L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem ou L'Arrivée devant Jérusalem est une peinture du redécouverte par hasard, lors de travaux en 2018, au , rue de Marignan, à Paris, derrière une cloison du magasin de haute couture Oscar de la Renta. Restaurée, elle y est désormais exposée.
Cette toile représente l'arrivée de l'ambassadeur de France, Charles Olier de Nointel, à Jérusalem le , étape d'un voyage qu'il effectue dans l'Empire ottoman. Offrant une vue précise des principaux monuments de la vieille ville de Jérusalem, elle met en scène l'entrée triomphale et en armes de la délégation conduite par Nointel au nom du roi de France. Le tableau rappelle la coopération avec les autorités ottomanes ainsi que les revendications françaises de protection des lieux saints, réaffirmées lors du renouvellement des capitulations le .
Ce tableau a pour objectif de glorifier l'action diplomatique de son commanditaire. Il illustre la politique étrangère de la France sous le règne de , témoigne de l'importance des échanges commerciaux en Méditerranée au et constitue l'une des rares représentations occidentales de Jérusalem à cette époque.
Commandée par le marquis de Nointel, cette œuvre fait partie d'une série de quatre grandes toiles peintes entre 1675 et 1676, dont deux sont perdues. Une hypothèse attribue leur réalisation à Arnould de Vuez, une autre à Jacques Carrey.
Les tableaux ornaient le château de Bercy, propriété de la famille de Malon de Bercy dont était issue la mère du marquis de Nointel. Vendus au , ils ont été acquis puis dispersés par le banquier et collectionneur belge Hippolyte-Léopold Mosselman établi à Paris. L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem est, quant à elle, installée dans son hôtel particulier du , rue de Marignan, avant d'y être dissimulée pour des raisons et à une date indéterminées.
Identification Découverte
L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem ou L'Arrivée devant Jérusalem est un tableau redécouvert par hasard le au premier étage du , rue de Marignan, dans le , lors de travaux d'aménagement d'un magasin de mode de luxe. La toile, alors marouflée sur un mur caché par une cloison en bois, est découverte lorsque cette cloison est abattue.
La société de haute couture Oscar de la Renta, installée dans les lieux , fait expertiser, analyser et restaurer le tableau, qui est très sombre, à cause de la dégradation du vernis ancien et des différentes couches de peinture ajoutées lors de restaurations passées. Le travail de restauration dure six mois et permet de retrouver les couleurs.. L'entreprise organise ensuite l'annonce de cette découverte, dans le New York Times, lors de la semaine de la mode de Paris en ... Ainsi, la toile restaurée couvre le mur du fond du salon des robes de mariée du magasin Oscar de la Renta..
vignette|alt=Gravure en niveaux de gris montrant au premier plan un groupe de cavalier et de piétons et une ville à l'arrière plan|Héliogravure de L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem dans le livre d'Albert Vandal. vignette|alt=Gravure en niveaux de gris montrant deux groupes d'hommes, habillés à l'occidentale ou à l'orientale, dont deux assis au premier rang|gauche|Héliogravure de Le Renouvellement des capitulations dans le livre d'Albert Vandal, tableau perdu.
L'expert en art Stéphane Pinta identifie la peinture : il s'agit de L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem. Cette peinture est reproduite en héliogravure en 1900 dans un livre d'Albert Vandal intitulé L'Odyssée d'un ambassadeur. Les voyages du marquis de Nointel (1670-1680), qui indique que l'œuvre se trouvait alors chez la baronne de Chasseloup-Laubat, déjà à la même adresse.
Ce tableau fait partie d'une série de quatre, qui montre les étapes du voyage dans l'Empire ottoman de l'ambassadeur français Charles Olier de Nointel : Le Renouvellement des Capitulations, le , à Andrinople, disparu, L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem, le , la Cérémonie du feu sacré dans l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem le , également disparu, et Le Marquis de Nointel à Athènes, le , qui fait partie des collections du musée des Beaux-Arts de Chartres mais est prêté depuis 1976. Selon Jean-Pierre De Rycke et Guy Meyer, il est au musée de la Ville d'Athènes, où il a été installé en 2003 après avoir été en dépôt à la pinacothèque nationale d'Athènes, ou à cette même pinacothèque nationale d'Athènes selon Irini Apostolou et Frédéric Hitzel.
