vignette|Image peut-être de synthèse de la cérémonie de mise en service et de remise du pavillon du premier porte-avions à catapulte électromagnétique chinois, le Fujian, s’est tenue le 5 novembre 2025 dans un port militaire à Sanya. Le Shandong est amarré à coté. Le programme chinois de porte-avions désigne l’ensemble des projets menés par la marine chinoise afin de se doter d’une flotte de porte-avions capable d’opérations de haute mer et de projection de puissance.

À la fin de 2025, la république populaire de Chine dispose de trois porte-avions actifs dans la force de surface de la marine de l’Armée populaire de libération : le Liaoning, le Shandong et le Fujian (Type 003) ; un quatrième porte-avions, désigné « Type 004 » et dont la propulsion nucléaire est envisagée, est en cours de construction depuis 2024. Des experts, notamment Wang Yunfei, officier retraité de la marine chinoise, estiment qu’à l’horizon des années 2030 la Chine pourrait posséder cinq ou six porte-avions. De plus, dans un rapport publié en , le département de la Défense des États-Unis indique que la Chine planifierait d’acquérir neuf porte-avions d’ici 2035, ce qui marquerait une expansion majeure de ses capacités de projection navale.

Les porte-avions constituent depuis longtemps un élément essentiel de l’ambition de la marine chinoise de devenir une marine de haute-mer. Dès les années 1970, la Chine tente d’acquérir et d’étudier des porte-avions. Après 1985, la Chine acquiert quatre porte-avions retirés du service à des fins de recherche et de rétro-ingénierie : le porte-avions léger australien de construction britannique , ainsi que les anciens « croiseurs porte-aéronefs » soviétiques Minsk, Kiev et Varyag. Le Varyag, doté d’un pont d’envol à tremplin pour des opérations STOBAR, fait ensuite l’objet d’une modernisation approfondie afin d’être renommé Liaoning, premier porte-avions opérationnel chinois. Celui-ci sert également de base aux développements ultérieurs, notamment pour son navire jumeau construit localement, le Shandong. Le troisième porte-avions, le Fujian, lancé en 2022, adopte un système de catapultes électromagnétiques développé en Chine pour des opérations de type CATOBAR.

Histoire Ambitions précoces Depuis les années 1970, la marine chinoise exprime son intérêt pour l’exploitation de porte-avions dans le cadre de ses ambitions de marine de haute-mer. Afin de former les commandants nécessaires à l’exploitation future de ces bâtiments, la Commission militaire centrale approuve en un programme visant à former des pilotes de chasse à réaction destinés à devenir commandants de porte-avions. L’Académie navale de Guangzhou est choisie comme site de formation.

Acquisition du HMAS Melbourne La Chine acquiert en le porte-avions léger désarmé de la classe Majestic , vendu par la Royal Australian Navy (RAN) à la China United Shipbuilding Company pour être démantelé. Ce porte-avions CATOBAR de construction britannique, qui n’a jamais participé à des opérations de combat, est retiré du service de la RAN au milieu de l’année 1982 en raison de coûts d’entretien élevés et d’une réputation défavorable liée à plusieurs incidents maritimes graves, notamment les collisions ayant entraîné le naufrage des destroyers alliés et lors d’exercices navals en temps de paixHall, HMAS Melbourne, p. 9. Avant son départ pour la Chine, la RAN retire l’ensemble des équipements électroniques et des armements du Melbourne, et soude ses gouvernails en position fixe afin d’empêcher toute remise en service. En revanche, la catapulte à vapeur, les brins d'arrêt et le système optique d’appontage ne sont pas démontés. À cette époque, peu d’experts occidentaux anticipent que la Chine chercherait à développer des porte-avions à l’avenir.

