effectue alors de fréquentes visites après de la Royal Navy et a de temps en temps la possibilité de voir l'action sur des bâtiments britanniques en tant qu'observateur. Il semble que son antipathie à l'égard de la Royal Navy s'est développée durant cette période, bien que les raisons en soient toujours obscures. Il est décoré de la Navy Cross .
Promu captain (en ) en , King devint, après la guerre, chef de l'École navale supérieure. Avec les capitaines de vaisseau Dudley Knox Wright et William S. Pye, King rédigea un rapport sur l'entraînement naval qui recommandait des changements sur la formation maritime et les parcours professionnels. La plupart des recommandations du rapport furent acceptées et devinrent officielles.
En tant que jeune captain, le meilleur commandement à la mer qu'il réussit à obtenir en 1921 fut le bâtiment de soutien logistique (transport de vivres) . Le développement relativement nouveau de la force sous-marine offrait de meilleures perspectives d'avancement.
Dans la flotte sous-marine
De 1923 à 1925, il occupa plusieurs postes liés à des sous-marins. King participa à une formation de courte durée à la base navale sous marine de New London, avant de prendre le commandement d'une division de sous-marins, arborant sa marque de commandement sur le sous-marin . Il n'a jamais obtenu son insigne de , bien qu'il ait proposé et conçu le désormais familier insigne du dauphin.
En 1923, il prit le commandement de la base sous-marine elle-même. Pendant cette période, il dirigea le sauvetage du sous-marin , gagnant la première de ses trois médailles pour service distingué de la Marine.
Dans l'aéronautique navale gauche|vignette|Le contre-amiral King arrive à bord de l' dans un SOC Seagull en 1936.
En 1926, le contre-amiral William A. Moffett, chef du Bureau of Aeronautics (BuAer), demanda à King d'envisager son transfert dans l'aéronautique navale. King accepta l'offre et reçut le commandement du ravitailleur d'hydravions USS Wright (AV-1) avec des fonctions supplémentaires telle que proche conseiller à l'État-major du Commandant des escadrilles de la Flotte de l'Atlantique.
La même année, le Congrès américain adopta une loi disposant que les commandants de porte-avions, hydravions, et d’installations côtières de l'aviation devaient avoir la qualification de pilote de l'aéronautique navale ou d'observateur aérien. En 1927 King fut donc dirigé vers la base aéronavale de Pensacola pour suivre une formation de pilote. Il était le seul captain dans sa classe de vingt et qui comprenait également le commander (en ) Richmond K. Turner. King reçut son brevet d'aviateur naval sous le le , et reprit le commandement de l'USS Wright. Son biographe décrivit ses capacités en vol comme « erratiques » et cita le commandant de l'escadrille avec laquelle il volait et qui lui demanda s'. Entre 1926 et 1936, il effectua en moyenne 150 heures de vol par an. King commanda l'USS Wright jusqu'en 1929, sauf lors d'un bref intermède où il supervisa le relevage du sous-marin . Il devint ensuite chef adjoint du Bureau de l'Aéronautique sous l'autorité du contre-amiral Moffett. Les deux hommes se brouillèrent à propos de certains éléments de la politique générale du Bureau, et il fut remplacé par le commander John Henry Towers et désigné au commandement de la Base navale de Norfolk.
vignette| Le contre-amiral King, en 1937, aux bancs de sable de la Frégate française, entre les Hawaii et Midway.
Le , King reçut le commandement de l' alors l'un des plus grands porte-avions du monde, qu'il commanda durant les deux années suivantes. En 1932, Ernest King entreprit de suivre le cursus de l'École supérieure de guerre navale (Naval War College). Après que le contre-amiral Moffet eut été tué lorsque le dirigeable s'est écrasé, le , King devint chef du Bureau de l'Aéronautique, étant le seul candidat à ce poste à avoir la qualification de pilote de l'aéronautique navaleKing The Pacific War Online Encyclopedia, et fut promu contre-amiral le . En tant que chef du BuAer, King travailla en étroite collaboration avec le chef du Bureau de la Navigation, le contre-amiral William D. Leahy, afin d'augmenter le nombre d'aviateurs navals.
À la fin de son mandat en tant que chef du bureau de l'aéronautique en 1936, King devint commandant de l'aviation basée à terre à la base aéronavale de North Island (Naval Air Station North Island), à San Diego. Il fut promu vice-amiral le devenant commandant de l'aviation de la Force de bataille (et se trouvant à ce moment un des trois seuls vice-amiraux de la Marine des États-Unis). Il a donc participé à ce titre aux manœuvres navales annuelles (en ), qui ont mis en évidence, sans que la leçon eût été retenue, la vulnérabilité d'installations maritimes côtières, comme la base de Pearl Harbor ou le canal de Panama à des attaques aéronavalesErnest King ussflierproject.com.
