Le Parti de l'Union nationale (en anglais : National Union Party), communément appelé Parti de l'Union, et parfois coalition républicaine-unioniste, était une coalition politique américaine fondée en 1861 durant la guerre de sécession. Elle regroupait le parti républicains, des membres du parti démocrate appelés démocrates de guerre ainsi que des unionistes des États frontaliers. Cette coalition soutenait l'action de l'administration Lincoln durant la guerre de Sécession et organisa la Convention nationale de l'Union de 1864, qui désigna Abraham Lincoln (républicain) comme candidat à la présidence et Andrew Johnson du Parti démocrate comme candidat à la vice-présidence pour l'élection présidentielle américaine de 1864.. Après l'assassinat de Lincoln, Johnson tenta de maintenir la coalition comme instrument de ses ambitions présidentielles sans succès. La coalition pris fin en 1867 et ne participa donc pas aux élections de 1868, néanmoins le Parti républicain continua d'utiliser l'appellation « Républicains de l'Union » pendant toute la période de la Reconstruction.
Abraham Lincoln remporta l'élection présidentielle de 1860, obtenant 180 voix de grands électeurs. L'opposition démocrate à Lincoln était alors divisée, la plupart dans les Etats du Nord votant pour Stephen Douglas. Après son investiture, Lincoln rechercha le soutien des démocrates pro-Douglas et des unionistes du Sud pour préserver l'Union. Il encouragea la formation de coalitions unionistes bipartisanes qui remplacèrent le Parti républicain dans une grande partie du Sud. Outre le fait de permettre aux électeurs aux allégeances partisanes d'avant-guerre diverses d'agir collectivement, l'étiquette « Unioniste » servit un objectif de propagande en sous-entendant que les adversaires de la coalition étaient des séparatistes.
Le projet de la coalition était la préservation de l'Union par la poursuite de la guerre jusqu'à son terme. Les propositions de paix négociées avec la confédération étaient rejetés catégoriquement par la coalition car jugées humiliantes et désastreuses pour l'autorité du gouvernement fédéral à terme. Le programme du parti en 1864 appelait à l'abolition de l'esclavage par un amendement constitutionnel, à une politique d'immigration « libérale et juste », à l'achèvement du chemin de fer transcontinental et condamnait l'intervention française au Mexique, qu'ils considéraient comme dangereuse pour le républicanisme.
Contexte Période d'avant-guerre (1850-1859) gauche|vignette|289x289px|John Bell (à gauche) et Edward Everett, candidats du Parti de l'Union constitutionnelle en 1860. La création d'un « Parti de l'Union » fut régulièrement envisagée durant la décennie 1850. Sous la présidence de Millard Fillmore, Daniel Webster et d'autres envisageaient un tel parti comme instrument permettant aux modérés de soutenir le Compromis de 1850 face aux attaques des abolitionnistes et des sécessionnistes. Le mouvement du Parti de l'Union ne parvint pas à supplanter le système des partis établis, néanmoins certains partis d'Etat subsistèrent jusque dans les années 1850. Le déclin et l'effondrement du Parti Whig après 1854 entraînèrent un réalignement politique à échelle fédérale, au cours duquel des membres du Parti du sol libre, rejoignirent les Whigs et les Démocrates opposés à la loi Kansas-Nebraska pour fonder le Parti républicain sur une large base d'opposition à l'esclavage. Lors de l'élection présidentielle de 1856, le candidat républicain John C. Fremont obtint la majorité relative des suffrages exprimés dans les Etats dans lesquels l'esclavage était interdit, faisant de ce nouveau parti la première force politique dans le Nord. Nombre de ces conservateurs rejoignirent le Parti de l'Union constitutionnelle qui désigna John Bell comme candidat à l'élection présidentielle de 1860. Le ticket remporta les États du Kentucky, du Tennessee et de la Virginie, arriva en deuxième position dans les autres Etats esclavagistes, les Républicains gagnèrent les voix de la plupart des anciens Whigs et donc la victoire.
Les citoyens des États-Unis d'avant-guerre étaient majoritairement imprégnés d'idéologie anti-partis, bien que le système partisan y jouait déjà un rôle crucial dans la culture politique du pays. Les observateurs attribuaient fréquemment la montée de régionalisme à l'action de partisans sans scrupules. Parallèlement, la conviction que le succès de son parti était dans l'intérêt supérieur de la survie de la nation conduisait naturellement à la conclusion que les rivaux partisans représentaient une menace pour l'Union et le républicanisme. Les appels à la création d'un parti unioniste répondaient à ces deux idéaux en dissolvant les anciennes allégeances partisanes au profit d'une coalition de tous les citoyens loyaux.
Crise de la sécession (1860-1861) droite|vignette|281x281px|William H. Seward, secrétaire d'État dans l'administration Lincoln et contributeur clé à la stratégie du Parti de l'Union. L'élection d'Abraham Lincoln précipita la sécession de onze Etats esclavagistes sur quinze, entre et , ces Etats formant la Confédération entraînant les États-Unis dans une crise politique inédite. Lincoln dut son élection au soutien d'anciens Whigs conservateurs dans les États clés de l'Indiana, de l'Illinois et de la Pennsylvanie. Il avait recueilli peu de voix dans les États frontaliers, de plus les unionistes des futurs Etats sécessionnistes avaient majoritairement voté pour les candidats démocrates Bell et Douglas. Cette situation amena le président Lincoln a tisser des liens politiques avec les éléments unionistes réticents à l’étiquette républicaine y compris les démocrates, et ce dans un objectif de garder le contrôle de l'État central sur les États-Unis.
