La Chiesa Nuova ou Santa Maria in Vallicella est une église de Rome, construite au , à la suite de l'installation dans la « ville éternelle » de la congrégation de l'Oratoire, fondée par Philippe Néri.

Église de la Nativité de la Vierge Cet édifice est situé sur une légère dépression naturelle dans la plaine du Champ de Mars, considérée par les Romains comme l'une des entrées des Enfers et lieu de culte des divinités infernales, nommée Tarentum.

Dès le , on a des traces d'une église dédiée à la Nativité de la Vierge, liée à la paroisse de San Lorenzo in Damaso. Au et au s, l'église était connue comme Santa Maria in Puteo albo, à cause d'une antique de puits en marbre blanc.

Madonna Vallicelliana On y conservait une image miraculeuse de la Vierge : une fresque du , d'abord conservée à l'extérieur. On raconte qu'en 1535, l'image avait saigné, après avoir été frappée par un caillou ; un culte populaire s'en était suivi. En 1574 la fresque fut confiée au recteur de l'église de Vallicella et conservée dans la sacristie, avant d'être placée sur l'autel majeur de la Chiesa Nuova.

Construction de la Chiesa Nuova

En 1551 saint Philippe Néri fonde la « Congrégation de l'Oratoire », reconnue ensuite par Grégoire XIII en 1575. Dans la bulle de reconnaissance, le pape confiait à la nouvelle congrégation l'église in vallicella, laquelle n'était plus en bon état. L'architecte Matteo Bartolini reçut donc la charge de construire une « église nouvelle » (chiesa nuova). En 1577, fut enfin célébrée la première messe dans le nouvel édifice, doté d'une seule nef et de quatre chapelles de chaque côté, encore couvert d'un toit en bois. L'église et les chapelles furent décorées avec du stuc et du marbre polychrome, selon des projets de Domenico Fontana et Giovanni Antonio Dosio.

En 1586, les travaux furent confiés à Martino Longhi l'Ancien, architecte de confiance du principal commanditaire des travaux, le cardinal Pierdonato Cesi. Après la mort du cardinal, les travaux continuèrent et l'abside de tracé semi-circulaire, le transept et la coupole qui le surmontait furent inaugurés en 1591.

Entre 1594 et 1617, selon un projet de Giacomo della Porta remontant à 1585 et mis en œuvre par Giovan Battista Guerra comme surintendant des travaux, la structure originelle à nef unique fut amplifiée par l'ouverture des chapelles latérales, de façon à laisser l'espace pour deux nefs latérales relativement étroites. On ajouta aussi deux chapelles, une de chaque côté.

Dans la même période, Angelo Celsi, évêque de Todi et frère du cardinal, finançait les travaux de la façade, qui commencèrent aussi en 1594 selon un projet de Fausto Rughesi et se conclurent en 1605, malgré une interruption de 1598 à 1603, l'escalier attenant n'étant terminé qu'en 1614. Le tympan qui couronne la façade sur toute la largeur est sans doute dû à une intervention de Carlo Maderno.

Le campanile fut rajouté en 1666 par Camillo Arcucci. Le côté droit de l'édifice, après l'ouverture de la rue qui le longe, fut recouvert en 1675 de briques par Carlo Rainaldi. La coupole fut modifiée en 1650 par Pietro da Cortona, qui y ajouta une lanterne surmontée d'une petite coupole pour permettre un éclairage intérieur plus vif. Le pavement de marbre fut entièrement refait en 1895.

Autrefois sur une petite place fermée, l'église et l'Oratoire des Philippins donnent aujourd'hui sur le corso Vittorio Emanuele II depuis sa percée en 1885. Dans le petit espace qui reste se trouvent un monument à Pietro Metastasio et une fontaine (fontaine de la Terrine), déplacée depuis le Campo de' Fiori.

La façade

La façade présente deux séries de pilastres couplés, ceux qui entourant la porte centrale étant remplacés par des colonnes encastrées. Sur l'entablement du premier niveau, l'inscription rappelle le commanditaire (Angelus Caesius, episc[opus] tudertinus fecit anno Dom[ini] MDCV - "Fait par Angelo Cesio, évêque de Todi, en 1605").

