vignette|L'Esclave rebelle, Michel-Ange, . L’histoire de l'esclavage est celle des différentes formes prises par la condition sociale d'êtres humains privés par d'autres du droit de propriété sur eux-mêmes.
Les premières attestations de l'esclavage remontent au Néolithique. Puis, l'Égypte antique, la Perse, la Grèce ou la Rome antique ont précédé l'esclavage arabo-musulman (traite orientale), et celui des pays européens au Moyen-Âge.
En Europe, bien que l'esclavage et le servage commencent à être critiqués, voire interdits (édit de 1315), la colonisation européenne des Amériques va entraîner, à partir des , une massification et une internationalisation de commerce d'esclave (traite négrière occidentale).
À la fin du , à la suite des révoltes d'esclaves, notamment celle de Saint-Domingue, et des mouvements abolitionnistes, plusieurs puissances coloniales européennes commencent à interdire au minimum la traite (Danemark en 1792), voire à abolir l'esclavage entièrement (France en 1794). Puis, tandis que Napoléon rétablit l'esclavage et la traite négrière en 1802, le Royaume-Uni interdit la traite (mais pas l'esclavage) en 1807.
À la suite du congrès de Vienne (1815), sous la pression britannique, alors maîtres des océans, les grandes puissances esclavagistes européennes s'engagent à interdire la traite (mais pas l'esclavage).
En 1836, l'esclavage est finalement lui-même aboli dans l'Empire colonial anglais, en 1846 par la Tunisie ottomane, puis définitivement en France lors de la révolution de 1848 en France. Il perdure ensuite jusqu'en 1865 aux États-Unis, occasionnant une guerre civile, et la décennie suivante à Cuba et au Brésil, mais principalement avec des esclaves nés dans le pays.
L'esclavage continue à être constaté, notamment dans plusieurs pays d'Afrique par la traite orientale, et en Inde. Le Global Slavery Index de l'ONG Walk Free Foundation estime qu'il y a d'esclaves dans le Monde en 2025..
Le statut et la fonction de l'esclave ont varié selon les époques et les lieux : les sources et les justifications de l'esclavage, la position et les tâches matérielles conférées aux esclaves ainsi que les conditions de sortie de la condition d'esclave sont autant d'éléments qui confèrent sa spécificité à chaque configuration historique.
Néolithique
Avant le Néolithique, dans les sociétés chasseur-cueilleur, Jean-Paul Demoule, préhistorien, constate qu'il n'existe aucun indice archéologique d'esclavage. Ainsi pendant la période Jōmon, société de chasseurs-cueilleurs qui a duré quelque au Japon et qui nous est bien connue, aucune forme d'esclavage n'a pu être démontrée. On a aussi retrouvé la trace de divers massacres autour du monde entre chasseurs-cueilleurs, comme au Djebel Sahaba, à la frontière du Soudan et de l'Égypte, sans pouvoir établir de lien avec une pratique de l'esclavage. Plus douteux est le cas du massacre de Nataruk, au Kenya vers 8000 avant notre ère, où les morts ont été abandonnés sur place, certains les mains liées, suggérant une forme de mépris humain. Des guerres de capture étaient pratiquées un peu partout, comme chez les aborigènes d'Australie, mais il s'agissait d'attraper des femmes, qui étaient ensuite intégrées au système de parenté, sans être juridiquement considérées esclaves. Mais l'ethnologie montre que, dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs de notre époque, l'esclavage existe : lorsque l'écosystème est favorable, et permet d'être sédentaire et de stocker des denrées. Ainsi l'esclavage s'est pratiqué chez les Tlingits et les Haïdas, peuples autochtones au Canada. Leurs sociétés pratiquaient la guerre de capture iroquoienne dans le but de faire des prisonniers, qui devenaient des esclaves ; le fait d'être prisonnier était infamant et empêchait moralement tout retour au village d'origine.
