Le Plan définitivement régénérateur (Plan Definitivamente Regenerador en espagnol) est un projet politique et un gouvernement sécessionniste mexicain, proclamé en 1855 par des secteurs du parti conservateur du Mexique en réaction directe à la révolution libérale d’Ayutla et aux premières réformes anticorporatistes. Il s’inscrit dans le climat explosif qui mènera bientôt à la Guerre de Réforme (1857-1861). Ce gouvernement conservateur met en œuvre une restauration monarchique avec la Maison de Iturbide, en opposition au gouvernement libéral et réformiste, et proclame le prince impérial Agustín Jerónimo comme empereur sous le nom d’Augustin II.

Le projet est abandonné en 1856, et cesse d’exister politiquement lorsqu’il perd toute viabilité militaire et institutionnelle, avec la victoire politique du président libéral Ignacio Comonfort. Il sera relancé à travers le plan de Tacubaya, qui débouchera sur la guerre civile.

Contexte politique En , le régime dictatorial et conservateur d’Antonio López de Santa Anna est renversé par la révolution d’Ayutla. Les libéraux prennent le pouvoir sous Juan Álvarez, puis Ignacio Comonfort.

Ils lancent une série de réformes destinées à réduire le pouvoir de l’Église catholique, abolir les fueros (privilèges juridiques ecclésiastiques et militaires), et moderniser l’État sur un modèle républicain et libéral.

La Loi Juárez (1855) frappe directement les intérêts conservateurs : Église, armée et élites traditionnelles. Puis, ce furent les lois de confiscation des biens de mainmorte ou de corporations civile et ecclésiastique connue sous le nom de « ». Cette loi ordonnait de vendre à leurs locataires les biens que l'Église catholique leur louait.

Les conservateurs voient les réformes comme une menace pour la propriété ecclésiastique, et une importation d’idées « étrangères » (inspirées des États-Unis et de la France révolutionnaire). C’est dans cette atmosphère que des conservateurs publient le Plan Definitivamente Regenerador.

Mise en place du projet Le , plusieurs figures imminentes du parti conservateur et du clergé mexicain, proclament le plan définitivement régénérateur. Ce plan proclame l’abolition du système républicain libéral, et rejette explicitement la république fédérale issue des idéaux de 1824 et relancée en 1855. Il stipule également la restauration d’un empire mexicain, avec l’établissement d’une monarchie constitutionnelle catholique. Le texte désigne le prince impérial Agustín Jerónimo de Iturbide, fils de l’ancien empereur Agustín de Iturbide, comme empereur de la Nation sous le nom d’Augustin II (Agustín II). Ce point est crucial, car contrairement au futur Empire de 1864, il ne s’agit pas encore d’un prince européen, mais d’un membre de la dynastie mexicaine fondatrice de l’indépendance.

Le plan s’inscrit dans la pensée conservatrice mexicaine du XIXe siècle, avec la défense du catholicisme comme religion d’État, une opposition au fédéralisme libéral considéré comme facteur d’instabilité, et un maintien du rôle dominant du clergé, de l’armée, des grandes familles créoles.

Le plan se traduit à travers un gouvernement conservateur en opposition au gouvernement libéral de Mexico dirigé par Álvarez. Incarné par plusieurs figures conservatrices, ce gouvernement n’a pas de chef unique, et est dirigé conjointement par l’ancien président conservateur José Mariano Salas, en tant que premier ministre, et le général Félix María Zuloaga en tant que chef des armées régénératrices.

Proclamé depuis Mexico, le gouvernement conservateur se replie autour de la capitale, qui reste sous contrôle libéral, et tente de rallier plusieurs provinces. Plusieurs garnisons prennent les armes et se rallient au nouveau gouvernement, tandis que les députés conservateurs siégeant au Congrès, font sécession en établissant un nouveau parlement qui publie les proclamations, les lois et articles du plan :

Article n°1 : La Nation mexicaine est et sera indépendante et souveraine ; et elle reprend l’héroïque dénomination d’« Empire du Mexique ». Article n°2 : Sa religion est et sera la religion catholique, apostolique et romaine, sans tolérance publique d’aucune autre. Article n°3 : Sa forme de gouvernement sera monarchique, constitutionnelle et héréditaire, conformément aux habitudes, aux coutumes et aux besoins du pays, tels qu’en jugeront ses représentants. Article n°4 : La Nation proclame dès à présent pour son empereur Don Agustín Jerónimo de Iturbide l’aîné.

Acceptant la désignation des conservateurs, l’empereur proclamé n’en reste pas moins un souverain en exil. Cependant, son absence sur le territoire mexicain lors de la proclamation du plan, n’est en rien un obstacle, puisqu’il s’agit d’une figure dynastique et symbolique. Le plan défend une monarchie constitutionnelle dans laquelle l’empereur incarne l’unité mais ne contrôle pas le pouvoir politique. Prévoyant également une potentielle renonciation de l’empereur mais aussi de toute sa famille, le gouvernement conservateur prend les devants en désignant un conservateur, Antonio de Haro y Tamariz, comme possible alternative sur le trône dans le cas où la Maison de Iturbide renoncerait, ou ne serait plus en mesure de prétendre au trône impérial.

Défaite des conservateurs et fin Au début de l’année 1856, le gouvernement libéral d’Álvarez consolide son pouvoir, tandis que le Congrès constituant prend le dessus sur le parlement sécessionniste et confirme les précédentes lois libérales. Sur le plan politique, plusieurs conservateurs désertent et le gouvernement sécessionniste perd ses principaux appuis, y compris sur le plan militaire.

En , il est clair qu’aucune insurrection monarchiste ne se déclenche pour secourir le gouvernement conservateur, le projet cesse alors d’être une option politique réaliste, puisqu’il ne contrôle plus rien.

À partir du printemps 1856, les conservateurs cessent de promouvoir activement Agustín Jerónimo, dont certains jugent responsable de la défaite. La stratégie se déplace vers l’opposition constitutionnelle. L’objectif devient d’empêcher la Constitution libérale, non d’imposer immédiatement une monarchie.

En 1857, la Constitution libérale est promulguée. Les conservateurs lancent alors le plan de Tacubaya (). Zuloaga prend la tête du camp conservateur et déclenche la Guerre de Réforme. À ce moment-là, l’option « Iturbide empereur » est abandonnée au profit d’une stratégie plus pragmatique : suspendre la Constitution de 1857 plutôt que restaurer immédiatement la monarchie.

L’idée monarchique ne disparaît pas pour autant. Elle réapparaît quelques années plus tard sous une forme différente, conduisant au Second Empire mexicain (1864), mais cette fois sans la dynastie Iturbide.

Notes et références

Voir aussi Liens externes ILCE: RedEscolar - Portal Educativo Poemas de Riva Palacio UNAM: Université nationale autonome du Mexique

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