La porte centrale, plus large que les deux latérales, est surmontée, au-dessus de l'entablement du premier niveau, par un tympan, orné de la statue de la Madonna Vallicelliana. Les inscriptions qui ornent les trois portes présentent au centre les noms des deux saints titulaires de l'Église : la Madone et saint Grégoire le Grand (Deiparae Virgini et Gregorio magno), ainsi que le verset du Cantique des Cantiques appliqué à l'Immaculée Conception (tota pulchra es amica mea à gauche et et macula non est in te à droite).

Au niveau supérieur, lié à l'inférieur par deux volutes latérales semblables à celles de la façade de l'église du Gesù, une fenêtre carrée entourée d'un édicule avec un tympan orne le centre, et sur les côtés, deux niches encadrées d'édicules plus petits abritent les statues de saint Grégoire le Grand et de saint Jérôme, réalisées par Giovanni Antonio Paracca.

Nefs La nef centrale est flanquée de deux nefs latérales, elles-mêmes agrémentées chacune de cinq chapelles.

Sur les côtés de la nef centrale, au-dessus des arcs permettant la jonction avec les nefs latérales, ainsi que sur la paroi intérieure de la façade, se trouvent quinze toiles ovales dans des cadres dorés, réalisées entre 1697 et 1700, qui représentent l'« Histoire du salut du genre humain » à travers divers épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament.

À partir du fond : Paroi de gaucheParoi de droite(auteur)La création des angesLa chute des anges rebelles(Lazzaro Baldi)La résurrection des mortsAdam et Ève devant Dieu après le péché originel (Giuseppe Ghezzi)La communion des apôtresLa manne au désert(Daniel Seiter)Madeleine pénitenteRébecca et Eléazar au puits(Giuseppe Ghezzi)Le Christ confie les clés à saint PierreMoïse brise les tables de la Loi (Giuseppe Passeri)L'Immaculée ConceptionJudith et Holopherne(Daniele Seiter)Le Christ chasse les vendeurs du TempleLes élus d'Israël avec l'Arche d'Alliance()Paroi intérieure de la façade : Prédication de saint Jean Baptiste(Daniele Seiter)

Sur la paroi intérieure de la façade, les stucs de Ercole Ferrata représentent les allégories du Mépris du monde et du Silence. Les anges et angelots de la nef latérale, achevés en 1698, sont de Giacomo Lavaggi, Bernardino Cametti, Pietro Balestra, Giuseppe Raffaelli et Michele Maglia.

Fresques de Pietro da Cortona

La voûte, la coupole et l'abside, originellement juste blanchies selon le désir de saint Filippo Neri, furent ornées de fresques par Pierre de Cortone entre 1647 et 1666.

Sur la voûte, la fresque présente la Madone et saint Philippe Néri et renvoie à l'épisode de la vision de 1576 pendant la construction de l'église : la Madone apparaît en train de soutenir une poutre qui menace de s'écrouler au-dessus de la chapelle où l'on gardait le Saint-Sacrement et la Madonna Vallicelliana pendant les travaux.

Dans l'abside est représentée la Vierge assomptée parmi les anges et les saint ; sur la coupole le Triomphe de la Trinité (Dieu le Père et le Christ sur la coupole et l' « Esprit Saint » dans la lanterne). Sur les côtés de la coupole les prophètes bibliques Jérémie, Ézéchiel, Isaïe et Daniel.

Transept et presbytérium

Les trois nefs débouchent dans le vaste espace du transept, couvert à la croisée avec la nef centrale de la coupole. Aux extrémités des bras latéraux s'ouvrent deux chapelles, tandis que, sur le fond, s'ouvrent encore deux chapelles à plusieurs pièces, des deux côtés du presbytérium, lui-même clos par l'abside semi-circulaire.

Dans le transept, les décorations en stuc sont de Cosimo Fancelli et Ercole Ferrata ; il s'agit d'allégories de la Foi et de l'Espérance (bras gauche), de la Charité et de la Religion (bras droit).

Dans le bras droit du transept, on a placé dans les années 1920 le pupitre en bois dessiné pour un couvent par Francesco Borromini (1638-1642).

Dans le chœur du presbytérium les parois des stalles remontent à 1640, les sièges eux-mêmes étant de peu postérieurs. Les orgues et les petits chœurs sur les côtés sont ornés de monstrances de bois doré de 1698.