Sujet vignette|redresse|alt=Page de titre imprimée en noir sur fond blanc|Page de titre des capitulations de 1673..
De 1670 à 1680, Charles Olier de Nointel, est ambassadeur du royaume de France à Constantinople, envoyé par . Il est chargé de négocier de nouvelles capitulations, dont les enjeux sont politiques, religieux et commerciaux. Ces capitulations, un traité avec l'Empire ottoman, doivent être renouvelées à chaque changement de sultan. Selon les instructions données par les ministres Jean-Baptiste Colbert et Hugues de Lionne, la France revendique la protection des chrétiens de l'Empire ottoman et des lieux saints, l'abaissement des droits de douane pour ses marchands en Méditerranée orientale et le développement du commerce français dans la mer Rouge.
À l'issue de longues négociations, le marquis de Nointel réussit à obtenir le le renouvellement des capitulations, qui abaisse les droits de douane que les commerçants français doivent verser à au lieu de . Cette réduction des taxes met les Français au même niveau que les Anglais et les Néerlandais, qui ont déjà obtenu un rabais identique. Les franchises des Français et la protection du roi de France sur les lieux saints sont réaffirmées, de manière suffisamment ambiguë pour convenir à chaque partie.
Nointel décide ensuite de voyager dans l'Empire ottoman, dans les échelles du Levant, pour apporter aux marchands français le texte de ces capitulations et les commandements du grand vizir qui en sont l'application. Au-delà de cette raison officielle, il veut aussi se distraire après le décès de son frère cadet et satisfaire sa curiosité personnelle de voyageur et de collectionneur. Il prend la mer le , accompagné d'environ cinquante personnes, dont l'orientaliste Antoine Galland.
L'expédition se rend à Chios, Naxos, Rhodes, Larnaca, débarque à Sidon, passe à Jaffa et arrive à Jérusalem le . Ce voyage est notamment décrit par le jésuite Michel Nau, qui y participe à partir de l'escale de Sidon. Les voyageurs arrivent à proximité de Jérusalem le vers 17 ou , sont rejoints par des représentants du pacha de la ville et se mettent en ordre pour y entrer. Le marquis de Nointel (au premier plan à droite sur le tableau) change de cheval. Michel Nau raconte ainsi cet épisode :
Ils font une entrée triomphale dans la ville, en armes, et sont accueillis par une foule importante. Un autre témoin, Jean-Baptiste de Péronne, chapelain de Nointel, décrit précisément l'ordonnancement du défilé :
vignette|Voyage du marquis de Nointel dans les échelles du Levant. Aller en noir, retour en rouge.|alt=Carte de la Méditerranée orientale
C'est une mise en scène rare, car Jérusalem n'a plus accueilli d'ambassadeur catholique depuis la venue, au , de Gabriel de Luetz, représentant de ., et presque aucun chrétien n'est entré en armes dans la ville depuis les croisades des . Cette démonstration de force ne s'adresse pas tant aux autorités ottomanes, dont le marquis de Nointel obtient le soutien, qu'aux chrétiens orthodoxes de Jérusalem, Grecs et Arméniens. Une clause des capitulations renouvelées en 1673 qui prévoit que des religieux français possèdent le Saint-Sépulcre fonde les revendications françaises de protection des lieux saints et, plus généralement, de protection des chrétiens d'Orient, ce qui crée un conflit avec les orthodoxes de Jérusalem.