Le Melbourne quitte le port de Sydney sous remorque le et arrive au port de Huangpu, à Guangzhou, le . Le navire n’est pas immédiatement démantelé ; il est plutôt étudié par des architectes et ingénieurs navals chinois. Il reste incertain si la marine chinoise a planifié l’acquisition du Melbourne ou s’est simplement saisie de l’opportunité. Le contre-amiral Zhang Zhaozhong, militaire à la retraite, a déclaré que la marine n’avait pas connaissance de l’achat avant l’arrivée du navire à Guangzhou. Le Melbourne représente le plus grand bâtiment de guerre jamais observé par les experts chinois, qui s’étonnent de la quantité d’équipements encore en place. La marine organise ensuite le retrait du pont d'envol et de l’ensemble des dispositifs CATOBAR afin de pouvoir les étudier en profondeur. Selon certains rapports, soit une réplique du pont d’envol, soit le pont réel lui-même aurait été utilisé pour former les pilotes de la force aérienne de la marine chinoise (PLANAF) aux opérations aériennes depuis un porte-avions.

Des ingénieurs chinois ont reproduit sur terre la catapulte à vapeur et le système d’appontage du Melbourne. En , un intercepteur J-8IIG a été utilisé pour effectuer des essais de décollage et d’atterrissage sur ce pont d’envol terrestre, opération qui n’a été confirmée officiellement que 27 ans plus tard, en , par CCTV-13. Les décollages et atterrissages ont été réalisés le même jour, sous la conduite du pilote de la PLANAF Li Guoqiang. L’expérience acquise a ensuite été appliquée au développement du chasseur multirôle J-15.

Il a également été rapporté que la Royal Australian Navy aurait reçu une demande de la PLAN pour obtenir les plans de la catapulte à vapeur du porte-avions, demande qu’elle aurait « poliment déclinée ». Le porte-avions n’a pas été démantelé pendant de nombreuses années ; selon certaines rumeurs, il n’aurait été entièrement mis au rebut qu’en 2002.

Autres tentatives d'acquisition La Chine a également négocié avec l’Espagne dans le but d’acquérir les plans de navires à décollage et atterrissage conventionnels proposés par l’Empresa Nacional Bazán, notamment les conceptions SAC‑200 de 23 000 tonnes et SAC‑220 de 25 000 tonnes. Les négociations, entamées entre 1995 et 1996, n’ont toutefois abouti à aucun achat. Cependant, l’entreprise espagnole a perçu plusieurs millions de dollars en frais de conseil, ce qui laisse penser qu’un transfert de certains concepts de conception a probablement eu lieu.

La Chine acquiert les anciens porte-avions soviétiques de la classe Kiev, le Minsk en 1995 et le Kiev en 2000. Le Minsk, ainsi que son navire jumeau Novorossiysk, avait initialement été vendu à la Corée du Sud en 1995 pour être démantelé. Cependant, en raison d’objections soulevées par des écologistes, le Minsk est revendu à la Chine en 1998 afin d’y être mis au rebut, tandis que le Novorossiysk est démantelé en Corée en 1997. Le Kiev, quant à lui, est vendu à la Chine par la Russie en 2000 avec l’obligation contractuelle d’être démantelé. Aucun des deux navires n’est cependant désassemblé et ils sont convertis en attractions touristiques : le Minsk est destiné à devenir un parc à thème et le Kiev un navire-hôtel de luxe.

En 1997, la Chine tente d’acquérir le porte-avions français désarmé Clemenceau, mais les négociations entre la Chine et la France échouent.

Phase de planification À la mi‑2007, des sources chinoises indiquent que la Chine a acquis un total de quatre ensembles de systèmes d’appontage pour porte-avions en provenance de Russie, information confirmée par les fabricants russes. Cependant, les experts divergent quant à l’usage de ces systèmes : certains y voient une preuve claire de la construction d’un porte-avions, tandis que d’autres estiment qu’ils servent uniquement à former des pilotes en vue d’un futur navire. Selon certains rapports, jusqu’à deux porte-avions basés sur le Varyag devaient initialement être lancés d’ici 2015.

