redresse=1.4|vignette|alt=Panneaux amovibles recouverts d'affiches multicolores le long d'un mur|Affiches électorales du premier tour de l'élection présidentielle de 2012 à Forcalquier.

En France, sous la Cinquième République, la présidentiabilité est la capacité supposée à être président de la République et, auparavant, à remporter l'élection présidentielle au suffrage universel direct. Cette aptitude présumée fait d'un responsable politique un présidentiable. L'usage de ce mot est attesté dès la première élection présidentielle au suffrage universel direct, en 1965, et va croissant alors que le substantif « présidentiabilité » est plus rare.

La présidentiabilité est évaluée de manière floue et prédictive. Les candidats sont jugés présidentiables à l'issue d'une sélection, dont les acteurs sont les partis politiques, les élus qui signent les parrainages et les médias. Les partis politiques passent d'abord par des procédures internes avant de s'ouvrir en organisant des primaires. Depuis 2017, il arrive que la candidature précède le mouvement politique. Les parrainages par les élus locaux, appelés officiellement « présentation », sont une procédure de cooptation qui a pour but d'éviter les candidatures fantaisistes. De fait, nombre de candidats échouent à réunir les 500 signatures nécessaires. Les élus locaux les plus nombreux, les maires ruraux, sont les plus réticents à accorder leur parrainage, parce qu'ils ne veulent pas rompre avec un certain apolitisme communal. Ceux qui le font agissent en fonction de leurs convictions politiques ou par volonté de défendre le pluralisme. Un candidat est labellisé présidentiable par les médias, qui s'appuient notamment sur les sondages, tandis que les candidats développent des stratégies d'auto-présidentialisation.

Les critères utilisés ont trait à des imaginaires et des pratiques opposés : la verticalité et la proximité, l'expérience et le renouvellement, le masculin et le féminin. La personnalité présidentiable doit montrer une stature d'homme d'État capable de surplomber la politique quotidienne. Il faut pour cela publier des livres et mettre en scène des réseaux internationaux. Dans le même temps, il faut construire une image de proximité, qui passe par des déplacements « sur le terrain » et, depuis 2007 surtout, par l'organisation d'une démarche participative. Le contrôle de soi est attendu, mais laisser voir des émotions ou manifester de l'empathie est dans une certaine mesure de plus en plus positif. La présidentiabilité est aussi assise sur une expérience politique reconnue, face à laquelle l'extériorité est une position le plus souvent peu favorable. La fonction présidentielle est depuis son origine exercée par des hommes et les femmes candidates sont souvent victimes de critiques genrées, malgré une certaine évolution.

Notion vignette|gauche|alt=Logo avec le drapeau tricolore|Logo de l'élection présidentielle de 2022. vignette|redresse|alt=logo circulaire avec au centre un faisceau de licteur|Logo de la présidence de la République (2018). Selon le Trésor de la langue française informatisé, le substantif « présidentiable » est attesté en 1965, dans le journal Le Monde., dans le contexte de la première élection au suffrage universel direct du président de la République en France. Au-delà des conditions minimales d'éligibilité à l'élection présidentielle, à savoir être électeur et éligible, être âgé d'au moins 18 ans (23 ans jusqu'en 2011) et être en règle avec les obligations du service national, la présidentiabilité n'a pas de définition juridique et n'existe pas en soi. C'est une position déterminée par les acteurs qui y participent. Née des conditions de l'élection instaurées en 1962 et appliquées pour la première fois en 1965, elle cherche à évaluer quelles personnalités ont une chance de remporter l'élection présidentielle et n'existe que médiatiquement et publiquement.

La présidentiabilité est un concept élaboré et étudié par les politistes.. Selon Valérie Moureaud, . Christian Le Bart, à partir d'analyses statistiques, observe que le terme « présidentiable », entrant pleinement dans le débat public, devient de plus en plus banal à partir des années 2000 dans la presse et dans les publications académiques, alors que le substantif « présidentiabilité » reste plus rare. Le concept de présidentiabilité est couramment utilisé pour évaluer les chances d'un candidat à l'élection présidentielle en France, mais ses définitions et ses limites sont floues et discutables. Selon Fabienne H. Baider, la présidentiabilité est associée au leadership, à la compétence, à la légitimité et à l'expérience. À l'intérieur de la compétition électorale, elle permet de distinguer les « présidentiables » des « petits candidats ».

Le commentaire politique qui rend un verdict de présidentiabilité a un pouvoir performatif. Valérie Moureaud le souligne : . Le concept est associé à deux moments différents : la capacité à gagner l'élection puis les aptitudes à exercer de manière satisfaisante la fonction présidentielle. Dans les commentaires, c'est surtout cette seconde évaluation qui détermine la première. Elle comporte par essence une forte part d'incertitude, puisqu'elle est un pari sur l'avenir.

Acteurs de la sélection Partis politiques Désignation par les partis Les partis politiques jouent un rôle capital dans les campagnes présidentielles, en les finançant, en les organisant et en désignant les candidats. Malgré la volonté originelle du général de Gaulle de marginaliser les partis politiques, l'élection présidentielle leur donne une place importante. Pendant longtemps, un candidat présidentiable doit être investi par un parti politique. Comme l'écrit la politologue allemande Christine Pütz en 2007, , d'autant plus que les électeurs expriment fréquemment une préférence partisane.

vignette|gauche|Meeting du Parti communiste français pour l'élection présidentielle de 2007. vignette|alt=un homme parle devant une tribune sur fond orange|François Bayrou au congrès fondateur du Modem en 2007.

