La famille Xiphilin est une famille byzantine de province installée à Constantinople, apparaissant dans les sources du XIe siècle au XIIIe siècle. Elle a fourni plus d'une vingtaine de membres entre le XIe siècle et 1204.

Histoire de la famille

Etymologie L’étymologie du nom Xiphilin est l’objet de plusieurs hypothèses. Selon Christos Tzitzilis, spécialiste de la langue grecque, le nom est sûrement lié à l’adjectif grec ὀξύφυλλος (« à feuilles pointues »). Selon Alexandra-Kyriaki Wassiliou-Seibt, spécialiste en sigillographie byzantine, l’adjectif se serait transformé en ξυφύλλ (« pousse du chêne à feuilles pointues »). Le chêne est une espèce retrouvée à Trébizonde, ce qui pourrait justifier l’hypothèse des linguistes quant à l’étymologie du nom Xiphilin.

Origine de la famille La famille Xiphilin est originaire de Trébizonde et apparaît dans les sources littéraires dès 1047 avec le futur patriarche Jean VIII Xiphilin (1064-1075). Elle prospère aux XIe et XIIe siècles en fournissant de nombreux fonctionnaires civils et ecclésiastiques. Appartenant à la petite aristocratie, la famille fournit, entre autres, plusieurs juges qui reçoivent une bonne éducation.

Fonctions au sein de la famille alt=Revers du sceau en plomb du patriarche Jean VIII Xiphilin.|gauche|vignette|250x250px|Revers du sceau en plomb du patriarche Jean VIII Xiphilin, musée numismatique d'Athènes. Les membres connus sont essentiellement des hommes, identifiés grâce à leur fonction, car peu de liens de parenté directs transparaissent dans les sources. Les membres de la famille sont surtout identifiés par la sigillographie. Des chroniqueurs byzantins comme Michel Psellos ou Jean Skylitzès en ont aussi mentionnés. Selon Marion Kruse, chercheuse en histoire byzantine, la plupart est attestée grâce à leur proximité avec Michel PsellosMarion Kruse 2019, p. 263.. Les plus connus sont l'historien Jean Xiphilin et son oncle du même nom, le patriarche Jean VIII Xiphilin. Pourt le XIe et le XIIe siècles, la famille compte au moins deux patriarches, Jean VIII Xiphilin (I) et Georges II Xiphilin (XIX).

