Milovan Farronato, né en 1973 dans la province de Plaisance (Italie), est un commissaire d'exposition et directeur artistique italien, actif sur la scène internationale de l'art contemporain.
Directeur du Fiorucci Art Trust à Londres de 2010 à 2021, il développe au sein de cette institution une programmation fondée sur les résidences et les projets éphémères, dont le festival annuel , organisé depuis 2011 sur l'île de Stromboli. Ce festival multidisciplinaire, centré sur la performance, accueille des artistes internationaux et s'impose comme l'un des événements alternatifs les plus singuliers du monde de l'art contemporain.
En 2019, il est nommé commissaire du pavillon italien à la Biennale de Venise, pour lequel il conçoit l'exposition , réunissant les œuvres d'Enrico David, Chiara Fumai et Liliana Moro dans un parcours labyrinthique inspiré d'un essai d'Italo Calvino.
Biographie
Formation et débuts
Milovan Farronato grandit dans la province de Plaisance, au sud de Milan, dans un environnement dépourvu de musées d'art contemporain, ce qui le conduit à découvrir l'art principalement à travers la littérature. Adolescent, il visite Rome, où il développe son intérêt pour les arts visuels. Il étudie l'art et enseigne ensuite au département de design de mode de l'université IUAV de Venise, poste qu'il occupe de 2008 à 2015.
Carrière institutionnelle (2005-2012)
De 2005 à 2012, Farronato dirige l'organisation à but non lucratif Viafarini et occupe le poste de commissaire au DOCVA () à Milan.
Parallèlement, de 2006 à 2010, il est commissaire associé de la Galleria Civica di Modena, où il organise plusieurs expositions, notamment des rétrospectives consacrées à Ugo Rondinone et Yayoi Kusama en 2006.
Fiorucci Art Trust
En 2010, Farronato cofonde le Fiorucci Art Trust avec la collectionneuse et philanthrope italienne Nicoletta Fiorucci. Basé à Londres, dans le quartier d'Earl's Court, ce trust artistique adopte une approche non conventionnelle de l'art contemporain, privilégiant les résidences, ateliers et projets éphémères.
Volcano Extravaganza
À partir de 2011, Farronato développe le festival annuel sur l'île volcanique de Stromboli, dans les îles Éoliennes. Ce festival estival, centré sur la performance et les arts multidisciplinaires, se déroule notamment dans les propriétés de Nicoletta Fiorucci, dont l'ancienne maison de l'artiste Marina Abramović.
Le festival a accueilli des artistes de renommée internationale, parmi lesquels Haroon Mirza (2014), Camille Henrot (2016), Eddie Peake (2017) et Runa Islam (2018).
Autres projets
En 2014, Farronato fonde avec l'artiste polonaise Paulina Ołowska le symposium à Rabka-Zdrój, en Pologne, un projet qui migre ensuite vers São Paulo au Brésil en 2016.
En 2016, il collabore avec les Serpentine Galleries de Londres pour le programme .
Activités en France
Collaboration avec Camille Henrot
Milovan Farronato entretient une collaboration artistique avec l'artiste française Camille Henrot, lauréate du Lion d'argent de la Biennale de Venise en 2013. En 2016, Henrot assure la direction artistique de la sixième édition du festival à Stromboli, intitulée , qu'elle co-organise avec Farronato.
Palais de Tokyo (2017)
En , Farronato est invité au Palais de Tokyo à Paris dans le cadre de la carte blanche accordée à Camille Henrot, intitulée . L'institution organise une rencontre avec le commissaire, suivie de la projection du film (, 1979) de la réalisatrice allemande Ulrike Ottinger.
L'exposition , qui occupe la totalité des espaces du Palais de Tokyo du au , explore la manière dont la notion de semaine structure le rapport au temps, entre routine et contrainte.
