Le théâtre Graslin est la salle d'opéra de Nantes, en Loire-Atlantique, exploité par Angers -Nantes Opéra. Édifié à la fin du , il est inscrit à l'inventaire des monuments historiques depuis le (consultée le 17 novembre 2009)..
Présentation Le théâtre se situe sur la place Graslin, entre les rues Molière, Scribe et Corneille. La salle a une capacité d'accueil de assises..
C'est, avec le Grand Théâtre d'Angers, un des deux lieux de résidence du syndicat mixte Angers-Nantes Opéra.
Histoire Contexte de la construction vignette|Le théâtre Graslin au .
Au , le commerce nantais est florissant. De nombreux armateurs s'enrichissent, notamment par la traite négrière. Cet enrichissement des négociants nantais entraîne la construction d'hôtel particuliers et de bâtiments publics. Pour pouvoir réaliser ces projets, des opérations immobilières sont menées. La plus spectaculaire est la réalisation de l'île Feydeau.. Après des débuts difficiles, cette opération démontre la possibilité de faire des profits sur la vente de biens immobiliers. À partir de la nomination de Jean-Baptiste Ceineray comme architecte-voyer, en 1760, la transformation de la ville s'accélère. Le problème principal est le manque de place. Le quai de la Fosse, lieu d'activité et de résidence des armateurs et négociants, est saturé. Il est surplombé par une colline dont la pente est suffisamment abrupte pour avoir dissuadé les tentatives d'urbanisation. L'Île Feydeau a été créée sur une grève, mais les constructions ont souffert de l'instabilité du terrain, ce qui freine les investissements dans les îles de la Loire. Les espaces viables disponibles sont rares et souvent occupés par des institutions religieuses ou les fortifications de la ville. Celles-ci sont donc démolies dans la deuxième moitié du , et des programmes immobiliers conduits par la municipalité sont réalisés par Ceineray.
Il existe à Nantes une tradition de théâtre et d'opéra ; les premières œuvres de ce genre sont présentées dans la ville en 1687. La salle la plus réputée au est le « théâtre des Variétés », situé rue Bignon-Lestard (aujourd'hui rue Rubens). Mais cette salle est jugée trop petite, et l'académie de musique, fondée par le maire Gérard Mellier en 1727, ne dispose pas de lieu approprié pour donner ses concerts. La demande est donc forte pour la construction d'une nouvelle salle de spectacle. En 1755, l'architecte Pierre Vigné de Vigny envisage la construction de ce type d'équipement à la place d'une halle au blé et aux poissons située quai Brancas. Puis Ceineray conçoit d'édifier une salle de spectacle et une salle de concert tout d'abord au sud de la place Royale alors en projet, puis de part et d'autre de la rue Sainte-CatherineNe pas confondre avec l'actuelle rue homonyme (aujourd'hui rue du Couëdic). Mais à chaque fois, le manque d'espace disponible empêche la réalisation des projets..
À la fin des années 1770, Jean-Joseph-Louis Graslin, receveur général des fermes du roi à Nantes depuis une dizaine d'années, décide de financer une opération immobilière privée d'envergure, dans un but spéculatif. Il achète des terres agricoles, la « tenue Bouvet » et la « tenue La Cagassais », afin d'y faire construire des hôtels particuliers et de rapport dans le but de les revendre. Pour en augmenter la valeur, il compte les desservir par des voies publiques de qualité, le long desquelles seront implantés des bâtiments publics de prestige, destinés à attirer la fraction la plus fortunée de la population : un théâtre, l'hôtel des Fermes, un muséum, un « hôtel garni », une nouvelle église Saint-Nicolas, et la Bourse de commerce. Pour cette dernière notamment, il se heurte à l'opposition des marchands, qui considèrent le site trop éloigné du centre d'activité. De plus, le clergé s'oppose à la construction d'un théâtre près d'un lieu de culte. Seules « victoires », Graslin réussit à obtenir la construction, sur l'esplanade qui prendra le nom de place Graslin, de l'« hôtel de France »À ne pas confondre avec l'« hôtel de France » actuel, dont l'entrée principale est au de la rue Crébillon, et dont une façade et un porche d'accès donnent rue Jean-de-La-Fontaine., et l'ouverture d'une salle de spectacle de prestige.. L'attraction de celle-ci a suffi à déplacer le centre de gravité de la ville vers le nouveau quartier centré autour du « Grand Théâtre ».