Après avoir séjourné à Jérusalem, le marquis de Nointel va à Gaza, repasse par Jaffa et Sidon, visite la Syrie, en particulier Alep où il reste plusieurs semaines, reprend la mer à Alexandrette, repasse par Chypre et va à Athènes. Très heureux de découvrir les ruines de la cité antique qu'il admire, il y reste un mois et demi et fait dessiner les sculptures du Parthénon. Après une escale à Smyrne, il revient à Constantinople, où il arrive le . Il perd plus tard la confiance de , auprès de qui les marchands marseillais se sont plaints, et le roi lui retire son poste d'ambassadeur. Il revient en France en 1680.
Description Les arrivants vignette|alt=trois hommes richement habillés à cheval|Le marquis de Nointel et deux autres cavaliers (détail, premier plan à droite). La représentation de l'arrivée de Nointel dans Jérusalem ne correspond pas tout à fait aux récits, qui exposent que les Français sont arrivés par l'est, pour entrer dans la ville par la porte de Bethléem. Le tableau les montre arrivant par le mont des Oliviers, pour entrer par la porte de Saint-Étienne, ce qui permet de rappeler l'entrée de Jésus dans Jérusalem par la même route et de représenter des monuments identifiables de Jérusalem, le dôme du Rocher et le Saint-Sépulcre. Cette orientation est une représentation classique de Jérusalem.
Sur la droite, au premier plan, figure le marquis de Nointel, sur un étalon isabelle caparaçonné. L'animal est fougueux, dressé sur ses pattes arrière, muni d'une bride décorée. Nointel le décrit ainsi : . Ce cheval frais est offert par les autorités de Jérusalem. Le peintre n'a pas cherché à flatter Nointel dans la représentation de son visage, qui accuse son âge, ni à cacher son embonpoint. Il est suivi par plusieurs cavaliers. Le premier, habillé en rouge, serait le premier secrétaire d'ambassade, Charles-Armand Le Picard d’Amblaincourt, et le deuxième peut être le consul de Sidon, de Ségla.
vignette|gauche|alt=un groupe d'hommes à pied habillés de rouge|Les Orientaux (détail, premier plan à gauche). Contrairement à la peinture consacrée à Athènes, ce sont principalement les Orientaux qui sont représentés au premier plan à gauche sur ce tableau. On voit des palefreniers ottomans habillés de rouge et, à l'arrière mais assez peu visible, un notable coiffé d'un turban vert qui le désigne comme descendant de Mahomet, sans doute un envoyé des autorités de la ville chargé d'accueillir la délégation française. Cette partie du tableau est une scène assez statique. Les quatre palefreniers entourent un cheval blanc démonté et fourbu. C'est celui que le marquis de Nointel vient d'utiliser et qu'il délaisse pour monter le cheval frais représenté à droite. Le cavalier arrêté derrière ce groupe, vêtu de rouge et qui regarde le marquis de Nointel, pourrait être son frère, Ferdinand Olier, seigneur de Gicourt. On voit aussi, en bas du tableau, les chiens de chasse du marquis.
Ce tableau cherche à montrer la coopération entre le marquis de Nointel et les Ottomans, tout en ravalant ces derniers au rang de serviteurs, alors qu'ils sont en réalité les maîtres de Jérusalem, contrairement à Nointel, qui de plus va se heurter à la résistance des chrétiens orthodoxes.
La descente vers la ville vignette|gauche|alt=un groupe de cavaliers de dos|Une partie du cortège (détail, au centre). vignette|alt=des cavaliers qui descendent une pente|Une partie du cortège (détail, au centre).
Les deux groupes de cavaliers du premier plan sont suffisamment écartés pour laisser l'espace nécessaire à la vue sur Jérusalem. Au centre et à gauche du tableau, le cortège, principalement représenté de dos, se dirige vers la ville en descendant vers la vallée du Cédron. Deux cavaliers se retournent vers le spectateur. Les hommes qui composent le cortège sont des janissaires ottomans, des lanciers européens en livrée rouge et or portant des lances, armes démodées mais spectaculaires, deux trompettes habillés en bleu et trois cavaliers turcs presque au premier plan, qui pourraient être des drogmans.
vignette|alt=vue d'une ville entourée d'une enceinte|Vue de Jérusalem (détail, à l'arrière-plan au centre).