Contributions éditoriales
En 2018, Farronato contribue au numéro 28 du magazine Palais, publication du Palais de Tokyo, consacré à la carte blanche de l'artiste argentin Tomás Saraceno intitulée . Ce numéro réunit des contributions de philosophes, chercheurs et commissaires d'exposition autour des thèmes de l'écologie et de l'Anthropocène.
Le catalogue de l'exposition , réalisée pour le pavillon italien de la Biennale de Venise 2019, est publié et distribué en France par les Presses du réel. L'ouvrage bilingue (anglais/italien) comprend notamment la première traduction anglaise de l'essai d'Italo Calvino (1962).
Biennale de Venise 2019
Nomination
En , le ministre italien des Biens culturels Alberto Bonisoli nomme Milovan Farronato commissaire du pavillon italien pour la Biennale de Venise. Sa candidature est retenue au terme d'une procédure de sélection impliquant dix commissaires représentatifs de la scène artistique nationale.
L'exposition du pavillon italien, intitulée (), se tient du au à l'Arsenale. Le projet réunit trois artistes italiens : Enrico David (né en 1966), Chiara Fumai (1978-2017) et Liliana Moro (née en 1961).
Le titre fait référence à l'essai d'Italo Calvino (1962), dans lequel l'écrivain propose une approche de l'œuvre culturelle ouverte à tous les langages possibles, face à un monde ayant perdu ses repères traditionnels.
Scénographie labyrinthique
L'exposition adopte une structure spatiale non linéaire, conçue comme un labyrinthe où le visiteur est invité à faire des choix concernant son parcours. Cette scénographie, imaginée en collaboration avec Enrico David et Liliana Moro, offre de multiples perspectives et interprétations possibles.
Le pavillon inclut des œuvres posthumes de Chiara Fumai, artiste performeuse décédée en 2017, dont une peinture murale réalisée selon ses plans originaux.
Réception critique
Accueil positif
Le travail curatorial de Milovan Farronato reçoit un accueil favorable de la part de plusieurs critiques et institutions internationales. Le quotidien britannique The Guardian décrit l'exposition comme « un labyrinthe hanté et sinueux, où les visiteurs errent à travers des passages tortueux, entendant des bribes de musique, atteignant des impasses, et rencontrant tout au long du parcours des sculptures, des fresques et des pièces sonores ».
La revue d'architecture ArchDaily inclut le pavillon italien parmi les « sept pavillons incontournables » de la Biennale 2019, soulignant la capacité de l'exposition à créer « un sens du temps dilaté » et à générer « des découvertes à une autre échelle, que ce soit dans l'art ou dans les rencontres que cette exposition génère ».
La revue ARTnews qualifie le trio d'artistes sélectionné par Farronato d'« intrigant », notant notamment le choix d'inclure une artiste décédée, Chiara Fumai, dont l'œuvre explore « l'occulte et les courants radicaux du féminisme ».
La revue ArtReview met en lumière le caractère personnel et engagé du projet curatorial, notant l'importance accordée par Farronato à la présentation posthume de l'œuvre de Chiara Fumai, décrite comme « une exploration d'un labyrinthe d'idées ».
Concernant le festival , la revue Flash Art évoque la « grâce iridescente et la beauté impermanente » de l'événement, tout en soulignant l'art de la incarné par Farronato lui-même, dont « la présence statuesque » contribue à l'atmosphère singulière du festival.
Critiques et réserves
L'exposition du pavillon italien ne fait pas l'unanimité au sein de la critique spécialisée. La revue italienne publie une recension sévère, estimant que le pavillon apparaît « faible et superficiel » et que « le véritable artiste est le commissaire ». Les critiques reprochent à Farronato d'avoir « dérangé Calvino, Borges et Kierkegaard pour justifier la disposition du labyrinthe », sans parvenir à construire une structure conceptuelle suffisamment solide pour soutenir l'exposition.
