Situé à Molles dans le département de l’Allier en région Auvergne-Rhône-Alpes, le site archéologique de la Couronne abrite les ruines d’un établissement fortifié de hauteur construit à la fin de l’Antiquité et exploité jusqu’au . Repéré et fouillé dans le courant du , le site a été repris dans le cadre de recherches universitaires dès 2010 notamment par la mise en place d’un programme de fouilles pluriannuelles toujours en cours.

Localisation Le plateau de La Couronne est situé sur la commune de Molles, à environ trois kilomètres à l’est de Cusset. Il est positionné sur une hauteur dominant deux vallées très encaissées correspondant à la « combe des Malavaux ». Le site se positionne sur les contreforts du massif schisto-granitique de la montagne bourbonnaise, lui-même bordé à l’ouest par la plaine alluviale de l’Allier et le bassin de Vichy. Le site archéologique occupe l’extrémité d’un éperon étroit culminant à 395 mètres d’altitude et dominant la rivière Jolan au nord et le ruisseau Bulhion au sud.

Toponymie alt=Carte postale ancienne|gauche|vignette|Musée de la Couronne (début ). Le toponyme « La Couronne » a disparu au profit de celui de « carrière des Malavaux ». Les « Malavaux », issus du latin mala vallis, autrement dit la « vallée mauvaise » ou « vallée maudite », désigne spécifiquement cette partie de la vallée du Jolan où se raccorde le Bulhion. Ce secteur est dominé par la montagne dite « du Belvédère », aujourd’hui totalement engloutie par la carrière, et le plateau de « La Couronne ». Au , « La Couronne » est connue par la tradition orale mais cette dénomination n’existe pas sur le cadastre napoléonien. Dans la littérature, le site est évoqué le plus souvent par le toponyme « Les Malavaux », auquel est souvent associé le « Puits du Diable ». Pourtant, c’est sous le toponyme de « La Couronne » qu’est désigné l’éperon dans le compte rendu des fouilles effectuées entre 1877 et 1882. Ensuite, on le retrouve en légende d’une carte postale datant du début du , sur laquelle on aperçoit une ancienne maison se tenant sur le point haut du « Plateau de La Couronne », alors associé au lieu-dit « Les Malavaux ».

L’origine exacte du toponyme « La Couronne » demeure inconnue et bien difficile à définir. L’hypothèse la plus probable est que celui-ci soit dû à l’enceinte « couronnant » l’éminence rocheuse. Ce mur, figurant encore aujourd’hui dans un bon état de conservation, était probablement visible depuis la combe des Malavaux, et ce jusqu’à ce que le site ne soit définitivement abandonné et que la forêt ait envahi l’éperon dès le milieu du .

Légendes et mémoire alt=Monument Jean Zay|gauche|vignette|Monument Jean Zay au pied de La Couronne. Le site de La Couronne, au-delà de son contenu archéologique, a alimenté de nombreuses légendes et ouï-dire depuis des siècles et vraisemblablement dès son abandon. Dès le début du , le site est décrit tour à tour comme un château templier, un temple romain, une villa gallo-romaine, un ancien monastère détruit par les Sarrasins voire le repère de Mandrin lors de sa campagne en Auvergne en 1754. Au-delà de ces légendes, le sommet de l’éperon de la Couronne a été le théâtre d’un épisode sinistre, le , au cours duquel fut assassiné Jean Zay ainsi que deux autres résistants. En effet, ce jour-là, des miliciens viennent le récupérer à la prison de Cusset, l’emmènent aux Malavaux et l’exécutent avant de jeter son corps dans le « puits du Diable », cavité présente sur le flan de l’éperon. Il n’est retrouvé que deux ans plus tard, le , sous un tas de pierre. Ses restes ne sont identifiés que l’année suivante, puis sont transférés à Orléans en 1948, et en 2015 au Panthéon, à l’initiative de François Hollande alors président de la République. Un monument placé au pied de l’éperon de la Couronne, ainsi qu’un sentier à thème en l’honneur de Jean Zay, rappellent ce tragique évènement.

Historique de recherche depuis le alt=Carte postale ancienne|gauche|vignette|Le site des Malavaux (début ). alt=Carte postale ancienne|vignette|Le site des Malavaux au début du . Les plus anciennes fouilles du site de La Couronne, dont on a retrouvé des traces écrites, se situeraient aux alentours de 1800. Ces informations sont tirées d’un guide touristique de 1864 qui présente le site comme une ruine abritant le « château de Montclar » ou un ancien château des Templiers. La Couronne est néanmoins décrite comme potentiellement d’origine antique notamment par la découverte de nombreuses monnaies romaines et autres objets anciens. Ce même guide indique également la présence d’un mystérieux puits, le « puits du Diable », sur le flan de l’éperon et également une source d’eau abondante sur le sommet surnommée la « fontaine des Sarrasins ». Le « puits du Diable », décrit comme un gouffre profond ou une large excavation béante, semble avoir été détruit par les travaux d’excavation des carrières voisines exploitées avant les années 1960. De 1877 à 1882, le site est fouillé par Eugène Bouchard et Alfred Bertrand qui publient les résultats de leurs découvertes en 1882 dans le Bulletin de la Société d’émulation de l’Allier. À cette époque, le propriétaire de l’éperon y a construit une maison qui sert également de restaurant et de musée exposant les objets découverts lors du creusement des fondations. Durant ces fouilles, l’église paléochrétienne est identifiée ainsi que des sarcophages trapézoïdaux et plusieurs squelettes. Les deux chercheurs concluent que le site abrite une villa gallo-romaine dont une partie aurait été transformée en église à l’époque mérovingienne. vignette|Plan publié dans le compte rendu des fouilles en 1881 En 1959, l’historien, chercheur et archéologue Gabriel Fournier, visite le site et observe la présence de murs en grands appareils d’origine gallo-romaine. Il identifie le mur encerclant tout le sommet de l’éperon comme une fortification possiblement médiévale. Le chercheur retrouve également les structures décrites par Bouchard et Bertrand en 1882 et met en évidence la présence d’une motte castrale à l’est. Il note également que l’activité intense de la carrière avoisinante menace fortement l’intégrité du site archéologique.