Dans les mois qui suivirent l'élection de Lincoln, les conservateurs notamment démocrates réclamèrent que la nouvelle administration de rompe avec le Parti républicain afin de faciliter une alliance avec les modérés du Sud pour éviter une sécession durable et une guerre civile, de nombreuses figures exprimant le fait qu'une majorité des Blancs du Sud s'opposaient encore à la sécession, mais que l'influence des abolitionnistes les empêchait de collaborer avec le Parti républicain.
Ainsi une formation politique de l'Union permettrait de contourner cet obstacle en faisant de la préservation de l'Union le seul critère de loyauté envers l'administration.
Lincoln ne souhaitait pas que le Parti républicain subisse le même sort que les Whigs et s'aliène sa base électorale dans les États libres en recherchant une alliance avec les conservateurs du Sud. Durant l'hiver 1860-1861 et avant même son investiture, il intervint de manière décisive pour faire échouer le compromis de Crittenden, un ensemble d'amendements constitutionnels proposés qui auraient garanti l'existence de l'esclavage à perpétuité au sud du 36e parallèle. Cela aurait constitué un renoncement majeur de l'engagement du programme du parti républicain de s'opposer à l'extension de l'esclavage aux territoires américains à l'ouest. Plutôt que de courtiser les unionistes dits conditionnels, comme l'avait fait le président Fillmore en 1850, Lincoln chercha à recruter des unionistes dits inconditionnels des Etats frontaliers pour des postes dans son administration. Dans son discours d'investiture, le président approuva le projet d'amendement Corwin, qui aurait garanti l'esclavage dans les États esclavagistes, tout en maintenant son refus d'extension de la pratique dans les territoires, cette main tendue aux sudistes fut rejetées par les Etats ayant déjà fait sécession. Lincoln et ses conseillers avaient conscience que cette proposition de compromis serait vraisemblablement refusée et qu'elle permettait ainsi de rejeter la responsabilité de la guerre sur les sécessionnistes.
Histoire Création de la coalition (1861-1862) droite|vignette|301x301px|Première investiture d'Abraham Lincoln au Capitole des États-Unis à Washington, D.C., le 4 mars 1861. droite|vignette|300x300px|Le Grand Serpent de Scott (1861), satire de la stratégie militaire américaine. On y voit des unionistes du Sud se mobiliser en Virginie-Occidentale et dans l'est du Tennessee. La guerre de sécession débuta en en mettant fin à toute possibilité d'alliance entre les partisans de Lincoln et les unionistes conditionnels. Rapidement la guerre modifia profondément le paysage politique des deux camps. Dans les Etats frontaliers, l'objectif immédiat du mouvement unioniste était d'empêcher la sécession et d'installer des gouvernements qui coopéreraient avec l'administration. Cet objectif a été atteint dans le Maryland et le Kentucky par la création de partis unionistes qui ont remporté les élections à l'été 1861 ; dans le Missouri et en Virginie, les unionistes ont organisé des conventions spéciales qui ont constitué l'autorité gouvernementale. Les partis unionistes des Etats frontaliers sont issus de coalitions d'opposition présentes lors de l'élection de 1860. Ils n'étaient affiliés à aucune organisation partisane nationale en 1861 et ont adopté une position prudente, apportant un soutien crucial à l'administration de Lincoln en temps de guerre tout en s'opposant à la position des républicains sur l'esclavage. La famille Blair comptait parmi ceux qui espéraient un réalignement partisan national dans lequel un « Parti unioniste » national remplacerait les républicains comme principal parti d'opposition aux démocrates.
Dans les États libres, le Parti de l'Union était un mouvement populaire qui appelait les citoyens à mettre de côté les clivages partisans dans l'intérêt de l'unité nationale. Durant les premières semaines de la crise, l'opinion publique basculas en faveur de la suspension des partis politiques.
Dès le départ, le mouvement pour un Parti de l'Union se heurta à une forte résistance républicaine. Les républicains du Congrès, élus dans des fiefs électoraux, ne voyaient pas d'intérêt à courtiser les électeurs des partis démocrates et whigs et craignaient que les efforts de conciliation avec les conservateurs n'affaiblissent le programme anti-esclavagiste sur lequel le parti avait en parti remporté la victoire en 1860. Dans l'Illinois, [l'Ohio, le Massachusetts et la Californie, la décision d'abandonner l'étiquette républicaine provoqua l'indignation des militants. Les républicains radicaux, en particulier, craignaient de perdre de l'influence au profit des conservateurs qui continuaient de s'opposer farouchement à la position sur l'esclavage et privilégiaient une politique modérée et conciliante envers les Blancs du Sud.
Tout ces événements amenèrent à un affaiblissement du Parti républicain vis à vis des coalitions unionistes dans les Etats du nord. La plupart des candidats de l'administration qui se présentèrent aux élections de 1861 et 1862 sous l'étiquette unioniste.
La coalition dans le Bas-Nord droite|vignette|299x299px|David Tod, gouverneur de l'Ohio pour le Parti de l'Union, 1862-1864. Dans les États de l'Ohio, de Pennsylvanie, de l'Illinois et de l'Indiana, le Parti de l'Union était une coalition de républicains et de démocrates pour la guerre contre la confédération. Le parti républicain étant faiblement implanté dans ces États, l'apport des démocrates fut majeur pour le maintien de la main mise des républicains. Les unionistes présentèrent ainsi en diverses occasions des candidats issus du parti démocrate pour les postes de gouverneur.
Haut-Nord droite|vignette|269x269px|John Adams Dix, major général et homme politique du Parti de l'Union de New York. La force des Républicains était la plus grande en Nouvelle-Angleterre et dans le Haut-Midwest, où l'influence radicale freinait la croissance du Parti de l'Union. Au Massachusetts, au Michigan, au Minnesota et en Iowa, les noms et les allégeances des partis restèrent globalement inchangés par la guerre.