La même publication place le pavillon italien parmi les dix pavillons les moins réussis de la Biennale 2019, jugeant l'exposition « forcée et incohérente » malgré son ambition intellectuelle, et soulignant que l'Italie, en tant que pays hôte, aurait dû proposer un projet plus abouti.
La revue note que les visiteurs du pavillon italien, comme ceux des pavillons français et philippin, « se sentent désorientés », reconnaissant toutefois que cette désorientation participe de l'intention curatoriale liée au concept de labyrinthe.
Réception du Volcano Extravaganza
Le festival fait l'objet d'appréciations nuancées. Le magazine i-D qualifie l'événement de « rassemblement le plus excentrique du monde de l'art », soulignant sa capacité à « défier toute catégorisation à l'ère de l'omniprésente et ennuyeuse foire d'art internationale ». Le même article relève que certaines éditions ont pu laisser « un goût amer » à certains participants, notamment en raison d'un système de sélection perçu comme élitiste lors des dîners d'ouverture.
Pensée curatoriale
Fondements théoriques
La pratique curatoriale de Milovan Farronato s'ancre dans une réflexion sur la complexité et la non-linéarité des récits contemporains. Interrogé sur sa philosophie, il cite le philosophe Giorgio Agamben : « Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le charme des ténèbres provenant de son temps », soulignant la nécessité pour le curateur d'être « aligné, mais pas trop ; participant, mais voyant les choses à une certaine distance ».
Farronato décrit son « quid » personnel comme étant « les hauts et les bas, les accélérations et les dépressions », affirmant avoir « besoin dans [sa] vie de ces phases accélérées et des chutes libres qui s'ensuivent ». Il compare ce processus au sublime : « être au-dessus de la porte, ou à la limite même », une tension entre la relativité et l'élévation qui refuse la « quiescence » au profit d'un mouvement constant vers l'inconnu.
Approche relationnelle
L'une des caractéristiques de la pratique de Farronato réside dans sa conception du curateur comme « curateur de personnes » autant que d'œuvres d'art. Dans un entretien avec Frieze, il reconnaît cette dimension : « C'est quelque chose qui m'a toujours intéressé. C'est vraiment ma façon de travailler ». Cette approche se manifeste particulièrement dans le festival , où la construction d'une « famille Fiorucci » d'artistes, curateurs et écrivains prime sur la simple présentation d'œuvres.
Paulina Ołowska, collaboratrice de longue date de Farronato, souligne son audace conceptuelle : « Pendant tant d'années, nous avons eu ces règles fixes : l'artiste fait l'œuvre, le curateur l'expose, le collectionneur l'achète ; mais Milovan mélange tout ». Cette transgression des rôles traditionnels du monde de l'art caractérise l'ensemble de sa production curatoriale.
Improvisation et structure
Farronato développe une méthodologie qu'il qualifie de « tension entre improvisation et structure ». Camille Henrot, qui dirige l'édition 2016 du , observe : « Milo aime marcher sur la ligne [en talons aiguilles, naturellement] entre improvisation et structure, sans jamais laisser les choses sombrer dans le chaos complet. C'est un magicien ». Cette approche rejoint la pensée de l'architecte Yona Friedman, dont Farronato présente le travail : « J'ai toujours essayé de promouvoir l'improvisation comme quelque chose de nécessaire, parce que la planification est impossible. À long terme, c'est une illusion ».
Pour Farronato, cette tension créatrice ne relève pas de l'amateurisme mais d'une stratégie délibérée qu'il nomme « autosabotage créatif » : « Si je dois penser à un texte que je dois écrire, je fais des lectures, je prends des notes [...] mais je ne m'y mets que quelques jours avant la date limite. Ce n'est pas par irresponsabilité, mais parce que je veux que ces derniers jours soient spéciaux. » Il précise : « Je veux me consacrer totalement et ressentir l'excitation, la pression du temps, percevoir le désir de me représenter au mieux sans le diluer ».
Le labyrinthe comme paradigme