Par la suite et plus récemment, quelques rares études et travaux universitaires font référence au site sans approfondir. Ce n’est qu’à partir de 2010 que La Couronne fait véritablement l’objet d’une étude conséquente notamment à travers l’élaboration d’une thèse de doctorat en parallèle de travaux de recherches et de fouilles archéologiques dès cette même année.

Les fouilles archéologiques de la forteresse gauche|vignette|Plan de détail (pierre à pierre) des vestiges de l’église et des bâtiments alentours Plusieurs campagnes de fouilles pluriannuelles ont été réalisées sur le site de La Couronne sous la supervision du responsable d’opération Damien Martinez, enseignant-chercheur et archéologue. Le programme de fouille, toujours en cours, a commencé dès 2010, en se concentrant au départ sur l’église paléochrétienne et les structures l’entourant. À partir de 2015, les opérations archéologiques ont permis d’appréhender l’organisation de l’extrémité orientale de l’établissement fortifié et d’enrichir les données collectées précédemment. Un vaste édifice carolingien () a été mis en évidence et a permis de repenser l’occupation du site à l’issue de la période mérovingienne. En 2020, les recherches se sont localisées sur la partie située à la racine de l’éperon où se situent les bâtiments résidentiels de l’établissement tardo-antique. Ultérieurement, un imposant bâtiment carolingien a été découvert auquel succéda une motte castrale. Puis en partie centrale du site, des trous de poteaux retrouvés, appartenant à un grand bâtiment en bois, relèvent des phases carolingienne et postcarolingienne, avec des vestiges tardo-antiques découverts en parallèle. Le programme en cours, prévu jusqu’en 2026 permet de poursuivre les fouilles dans les secteurs oriental et central, proche de la motte féodale et de son fossé.

Les caractéristiques de la forteresse gauche|vignette|Plan de masse des principaux vestiges mis au jour sur le site vignette|Le seuil de la porte d’accès à la « tour d’angle » et la base de colonne située à l’entrée La forteresse de La Couronne occupe une superficie intra-muros d’environ entièrement encerclée par une courtine maçonnée. Le tracé de la fortification suit la découpe du plateau et forme un rectangle courbé d’environ 110 x 35 mètres de dimension. Intra-muros, plusieurs bâtiments ont été identifiés notamment une église paléochrétienne de grande taille avec un baptistère, un bâtiment résidentiel avec cuisine et cave, des bâtiments utilitaires (granges, écuries, ateliers d’artisanat…), des caissons-citernes pour le stockage de l’eau et un bâtiment doté d’un système de chauffage par hypocauste. La porte cochère de la forteresse est localisée sur le côté ouest, le chemin initial d’accès extra-muros ayant disparu en contrebas suite aux excavations des carrières voisines. Une possible tour carrée existait à l’angle sud-ouest de la forteresse pour défendre le secteur de la porte d’entrée. La partie sud-est de la fortification présente un puissant mur bouclier d’environ 25 mètres de long pour une épaisseur de 3 mètres. La forteresse de La Couronne est un site anonyme, c’est-à-dire qu’aucun texte ancien ne la mentionne. Il en est de même pour l’église paléochrétienne dont on ne connaît pas la dédicace alors que sa taille imposante (emprise au sol de 24x10 mètres) et la présence d’un baptistère indique un lieu de culte chrétien important lors de sa fondation. L’établissement fortifié de hauteur de la Couronne surplombe une ancienne route romaine qui reliait Vichy (Aquae Calidae) à Roanne (Rodumna) dès le Haut-Empire. L’occupation longue du site sur 5 à 6 siècles ne permet pas de résumer la fonction de l’établissement fortifié à un seul, mais à plusieurs rôles qui ont évolué dans le temps. Une certitude demeure, celle que cet habitat fortifié aristocratique était un point central élitaire du pouvoir dans les réseaux et systèmes de peuplement régionaux notamment du . Le est marqué par un renouveau de la forteresse notamment dans le changement de fonction du lieu tout en conservant l’ancienne enceinte tardo-antique. Enfin, un petit seigneur féodal vient s’installer sur l’éperon au cours du , période durant laquelle l’abside de l’église est conservée et transformée en chapelle. Cette phase constitue aujourd’hui la dernière période d’occupation avérée de La Couronne.

Chronologie générale d’occupation gauche|vignette|Vue zénithale de l'église paléochrétienne Les diverses campagnes de fouilles ont permis de proposer une chronologie générale de l’occupation du site du .