Conception
Jean-Joseph-Louis Graslin, en 1780, confie à Mathurin Crucy la mission de dresser le plan de la salle de spectacles. L'architecte, plus au fait des nouveautés en matière de construction de ce type de bâtiments, œuvre dans une optique plus moderne que son prédécesseur Jean-Baptiste Ceineray, inspiré par les théâtres du et les salles de jeu de paume. Le modèle en vogue à l'époque où Crucy conçoit ses plans est celui de l'opéra de Lyon, réalisé par Jacques-Germain Soufflot entre 1753 et 1756. Ce modèle n'a pas une influence directe sur l'œuvre de Crucy à Nantes.. Lorsqu'il prend en main la conception du théâtre, en 1780, d'autres nouvelles salles marquent cette époque : le Grand-Théâtre de Bordeaux, inauguré cette année-là ; le théâtre de l'Odéon, en construction, inauguré en 1782 ; le lancement de l'aménagement du théâtre du Palais-Royal, inauguré en 1784 ; et enfin le théâtre de Besançon, commencé en 1778 et inauguré en 1784..
Crucy doit tenir compte de nouvelles contraintes architecturales liées aux lieux publics, apparues à cette époque. La facilité d'accès à l'édifice et l'éloignement d'autres constructions, dans le cadre de la lutte contre les incendies, éléments qui ont empêché la réalisation des projets précédemment présentés. Ces éléments, associés à l'idée que les monuments publics doivent se distinguer des habitations, conduisent l'architecte à isoler le bâtiment entre trois rues et la place Graslin (seule une enclave au nord-est, la propriété Goineau, contrarie cette volonté)..
vignette|upright|Loge royale à gauche de la scène.
L'aménagement intérieur est guidé par des considérations liées à la visibilité et à l'acoustique. Les références des architectes français sont italiennes, notamment le Teatro Olimpico d'Andrea Palladio (1508-1580) (ovale tronqué sur le grand côté, pour une ouverture de scène plus grande), ou le théâtre de Turin (ovale tronqué sur le petit côté). Par contre, Crucy choisit un plafond en coupole et des loges non pas fermées, comme le modèle italien, mais seulement séparées par des cloisons s'arrêtant à hauteur d'appui. En effet, le répertoire des salles françaises diffère de celui alors proposé en Italie, et la circulation du son était meilleure grâce à ces différences pour les œuvres les plus jouées à l'époque, comme celles de Jean-Baptiste Lully ou Jean-Philippe Rameau.
L'œuvre de Crucy est manifestement inspirée du théâtre de l'Odéon à Paris, y compris pour un élément qui ne dépassera pas l'état de projet : l'adjonction de deux arcades latérales, transversales aux rues Molière et Corneille. Cette inspiration n'enlève pas une part d'originalité, notamment dans la conception du vestibule ouvert sur la place Graslin, complété par l'accès à la salle via un escalier et la porte centrale, visible depuis le côté opposé de l'esplanade, l'ensemble donnant ..
thumb|Façade en tuffeau du théâtre Graslin.
En 1783, Jean-Joseph-Louis Graslin fait procéder aux excavations et nivellement pour permettre l'installation des fondations, anticipant l'accord du bureau de la ville et celui de l'Académie royale d'architecture, qui sont obtenus en .. L'accord de construction est donné en . La durée prévue des travaux est alors de ; ils vont durer quatre ans..