Autel majeur et peintures de Rubens vignette|Madonna della Vallicella, Pierre Paul Rubens, 1608, huile sur ardoise. vignette|Détails de l'autel de Chiesa Nuova. Novembre 2018. Sur l'autel majeur, construit entre 1596 et 1599, devait se trouver une toile de la « Nativité » de Federico Barocci, qui ne fut jamais exécutée.

En 1608 on décida d'y placer l'image miraculeuse de la « Madonna Vallicelliana », qui fut insérée dans une décoration en ardoise, peinte par Rubens avec des cercles concentriques d'« Anges et chérubins adorants », disposés autour d'une niche pour l'image vénérée. Cette statue était elle-même protégée par une plaque de cuivre, peinte également par Rubens avec une « Madone avec enfant qui bénit », plaque qui peut s'enlever, grâce à un système de cordes et poulies, afin d'exposer l'image à la vénération.

Sur les parois latérales du presbytérium deux autres peintures de Rubens, réalisées également sur ardoise, représentent « Saint Grégoire le Grand, Papias et saint Maur » (paroi de gauche) et « Sainte , saint Nérée et saint Achille » (paroi de droite).

Le mécène de ce grand ensemble pictural fut le cardinal Federico Borromeo, archevêque de Milan.

Au-dessus du tympan surplombant l'autel un édicule abrite un « Crucifix » en bois polychrome de Guillaume Berthelot, daté de 1615. En 1697 on ajouta encore deux statues d'« Anges », par .

Le tabernacle de l'autel, en bronze doré, avec des anges en vol, fut réalisé en 1672 par Ciro Ferri.

Chapelles des nefs Les chapelles donnaient initialement sur la grand nef, seule à l'origine ; quand on rajouta les deux nefs latérales, les chapelles furent toutes reconstruites, entre 1594 et 1606.

Chapelle de la Purification C'est la première chapelle de la nef de gauche. Confiée en parrainage à Fabrizio et Cesare Mezzabarba, de Pavie, elle avait été destinée à l'exposition de l'image miraculeuse de la Madonna Vallicelliana. Lors des travaux de reconstruction, le parrainage passa au cardinal Agostino Cusani et en 1854 aux comtes Polidori.

La décoration en stuc datant d'après la reconstruction est due à Stefano Longo, les cadres des fresques dans la voûte ont été achevés en 1620 par le Cavalier d'Arpin (Saint Ambroise, Saint Augustin et Sainte Monique). Les fresques, abîmées, ont subi une restauration en 1885.

La décoration de l'autel est une toile de 1627, également du Cavalier d'Arpin : la Purification de la Vierge.

Chapelle des Mages ou de l'Épiphanie C'est la deuxième chapelle de la nef de gauche. Elle fut confiée en parrainage à Porzio Ceva, notaire de la Camera Apostolica, en 1578.

La décoration de l'autel, œuvre de Cesare Nebbia en 1578, représente l'« Adoration des Mages ».

Après la reconstruction, la nouvelle décoration de la chapelle, avec du marbre polychrome et du stuc sur la voûte, fut encore confiée à Stefano Longo et achevée en 1619, reprenant les motifs de la chapelle de la Purification. Les fresques de la voûte, en mauvais état, furent probablement achevées en 1625 par Baccio Ciarpi.

Chapelle de la Nativité C'est la troisième chapelle de la nef de gauche. Elle fut confiée en parrainage à Silvio Antoniano, futur cardinal, en 1580.

Le tableau sur l'autel, dû à Durante Alberti, représente l'« Adoration des bergers » (daté d'avant 1590). Après la reconstruction, la chapelle fut décorée de stucs (Giovanni Guerra) et de fresques (Niccolò Pomarancio), perdues.

Chapelle de la Visitation C'est la quatrième chapelle de la nef de gauche. Elle fut confiée en parrainage à Francesco Pizzamiglio, Vénitien, en 1582. Au milieu du elle revint à Filippo Sicurani.

La décoration de l'autel, due à Federico Barocci, date de 1586. Elle représente la Visitation et était particulièrement appréciée par Philippe Néri.

Après la reconstruction, qui ne s'acheva qu'en 1611, la décoration en stuc fut réalisée jusqu'en 1617 et, l'année suivante, furent commandées les fresques de Carlo Saraceni (Saint Matthieu, Saint Jean l'Évangéliste et Saint Jean Baptiste, cette dernière disparue).