L’anthropologue Alain Testart, dans sa revue des données historiographiques et ethnographiques sur les tombes multiples au Néolithique, distingue plusieurs catégories dans les morts qui accompagnent le défunt : leurs épouses ou concubines, leurs serviteurs royaux, leurs compagnons de guerre, enfin les serviteurs et esclaves que l'on tuait pour suivre leur maître, ces derniers étant reconnus au fait qu'ils étaient jetés sans respect à côté d'un défunt enterré en décubitus latéral, souvent dans des fosses circulaires dispersées au sein de l'habitat.
Les nouvelles conditions humaines apparues au Néolithique ont, partout où elles se produisent, pour conséquences une forte augmentation de la population, qui déclenche une course au progrès technique, une augmentation de la violence entre communautés et une augmentation des inégalités. Toutes ces conséquences sont favorables à l'apparition et à une généralisation de l'esclavage. Pendant la culture rubanée, la plus ancienne période du néolithique en Europe, divers massacres ont lieu. Ensuite, pendant l'âge du cuivre, métal employé non pas tant pour sa valeur pratique, mais surtout pour sa valeur symbolique, sont apparues des sociétés à chefferie, moins inégalitaires que les sociétés à États, mais beaucoup plus que celles des chasseurs-cueilleurs. Les guerres se multiplient : partout apparaissent des habitats fortifiés. L'inégalité sociale est manifeste dans les sépultures : l'apparition du mégalithe en Europe occidentale n'en montre que l'aspect le plus évident. Dans les Balkans, toute une gradation des inégalités sociales se constate, depuis les tombes qui n'ont rien à celles où l'or s’amoncelle. Les inégalités se retrouvent également dans la position des défunts : certains y sont placés en leur redonnant la position du fœtus, mais d'autres ont été seulement jetés en désordre dans des fosses. Apparaît au Chasséen et dans la culture de Michelsberg le mort d'accompagnement, qui confirme que certaines personnes sont contraintes à d'autres dans leur propre vie.
Les morts d'accompagnement ne sont pas systématiquement un indicateur d'esclavage. César relève que, chez les Gaulois, il est honteux pour un guerrier de ne pas suivre son chef dans sa dernière demeure. Cet engagement est aussi décrit à propos des Germains par Tacite : il emploie le terme de comitatus pour dénommer ces escortes dont les membres doivent une fidélité complète au chef. Mais lorsque ces « accompagnants » sont jetés sans égards dans la sépulture, un statut très inférieur au défunt « principal » est probable. Il est souvent difficile de comprendre la présence des femmes défuntes. La tombe dite de la veuve à la nécropole de Ponte San Pietro, datant de la culture de Rinaldone, aujourd'hui en Italie, recueille un homme richement doté et accompagné d'une femme au crâne fracassé, dont on suppose qu'il s'agit de la veuve et non d'une esclave, sans autre certitude. Elle gît à côté de lui. Cela ressemble à la coutume autour de Sati (hindouisme). Le traitement réservé aux femmes n'est pas toujours éloigné de celui des esclaves. Mais les femmes enlevées, mariées ou assassinées de force n'en sont pas moins intégrées au système de parenté, ce qui les distingue en théorie du statut d'esclave.
Marx et Engels se sont intéressés aux débuts de l'anthropologie. Ils reprennent ici les travaux de Lewis Henry Morgan, qui fait diverses hypothèses au sujet des débuts de l'esclavage, et son absence supposée chez les Iroquois :
Antiquité
vignette|right|L'esclave Ésope au service de deux prêtres, par F. Barlow, 1687 L'esclavage existe à l'époque antique, il est mentionné dans les toutes premières traces écrites, comme le Code de Hammurabi et d'autres écrits analysés comme des transcriptions d'histoires orales. Les critères de propriété liés à l’esclavage impliquent un certain niveau d’organisation des sociétés, ce qui rend incertaine l’existence de l’esclavage pour les temps préhistoriques. Les preuves sûres de l’existence de l’esclavage commencent avec les sociétés historiques possédant l’écriture, et peuvent être extrapolées, avec prudence, pour les civilisations protohistoriques qui les précèdent. Les déductions uniquement basées sur l’ampleur impressionnante de certains vestiges (pyramides, monuments, digues) restent conjecturales.