C'est le cas dans la famille gaulliste. Si l'on excepte Georges Pompidou, présidentiable parce qu'ancien premier ministre, les candidatures de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy s'appuient sur leur rôle de leader du parti gaulliste. Le peu de succès de Jacques Chaban-Delmas en 1974 s'explique aussi par son faible pouvoir au sein de l'UDR. De même, les candidatures de François Mitterrand en 1974 et 1981 apparaissent justifiées par sa place de premier secrétaire du Parti socialiste, conduisant à une candidature jugée « naturelle », , selon Christian Le Bart.

La droite non gaulliste vient plus tard à ce modèle. Valéry Giscard d'Estaing, élu en 1974, est alors à la tête d'un petit parti et l'UDF soutient en 1988 Raymond Barre, qui n'en est pas le leader. Toutefois, la prise du pouvoir de François Bayrou au sein de cette famille politique précède ses candidatures de 2002, 2007 et 2012.

Le parti est perçu comme un outil de production d'un leader présidentiable. Comme le relèvent Jérôme Vaillant et Wolfram Vogel, ., y compris quand la candidature est officiellement issue d'un consensus collectif, comme au Parti communiste. Si ses candidats s'expriment au nom de leur parti, ils en sont le plus souvent (sauf André Lajoinie en 1988) ses secrétaires généraux puis nationaux.

Primaires vignette|gauche|alt=divers papiers portant la mention primaire citoyenne|Eléments du kit du bureau de vote de la primaire citoyenne de 2017. Toutefois, les aspirations croissantes à une démocratie participative rendent la désignation par les partis moins acceptable, parce qu'elle semble opaque et trop peu démocratique, les guerres de succession à la tête du parti (compétition entre Martine Aubry et Ségolène Royal au Parti socialiste en 2008 et entre Jean-François Copé et François Fillon à l'UMP en 2012) renforçant ce jugement. Dans l'opinion publique, les partis perdent de leur légitimité.

vignette|alt=Un homme et une femme assis côte-à-côte qui discutent|Eva Joly et Nicolas Hulot à Toulouse lors de la primaire présidentielle écologiste française de 2011. Ils tentent de faire face à cette nouvelle donne en organisant des primaires, d'abord internes (ou « fermées ») puis ouvertes.. Au PS, les primaires internes permettent la désignation de Lionel Jospin en 1995 et de Ségolène Royal en 2007. Toutefois, elles paraissent vite insuffisantes et les partis politiques décident de renoncer à leur monopole de désignation du candidat en organisant des primaires ouvertes aux sympathisants. Le chef du parti est alors réduit au rôle d'organisateur de la primaire, et, comme Nicolas Sarkozy en fait l'expérience en 2017, le leadership à l'intérieur du parti ne suffit plus à assurer la présidentiabilité. En 2022, la primaire à droite désigne Valérie Pécresse, qui a un temps quitté LR avant d'y revenir.

À la différence des États-Unis, les partis peinent, en France, à se réunir autour du vainqueur de la primaire. Ainsi Manuel Valls ne soutient pas Benoît Hamon en 2017, ce dernier étant un ancien frondeur. Chez EELV, la procédure des primaires ne parvient pas à créer une dynamique autour du candidat finalement désigné, que ce soit autour de Dominique Voynet en 2007, d'Eva Joly en 2012 ou de Yannick Jadot en 2022. Malgré leur succès populaire , les primaires se révèlent être un piège : comme les électeurs des primaires ont une idéologie politique plus affirmée que l'électorat en général, elles rétrécissent la base électorale au lieu de l'élargir. Les candidats ainsi sélectionnés se voient attribuer une qualification jugée plus restreinte que celle de l'électorat global. Les primaires ont ainsi perdu de leur attrait aux yeux des responsables politiques d'autant plus qu'il s'agit d'une procédure risquée pour chacun d'entre eux..

Le candidat avant le parti vignette|gauche|redresse=0.8|alt=La mention En Marche ! manuscrite|Logo d'En marche !. vignette|alt=un homme debout en costume qui parle|Jean-Luc Mélenchon en meeting à Strasbourg en 2022. L'élection présidentielle de 2017 constitue une rupture, deux candidats majeurs choisissant, dans un contexte de dévalorisation des partis, de constituer autour de leur personne un . Emmanuel Macron décide, pour sa campagne pour 2017, d'agir hors du PS et de tenter une aventure personnelle. À son lancement, son mouvement, En marche !, totalement centré sur son leader, n'a qu'une apparence d'organisation partisane. Il en est de même pour La France insoumise, constituée dès l'origine autour de Jean-Luc Mélenchon.

En 2022, alors que leurs mouvements s'institutionnalisent partiellement., Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon cherchent tous deux à s'en échapper. Jean-Luc Mélenchon utilise, pour asseoir sa légitimité, une procédure de pétition citoyenne, dans une relation directe qui dépasse la consultation des militants de son mouvement, tandis que la nouvelle candidature d'Emmanuel Macron s'appuie sur son statut de président, bien au-dessus d'une légitimité partisane. Lors de la même élection présidentielle, Reconquête est créé pour soutenir la candidature d'Éric Zemmour. Ces partis sont directement liés à leur fondateur : comme le relève le politiste Thomas Ehrhard, ..

Dans beaucoup de cas, le parti devient un simple outil logistique et de financement, mais n'a plus d'autorité d'investiture, sauf peut-être au Rassemblement national, où le leadership du parti reste synonyme de présidentiabilité. Plusieurs candidats potentiels à l'élection présidentielle s'émancipent de leur parti originel, souvent parce qu'ils n'ont pas pu s'y imposer, et créent des micro-partis à leur service : ainsi Valérie Pécresse en 2017, Xavier Bertrand et Arnaud Montebourg tous deux en 2020.

Parrains Cooptation vignette|redresse=0.8|alt=photo de la porte vitrée d'un bâtiment|Entrée du Conseil constitutionnel, où sont recueillis et validés les parrainages.