Durant cette période, les conflits d'intérêts entre Graslin, Crucy, le bureau de la ville et les entrepreneurs sont nombreux. Une des principales causes de ces heurts est la volonté d'économie de la ville, qui conduit le promoteur à appeler l'architecte Robert Seheult à effectuer une contre-expertise, notamment quant à l'emploi de plutôt que la pierre de taille. Les conflits financiers sont également nombreux, Graslin ayant du mal à obtenir les remboursements de frais qu'il avait engagés pour accélérer l'avancement des travaux. Le budget estimé par Crucy, , est énorme, et la capacité financière du promoteur et de la ville ne suffisent pas : il faut recourir à un emprunt, autorisé par le Roi en , et à un appel aux dons. Mais le devis initial ne tenait compte que du gros-œuvre : il fallait ajouter le décor de la salle, les sculptures, le décor de scène, les machineries... Le dépassement du budget provoque tensions et retards..
Crucy fait appel à son beau-frère, Antoine Peccot père, tailleur de pierre, et à son père et ses frères, Louis et Antoine, pour la charpente.. Les pierres utilisées sont : des pierres de la carrière de Crac'h pour les marches du perron ; du moellon des carrières de Gigant ; du « grison » ou granit fin de Vigneux ou des Dervallières ; du tuffeau blanc de la Maumonnières pour les parements ; du tuffeau gris des Tuffeaux pour la maçonnerie ; du calcaire de Crazannes et de Saint-Savinien pour les ouvrages d'architecture sculptés.
vignette|Chapiteau corinthien en façade du théâtre.
La décoration intérieure est suivie par le bureau de ville et Crucy. Celui-ci a opté, à l'origine, pour une ornementation dépouillée mais, malgré la volonté affichée par la municipalité de limiter les dépenses affichée par la municipalité, celle-ci va finalement dans le sens d'une décoration plus fournie ; par exemple, de simples guirlandes décorant les appuis des balcons sont remplacées par des représentations allégoriques du Théâtre..
vignette|Le théâtre Graslin sur la place du même nom.
Les décors de scène sont particulièrement soignés. Au nombre de neuf, ils sont également dessinés par Crucy, et réalisés par le peintre parisien Jean Bougon, ami de Crucy alors en résidence à Nantes, et Charles Robinot-Bertrand (1747-1822), sculpteur ayant œuvré sur l'hôtel d'Aux et la Chambre des comptes. Devant l'ampleur de la tâche, Bougon se voit adjoindre un autre ami de Crucy, plus jeune, le peintre Jean-Baptiste Coste. La machinerie est également complexe, et après un essai infructueux avec un premier chef-machiniste vite dépassé, le premier directeur de la salle, Longo, fait appel à Barton, ancien machiniste du Théâtre-Français, au fait des réalisations de Pierre Boullet, machiniste de l'Opéra de Paris..
Le théâtre est inauguré le ..
Incendie et reconstruction vignette|300x300px|Le théâtre Graslin de nuit. Le bâtiment est ravagé par un incendie le (7 fructidor an IV). Le feu prend lors d'une représentation de Zémire et Azor, un opéra d'André Grétry. Vers vingt heures, une frise du décor de l'appartement d'Azor entre en contact avec la flamme d'une bougie. L'incendie, aggravé par le vent particulièrement violent ce soir-là, se propage rapidement à la toiture, provoquant l'effondrement de la coupole et du grand lustre. L'ampleur du sinistre rend vaine l'intervention des secours. Sept morts sont dénombrés : quatre spectatrices, dont une fillette de cinq ans, ainsi qu'un machiniste, une femme de service et un danseur. Ce bilan est relativement faible, puisqu'environ se trouvaient dans le théâtre ce soir-là..
Seul le magasin d'habillement est épargné. En 1805, l'École de dessin, ancêtre de l'école des beaux-arts de Nantes, y est hébergée..
En 1806, accorde à quelques villes françaises l'autorisation d'entretenir une troupe permanente ; Nantes en fait partie.. À la suite de la visite de la ville par l'Empereur, en 1808, le théâtre est reconstruit à partir de 1811, à nouveau par l'architecte Mathurin Crucy. Le nouveau théâtre est inauguré pour le jour de Pâques en 1813Archives de la ville de Nantes : le Grand Théâtre ou théâtre Graslin..