Selon le Nippon News Network (NNN), la recherche et le développement des porte-avions prévus devaient être réalisés dans un centre de recherche militaire à Wuhan. NNN indique que la construction effective des navires serait assurée par le chantier naval de Jiangnan à Shanghai. Le Kanwa Intelligence Review rapporte que le deuxième porte-avions construit serait probablement affecté à Qingdao.

Selon un rapport publié en par The Daily Telegraph, l’armée chinoise a construit un pont d’envol de porte-avions en béton destiné à former les pilotes et le personnel aux opérations aéronavales. Ce pont a été érigé sur le toit d’un bâtiment gouvernemental près de Wuhan, sur le campus du Wuhan Technical College of Communication, à proximité de Huangjiahu. Le , le chef d’état-major de l’Armée populaire de libération, Chen Bingde, confirme que la Chine construisait son propre porte-avions, tout en précisant qu’aucun détail supplémentaire ne serait fourni avant l’achèvement du navire.

Le , selon un chercheur senior de l’Académie des sciences militaires, la Chine a besoin d’au moins trois porte-avions : « Si l’on considère nos voisins, l’Inde disposera de trois porte-avions d’ici 2014 et le Japon également, donc je pense que notre nombre ne devrait pas être inférieur à trois afin de défendre efficacement nos droits et nos intérêts maritimes », a affirmé le général Luo Yuan. En , un responsable chinois annonce que deux porte-avions sont en construction au chantier naval de Jiangnan à Shanghai. Le , le chef du renseignement taïwanais Tsai Teh-sheng indique au Yuan législatif que la PLAN prévoit de construire deux porte-avions, dont la construction devait commencer en 2013 et 2015, pour des mises à l’eau prévues respectivement en 2020 et 2022. Le coût estimé de ces deux navires s’élève à environ 9 milliards de dollars américains. Le , le contre-amiral chinois Song Xue confirme que la Chine construira davantage de porte-avions, plus grands et capables d’embarquer davantage d’avions que le Liaoning.

Aperçu des porte-avions

Liaoning (Type 001) vignette|Le Liaoning avant rénovation. Le porte-avions de 55 000 tonnes de la classe Kouznetsov, le Varyag, initialement destiné à la marine soviétique et achevé à environ 68 %, est laissé amarré au chantier naval de la mer Noire, en Ukraine, après la dissolution de l’Union soviétique. En 1998, le navire, dont seule la coque était terminée et dépourvu de système de propulsion, est acheté par une société écran privée basée à Macao sous prétexte d’établir un casino flottant. Avant la vente, le Varyag avait été dépouillé de tout équipement militaire installé.

Après un périple difficile de 21 mois sous remorque à travers la mer Noire, la Méditerranée, l'océan Atlantique, l'océan Indien et les mers de Chine méridionale et orientale, le Varyag arrive enfin à Dalian, dans le nord-est de la Chine, le .

Après avoir été amarré au chantier naval de Dalian pendant plus de trois ans, le navire est transféré en cale sèche en pour subir une rénovation approfondie. En 2007, les médias rapportent que le navire est en cours d’aménagement en vue d’un éventuel service naval.

En 2011, le chef d’état-major de l’Armée populaire de libération, Chen Bingde, confirme que la Chine construit au moins un porte-avions. Le , les autorités chinoises annoncent que la rénovation du Varyag est terminée et que le navire effectue des essais en mer .

Le , la société américaine d’imagerie satellite DigitalGlobe annonce avoir identifié le Varyag rénové en mer sur des images prises le . Le navire a été observé en opérations dans la mer Jaune sur une période de cinq jours.

Le , le porte-avions est officiellement rebaptisé Liaoning, du nom de la province où le navire a été rénové, et est formellement remis à la marine chinoise, bien qu’il ne soit pas encore considéré comme pleinement opérationnel. En novembre, les premiers décollages et appontages réussis d’un chasseur J-15 sont effectués à bord du Liaoning.