King espérait être nommé chef des opérations navales, mais le , il fut nommé membre du General Board, considéré comme le « cimetière des éléphants » pour les amiraux attendant la retraite. Il s'y fit cependant remarquer par une étude sur l'insuffisance de la défense contre avions de la Flotte et les remèdes à y apporter, qui impressionna le secrétaire à la Marine Charles Edison, qui le recommanda au président Roosevelt.
Pendant la Seconde Guerre mondiale
Commandant de la Flotte de l'Atlantique (septembre 1940-décembre 1941) droite|vignette|Churchill et Roosevelt à bord du à la conférence de l'Atlantique le . Au second plan l'amiral King, le général Marshall, le général Sir John Dill, l'amiral Stark et l'amiral de la flotte (RN) Sir Dudley Pound.
Sa carrière fut relancée par l'un de ses rares amis dans la Marine, l'amiral Stark, chef des opérations navales, qui considérait que le talent d'Ernest King pour le commandement était mal employé au General Board. L'amiral Stark proposa King comme commandant en chef de la Flotte de l'Atlantique. Nommé à ce poste à l'automne 1940, le vice-amiral King fut promu amiral en . Le président Roosevelt embarqua sur son navire amiral, le croiseur lourd , pour se rendre à la conférence de l'Atlantique, en .
À cette période où le Royaume-Uni menait dans l'Atlantique une bataille difficile contre les sous-marins du contre-amiral Doenitz, le président Roosevelt a engagé les États-Unis dans une politique de soutien des démocraties sans aller jusqu'à la guerre, en assouplissant la législation garantissant la neutralité américaine, et en mettant en place un système de patrouilles de neutralité dans l'Atlantique au large des côtes américaines. Cette activité de lU.S. Navy a été à l'origine de plusieurs incidents avec les U-Boots (attaques de l', de l' et de l', à l'automne 1941).
Commandant en chef de la Flotte et chef des opérations navales
Fin , il devint commandant en chef de la Flotte des États-Unis, dont l'acronyme COMINCH a été substitué à CINCUS. Remplacé par le vice-amiral Ingersoll comme commandant-en-chef de la Flotte de l'Atlantique (CINCLANT), il a décidé que son poste de commandement ne serait plus sur le navire amiral de la flotte du Pacifique ou de l'Atlantique, mais à Washington. Fin , il a été nommé chef des opérations navales, en remplacement de l'amiral Stark. Il a exercé conjointement ces deux commandements pendant toute la guerre du Pacifique.
Ernest King avait une personnalité complexe, arrogant, exigeant, grand buveur, John Ray Skates le décrit
Mais on lui reconnait un génie de l'organisation, une prédilection pour la technologie, une mémoire remarquable et une compétence très étendue en tous domaines de la guerre navale, sous-marins, destroyers, et aviation. Eric Larrabee, dans son ouvrage de 1987, Commander in Chief: Franklin Delano Roosevelt, His Lieutenants, and Their War a conclu que .
Vision stratégique et opérations dans le Pacifique
Ernest King avait un réel intérêt pour le Pacifique qui avait été au centre de la planification de la Marine américaine depuis deux décennies, mais Eric Larrabee, dans son ouvrage précité, considère qu'il avait un sens de la stratégie globale, qui le fit pleinement adhérer à la stratégie de . Cependant il était aussi persuadé qu'il fallait mener une guerre défensive pugnace dans le Pacifique, et il a poussé pour l'allocation de ressources suffisantes permettant d'y mener une stratégie agressive d'offensives limitées, pour déséquilibrer les Japonais jusqu'à ce que lU.S. Navy soit assez forte pour lancer une contre-offensive avec des troupes bien aguerries. Il pensait qu'il n'y aurait assez de munitions pour une action offensive à la fois dans le Pacifique et en Europe qu'une fois l'industrie de guerre américaine parvenue à sa pleine production.
vignette|gauche|Repas des Chefs d'États-Majors, le général Arnold, l'amiral Leahy, l'amiral King et le général Marshall, en 1943.
Bien que l'amiral Nimitz, le nouveau commandant de la Flotte du Pacifique, fût un des plus brillants amiraux de lU.S. Navy, Ernest King lui tint « la laisse courte », et c'est lui qui a dicté la stratégie des raids de porte-avions au début de 1942, contre les positions japonaises des îles Marshall et Gilbert. Il avait en effet correctement apprécié le fait que les opérations japonaises étaient soigneusement planifiées, mais rigidement exécutées, au point de ne pas permettre de réagir à des attaques de diversion. Dans cet esprit, le raid sur Tokyo a conforté son opinion, en balayant ce qui restait d'opposition au Japon contre l'opération de Midway, qui s'est révélée désastreuse pour la force aéronavale japonaise. Mais l'amiral King a su, à cette occasion, laisser l'amiral Nimitz mener l'affaire comme il l'entendait.