Mhammed ben al-Maati at-Tri’i (en arabe : امحمد بن المعطي التريعي), ou Caïd Triahi dans la graphie coloniale, est un caïd marocain d'Azemmour, dans la région de Doukkala, principalement connu pour son implication dans la résistance contre la "Pacification du Maroc".

Biographie Origines et début de vie Mhammed ben al-Maati at-Tari’i est né vers l'an 1273 de l'Hégire (1856 du calendrier grégorien) au sein du douar Ouled Boumghazel . Il appartient au clan des Tari’at, de la fraction des Ouled Rahmoun, l'une des composantes originelles de la tribu des Hawziya, située au sud-est d'Azemmour. Issu d'une famille de notables, son père, le Caïd al-Maati, était un éminent lettré et le responsable (Moqaddem) des étudiants mémorisant le Coran. Mhammed at-Tari’i a lui-même suivi cette tradition, étant reconnu comme un étudiant (taleb) et mémorisateur du Coran.

Carrière politique et résistance Premiers pas en tant que Caïd En 1893 (ou 1312 de l'Hégire), il succède à son frère aîné à la tête de la tribu des Hawziya par décret royal (dahir) du sultan Hassan Ier. Sa zone d'influence était stratégique : elle s'étendait d'Azemmour aux abords d'El Jadida (Mazagan) et constituait un point de passage crucial pour les communications postales et commerciales entre Marrakech et les ports de l'Atlantique (Casablanca, Rabat, Safi). Dès ses débuts, il est décrit comme un homme courageux, ferme et déterminé à ne pas servir les intérêts étrangers.

Refus d'allégeance à Moulay Abdelaziz À la mort du sultan Hassan Ier, le Grand Vizir Ahmed ben Musa Ba Ahmad prend la régence pour le jeune sultan Moulay Abdelaziz. At-Tri’i, aux côtés d'autres chefs de Doukkala comme les caïds Ahmed al-Bouazizi des Ouled Bouaziz et Said al-Freji des Ouled Fredj, s'oppose à l'autorité de Ba Ahmad et refuse de prêter allégeance (bay’a) au nouveau sultan. Pour cet acte de défiance, il est arrêté et emprisonné à Casablanca, puis transféré à Rabat. Il ne recouvre sa liberté et sa fonction de caïd qu'en 1900, après le décès de Ba Ahmad.

Engagement dans la Chaouïa Au début de l'année 1908, face à l'avancée des troupes françaises, Mhammed at-Tri’i se rend dans la région de la Chaouïa pour rejoindre le front de la résistance. Il participe aux combats contre les forces du général d'Amade dans la zone de la Mdakra, combattant aux côtés de leaders locaux comme El-Ahmar ben Mansour. Son engagement l'amène à collaborer avec d'autres figures célèbres de la résistance marocaine, telles que Moha ou Hammou Zayani et Moha ou Said al-Warawi.

Résistance d'Azemmour Mhammed at-Tri’i fut l'un des piliers de la mouvance Hafidiste (partisans de Moulay Abdelhafid, s'étant proclamé "sultan du Jihad") dans la région d'Azemmour. Il utilise son influence pour organiser la contrebande d'armes via le port d'El Jadida afin de ravitailler les moudjahidines de la Chaouïa. En 1908, il défend Azemmour avec le pacha Hassi El Glaoui. Lorsque les Français occupent brièvement la ville en , il se retire momentanément dans sa casbah pour éviter un bain de sang, avant de revenir reprendre la cité dès le départ des troupes coloniales. Il fait alors exécuter le caïd collaborateur que les Français avaient tenté d'imposer, marquant ainsi son autorité absolue sur la zone.

Assaut contre la villa Sikso En 1912, après l'imposition du Protectorat, les autorités françaises ordonnent son arrestation sous divers prétextes (abus de pouvoir, rébellion). Se sentant menacé, il obtient la protection consulaire espagnole grâce à l'intercession de son ami Sikso, un commerçant juif marocain protégé de l'Espagne. Le , l'armée française bombarde sa casbah dans les Hawziya, mais il parvient à s'échapper de nuit pour se réfugier dans la villa de Sikso à El Jadida. Le , la demeure est encerclée par les forces coloniales et des échanges de tirs éclatent.

Évasion Le , en pleine chaleur de midi, Mhammed at-Tri’i réalise une évasion audacieuse : il jaillit hors de la villa sur son cheval, vêtu seulement d'une djellaba, et traverse les lignes ennemies sous un feu nourri sans être atteint. Il s'évapore dans la campagne de Doukkala, puis rejoint les tribus des Rehamna.

Disparition et continuation dans la résistance Malgré une condamnation à mort par contumace prononcée par un conseil de guerre français en , At-Tri’i poursuit le combat. Il gagne le Moyen et le Haut Atlas pour rejoindre les rangs de la résistance menée par Moha ou Hammou Zayani. Également il aurait rejoint Ahmed al-Hiba et combattu lors de la bataille de Sidi Bou Othmane. Il continue de harceler les troupes coloniales dans la région de Tadla jusqu'à sa mort au combat. Il est enterré dans le Moyen Atlas, restant pour l'histoire locale un symbole de la résistance qui n'a jamais déposé les armes devant l'occupant.

Notes et références

Voir aussi Hajj Hammou Campagne de la Chaouia Campagne du Maroc El-Ahmar ben Mansour Ahmed al-Hiba

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