Pour Aristote, au point de départ, il y a la nature (φύσις) qui crée d’une part des êtres que leur intelligence destine à commander, d’autre part des êtres que leur seule force corporelle voue à l’obéissance ; en corollaire : tous deux, commandants et commandés, ont même intérêt.
Ainsi, l'esclavage est la réduction d'une personne à un état de privation de toute liberté, celle-ci allant de libertés sociales aux libertés les plus fondamentales. L'esclave est exclu de certaines sphères de la société tout en étant dans les sociétés esclavagistes un élément moteur, et constituant même parfois la majorité de la population.
L'ile de Chios a été le principal territoire de développement d'une société esclavagiste pendant l'antiquité. Aux alentours du avant notre ère, ses élites ont innové, développé et maîtrisé trois axes pour contraindre les esclaves : un niveau de violence contre eux nettement supérieur à ce qui se pratiquait jusqu'alors ; l'apparition de l'esclave-marchandise : une esclave pouvait s'acheter et se vendre entre maîtres ; la maîtrise de l'approvisionnement en esclaves, avec le contrôle des premières routes de traites.
Les esclaves antiques n'étaient toutefois pas seulement une force de travail, et il existait même des esclaves enseignants ou philosophes : Alexis de Tocqueville rappelle que « chez les anciens, l'esclave appartenait à la même race que son maître, et souvent il lui était supérieur en éducation et en lumières »A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, , .. Il donne l'exemple de certains artistes de l'Antiquité, comme le fabuliste grec Ésope (), qui étaient des esclaves affranchis. Le grand dramaturge latin Térence (-184,-159) était esclave, ce qui étonne Diderot. Le philosophe grec Épictète (50, vers 130) était également esclave.
L'esclavage du monde arabe
D’après les études de Ralph Austin rapportées par l’anthropologue et économiste sénégalais Tidiane N'Diaye, dans son livre Le Génocide voilé (2008), Il ajoute : .
Moyen Âge
350px|right|thumb|Le commerce des esclaves dans l'Europe de l'Est au Haut Moyen Âge, toile de Sergueï Ivanov (1864-1910)
Étymologies Le terme français « esclavage » vient du latin médiéval sclavus : le mot « esclave » serait apparu au haut Moyen Âge à VeniseCf. pour l'étymologie du mot "slave" Alberto Manco, On the toponym Schiava ‘slave’, Indogermanische Forschungen 113/2008., où la plupart des esclaves étaient des Slaves des Balkans (alors appelés Esclavons, du grec Σκλαβένοι), dont certains furent vendus jusqu'en Espagne musulmane où ils sont connus sous le nom de SaqalibaFrancis Conte, Les Slaves, Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité, Albin Michel, 1996, ..
Ces termes du Moyen Âge se sont substitués aux termes latins antiques antérieurs : servus, qui a conduit aux termes « servile » et « servilité », relatifs à l'esclave et à sa condition. Ce mot a aussi donné naissance au terme « serf » du Moyen Âge et aux modernes « service » et « serviteur ».
En Europe occidentale Sans qu'aucune vraie révolution ne soit opérée, l'influence grandissante du christianisme amène une diminution progressive de l'esclavage.
L'Église considère maîtres et esclaves comme des égaux devant Dieu, et s'oppose, en principe, à ce que des chrétiens appartiennent à d'autres chrétiens. L'esclave peut se marier, sa famille est reconnue. Il a pu aussi, à certaines époques, se faire moine, trouver asile, et donc être soutenu contre son maître. À la fin de la Rome antique correspond donc, en Occident, le passage progressif de l'esclavage à une forme « adoucie », le servage, généralisé à partir du .