Elle fournit également au moins trois juges et deux membres du Sénat. La famille est alors composée de nombreux lettrés et clercs (patriarches et moines). De nombreux membres reçoivent au moins une dignité, comme les dignités de patrice, vestarque, protovestès ou illustrious. Elle compte deux militaires, un stratège (II) et un drongaire de la garde (XI). Membres connus +NomPériodeCarrière1Jean Xiphilinvers 1010-1075Illustrious et juge de l'hippodrome, devenu patriarche de Constantinople sous le nom de Jean VIII Xiphilin.Avant d'entrer en fonction, il est nomophylax (chef de la faculté de droit de Constantinople qui fournit des magistrats dans l'empire), une nouvelle fonction au XIe siècle. Jean est aussi magistros vers 1054Alexandra-Kyriaki Wassiliou-Seibt 2012, p. 309-310.. Il s'exile la même année dans un monastère en Bithynie avant de devenir patriarche en 1063. Il succède à Constantin III Lichoudès. Il écrit un décret synodal sur l'élection et l'ordination des évêquesVoir « Un décret synodal inédit du patriarche Jean VIII Xiphilin concernant l'élection et l'ordination des évêques » en lien externe. et les Miracles de saint Eugène de Trébizonde. Il est connu par le biais de Michel Psellos, un ami proche du patriarche et l'un des plus importants intellectuels byzantins du XIe siècle. Dans son éloge funèbre sur Jean VIII Xiphilin (I), Psellos le décrit comme le premier membre de sa famille ayant un rang social élevé.2Bardas XiphilinXIe sièclePatrice et stratège de Thessalonique. Selon Alexandra-Kyriaki Wassiliou-SeibtAlexandra-Kyriaki Wassiliou-Seibt 2012, p. 316., il serait le frère de Jean Xiphilin (I). D'après son sceau, il est l'un des prétendants à la main de l'impératrice Eudocie après la mort de Constantin X Doukas en 1067. Mais il est évincé par son concurrent Romain Diogène. Le sceau indique, d'après Gustave SchlumbergerGustave Schlumberger 1884, p. 167-168., que dans la deuxième moitié du XIe siècle, la Thessalie avait un gouvernement particulier et était sous l'administration d'un stratigetès, qui a un rôle similaire au stratège.3Léon Xiphilin 1050-1100Selon A.-K. Wassiliou-SeibtAlexandra-Kyriaki Wassiliou-Seibt 2012, p. 312., le portrait de Saint Jean Prodrome sur le sceau suggère un lien entre Léon et Jean (I).4Jean XiphilinVoir l'article interne « Jean Xiphilin » pour plus d'informations sur son œuvre. vers 1050, mort après 1084Moine et chroniqueur, il est le neveu de Jean VIII Xiphilin (I).. Jean est le membre le plus connu de la famille pour avoir été l'abréviateur de Dion Cassius. Il est l'auteur de trois œuvres, l'épitomè de Dion Cassius produit vers 1071-1078, une collection de 53 homélies et un ménologeSelon Marion Kruse, l'attribution du ménologe à Jean Xiphilin est discutable car certains éléments ne correspondent pas à la période d'écriture. Il est impossible de dire avec certitude qu'il soit l'auteur de ce texte. Marion Kruse 2019, p. 257-258.. Il est également proche de Michel Psellos. Selon A.-K. Wassiliou-SeibtAlexandra-Kyriaki Wassiliou-Seibt 2012, p. 313., un sceau non édité le mentionne en tant que magistros, anagrapheus et juge de Thrace et de Macédoine.5Michel XiphilinVers 1030-avant 1075Frère de Jean (I) et bénéficiaire de deux miracles d'Eugène de TrébizondeVoir « Quel rôle pour les provinces dans la domination aristocratique au XIe siècle ? » en lien externe..6AnonymeAu plus tôt 1060-dernier quart du XIe siècleProtoproèdre et pronoetes de Laconie. Selon A.-K. Wassiliou-SeibtAlexandra-Kyriaki Wassiliou-Seibt 2012, p. 314., un auteur nommé Paulos Katotikos lui adresse une lettre, sans indiquer son prénom, dans laquelle il exprime son dévouement pour lui. Ce membre anonyme lui répond avec une lettre plus courte, dans laquelle il lui annonce son attachement spirituel. Mais Paulos Katotikos n'est pas connu ailleurs.7Manuel XiphilinXe-XIe sièclePatrice, anthypatos et vestès.8Michel Xiphilin1075-1120 Neveu de Jean (I). Il s'agit peut-être de Michel (X) mais aucune preuve ne l'atteste.9Georges Xiphilin1064–1075Frère de Michel (X) et peut-être un neveu de Jean (I) selon Marion KruseMarion Kruse 2019, p. 272.. Il peut aussi être un autre membre plus tardifIl est attesté avec son frère par un sceau non édité de la collection Zacos avec l'inscription “Nephews of despotes Xiphilinos”..10Michel Xiphilin1064–1075Frère de Georges (IX) et peut-être un neveu de Jean (I) selon Marion Kruse. Il peut aussi être un autre membre plus tardif.11Constantin Xiphilinvers 1060-1070Drongaire de la veille sous Constantin X Doukas. Il est possiblement détenteur de la dignité de protoproèdre, selon G. SchlumbergerGustave Schlumberger 1884, p. 584., mais celui-ci confond le patriarche Jean Xiphilin (I) avec Constantin Xiphilin (XI). Il n’a pas étudié avec Michel Psellos selon Marion KruseMarion Kruse 2019, p. 273.. Il n’est pas le neveu de Jean (I) mentionné dans les lettres de Psellos.12Jean Xiphilinvers 1082Vestarque qui a participé au procès de Jean l'ItalienLe procès a été étudié par Jean Gouillard. Voir « Le procès officiel de Jean l’Italien : les actes et leurs sous-entendus » en lien externe., accusé d'arianisme en 1082. Son lien avec Nicolas (XIII) est certain mais n'a pas été précisé. Selon Marion Kruse, il appartiendrait à la troisième génération de la famille, en raison de son faible statut et de son apparition tardive. Elle précise que son titre n'est pas assez important pour associer ce membre à Jean (IV).13Nicolas Xiphilinvers 1082Protovestès et membre du Sénat, il a participé au procès de Jean l'Italien, accusé d'arianisme en 1082. Son lien avec Jean (XII) est certain mais n'a pas été précisé. Selon Marion Kruse, il appartiendrait à la troisième génération de la famille, en raison de son faible statut et de son apparition tardive.14David Xiphilin1080-1100Aucune informationIl est attesté par deux sceaux, dont un référencé par Gladys R. Davidson dans Corinth : the Minor Objects..15Nicétas Xiphilinvers 1088/9-1125Apographeus de Boléron.. pour A.-K. Wassiliou-Seibt, aucune preuve n'atteste qu'il s'agirait de Nicétas (17).16Euthymios Xiphilinvers 1091Moine et copiste de la fin du XIe siècleEuthymios possède un sceau, référencé par Iohannis Spatharakis (sceau n°36) dans The Corpus of dated illuminated Greek manuscripts : to the year 1453.. Il copie un manuscrit des homélies de Grégoire en 1091 et y écrit une prière.17Nicétas XiphilinNicétas possède plusieurs sceaux, dont le sceau 1116 de la collection de V. Laurent. La collection Dumbarton Oaks en possède 6, dont deux datés de 1098 et quatre de 1090-1120.1090-1120Juge et questeur, il scelle le testament de Kalè Pakourianè, devenue la nonne MariaNicolas Oikonomidès 1986, p. 101-102. et résidant au monastère d'Iviron, en 1098Voir « Une riche veuve de la fin du XIe siècle : le testament de Kalè Pakourianè » en lien externe..18Manuel XiphilinXIIe siècleIl est contemporain de Georges Xiphilin (XIX)..19Georges Xiphilinvers 1150-1198Patriarche de Constantinople de Alexis III Ange (empereur byzantin de 1195 à 1203) entre 1191-1198. En fonction, il prend le nom de Georges II XiphilinSon entrée en fonction dans le patriarcat est détaillée par Georges Tornikès.. Il se retire de sa fonction en 1198 et devient moine avant de mourir la même année.20Donatos Xiphilinvers 1196Il est juge mais aucune information n'est donnée quant à sa localisationAlexander Kazhdan 1991, ..21Théodore XiphilinXI-XIIe sièclesChrysotriclinaireGustave Schlumberger 1884, p. 716..

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Alexander Kazhdan, « Xiphilinos », dans The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford, Oxford University Press, 1991, .

Marion Kruse, “The Epitomator Ioannes Xiphilinos and the Eleventh-Century Xiphilinoi”, JÖB, 2019, n°69, p. 257-274. Vitalien Laurent, Les bulles métriques dans la sigillographie byzantine, Athènes, Typographeion Estia, 1932, 269 p. Jacques Lefort ; Nicolas Oikonomidès ; Denise Papachryssanthou (éd.), avec la collab. de Vassiliki Kravari et d'Hélène Métrévéli, Actes d'Iviron : du milieu du XIe siècle à 1204, vol. II, Paris, P. Lethielleux, 1990, p. 150-156 et 170-183. Nicolas Oikonomidès, A Collection of Dated Byzantine Lead Seals, Washington D.C., Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1986, 175 p.

Gustave Schlumberger, Sigillographie de l’empire byzantin, Paris, Ernest Leroux, 1884, 768 p. Alexandra-Kyriaki Wassiliou-Seibt, « Die Familie Xiphilinos im 11. Jh. Der Beitrag der Siegel », dans Béatrice Caseau-Chevallier (ed.), Les réseaux familiaux : antiquité tardive et Moyen Âge in memoriam A. Laiou et É. Patlagean, Vol.37, Paris, ACHCByz, 2012, p. 307-323.

Sitographie .

Articles connexes

Georges II Xiphilin Jean VIII Xiphilin Jean Xiphilin

Liens externes

Marina Loukaki, « Discours annuels en l’honneur du patriarche Georges Xiphilin », (trad. Corinne Jouanno), Orient et Méditerranée, collection Monographies, décembre 2005, n°18, 235 p.

.

Alice-Mary Talbot, « Une riche veuve de la fin du XIe siècle : le testament de Kalè Pakourianè », dans Elisabeth Malamut et Andréas Nicolaïdès, Impératrices, princesses, aristocrates et saintes souveraines : de l’Orient chrétien et musulman au Moyen Âge et au début des Temps modernes, Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2014, p. 201-215.

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