François Morin, dit le capitaine Sans-FaçonLe surnom «Sans-Façon» est attesté dans plusieurs sources, notamment dans les mémoires de François Morin et les récits de ses contemporains. Il est aussi indiqué sous le nom du Capitaine de Torcé, né le à Voutré (Mayenne) et mort le au Mans, est une figure emblématique de la résistance des réfractaires et des déserteurs à la conscription sous le Premier Empire. Chef charismatique d’une bande de chouans en Mayenne, il incarna la révolte des paysans contre les levées massives de soldats et les rigueurs de l’administration impériale, t. III.. Il a raconté son aventureuse existence dans un mémoire publié en 1876. Ses Mémoires, recueillis par Charles-Raoul de Montesson et publiés en 1876, relatent son engagement.

Biographie Origines et contexte familial François Morin naît dans une famille de cultivateurs à Voutré, près d'Évron. Il est le troisième fils de Louis Morin, laboureurSonneck, p. 288., et de Gabrielle Le BoucherRevue historique et archéologique du Maine, 1938, p. 85-92.. Son père, Louis Morin, est laboureur ; sa mère, Gabrielle Le Boucher, est originaire de Brée, ses parents se marient à Livet-en-Charnie en 1780.

Son frère aîné, Louis Morin, meurt sous les drapeaux du Premier Empire, ce qui, selon la loi, aurait dû exempter François du service militaireHervé de Broc, La vie en France sous le premier Empire, E. Plon, Nourrit et Cie (Paris). 1895. p. 155-165.. Cependant, il est appelé sous les armes en 1808, malgré cette exemption théoriqueLa loi d’exemption pour les frères de soldats morts au combat était souvent contournée par les autorités.. Ce contexte familial et la mort de son frère nourrissent son hostilité envers la conscription et l’autorité impériale.

Débuts de la révolte Forcé de partir le , François Morin refuse de se soumettre à la conscription et entre dans la clandestinité. Il s’associe à son frère Joseph Morin et à d'autres jeunes gens de sa région, également réfractaires ou déserteurs, et commence à harceler les gendarmes et les gardes nationaux chargés de les traquer. Ses premiers actes de résistance, marqués par des embuscades et des coups de main, lui valent une réputation d’audace et de ruse. Menacé de représailles sur sa famille, il se rend à Laval sur la promesse de recevoir une feuille de route pour son régiment, mais est incarcéré, et incorporé dans une unité d'insoumis acheminés sur le Luxembourg.

Dans ses Mémoires, François Morin proteste contre les chefs militaires et l'administration qui montrent sa troupe comme des lâches et d'infâmes brigandsFortuné Legeay, Nécrologie et bibliographie contemporaines de la Sarthe: 1844-1880..

1809-1813 En 1809, on promet aux réfractaires si reddition, une feuille de route pour aller rejoindre leur corps. François Morin, confiant dans la parole du préfet de la Mayenne, accepte cette proposition. Il est conduit en prison avec d'autres réfractaires, et comme étapes, on les fait successivement passer par 27 cachots plus malsains les uns que les autres. Arrivé à destination, il s’évade avec quinze camarades et retourne en Mayenne. Sa bande s’agrandit rapidement, attirant des centaines de jeunes gens hostiles à la conscription.

En 1811, il est élu chef de cette troupe, qui compte alors jusqu’à 250 hommes, et prend le surnom de Sans-Façon (ou de Bon-Dessein selon certaines sources). Ses premiers actes de résistance, marqués par des embuscades et des coups de main, lui valent une réputation d’audace et de ruse. Il engage avec sa troupe un grand nombre d'engagements avec les gardes nationales et la troupe de ligne. Au mois de , cinq gendarmes tirent sur sa troupe près de Soulgé-le-Bruant; ils sont pris et garrottés et s'attendent à être fusillés. François Morin les fait mettre en liberté.

Dans ces Mémoires, il insiste sur la loyauté et l’humanité de ses hommes, tout en dénonçant les injustices et les cruautés commises par leurs ennemis.

Chef de la chouannerie À partir de 1812, la bande de Morin multiplie les actions de guérilla dans les cantons de Sainte-Suzanne, Bais, Sillé-le-Guillaume et Brûlon. Les réfractaires, bien que peu nombreuxLes effectifs de la bande de Morin varient selon les sources, allant de quelques dizaines à plusieurs centaines d’hommes., tiennent en échec les forces impériales grâce à leur connaissance du terrain, leur mobilité et le soutien discret de la population locale. François Morin organise sa troupe selon une hiérarchie militaire, avec des officiers et des sous-officiers élus, et impose une discipline stricte, interdisant notamment les exactions contre les civils. En 1812, François Morin, avec quelques-uns de ses compagnons réfractaires, eut un engagement contre un détachement de chasseurs à cheval au château de Fromentières.

Les autorités impériales, alarmées par l’ampleur du mouvement, envoient des colonnes mobiles et des commissions militaires pour réprimer la révolte.

1813-1814 En , alors que le Premier Empire est engagé dans la Campagne de Russie et prépare de nouvelles levées de conscrits, une série d’incidents éclate en Charnie. Dès le , des groupes armés, composés principalement de déserteurs et de réfractaires, commencent à parcourir les campagnes, exigeant des armes et des vivres dans les fermes isolées. Ces actions, d’abord dispersées, s’organisent rapidement sous la direction de François Morin. Après plusieurs affrontements et la capture de certains de ses hommes, François Morin est identifié comme le chef de la bande. François Morin décrit dans son mémoire comment, à plusieurs reprises, sa troupe a chassé des bois des soldats impériaux, notamment au Château de Montecler, près d’Evron, où l'armée ne purent venir à bout des insurgés. 320px|thumb Les premières attaques visent les communes de Rouessé-Vassé, Parennes, Neuvillette-en-Charnie, Saint-Symphorien, Torcé-en-Charnie et Châtres-la-Forêt. Le , une quinzaine d’hommes embusqués près de Saint-Georges-le-Fléchard repoussent une patrouille de dix gardes nationaux de Bazougers, tuant leur capitaine, Faisan-Lamotte. Cet incident marque le début d’une escalade : les autorités locales, d’abord sceptiques, réalisent que la région est le théâtre d’une insurrection organisée. Les effectifs de la bande, selon les sources, varient entre 25 et 33 hommes, dont la plupart sont des réfractaires ou des déserteurs originaires de Mayenne et de Sarthe. Parmi eux, on trouve Michel Boisaubert, surnommé Marche-à-Terre, et Michel Debray, dit le Généreux, qui jouent un rôle clé dans les opérations. Principales actions Janvier 1813 : Affrontements et mobilisation impériale : des inconnus armés de bâtons envahissent par petits groupes les fermes isolées dans la région de la Charnie pour exiger des fusils. : vers midi, dix gardes nationaux de Bazougers finissent, aux approches de Saint-Georges-le-Fléchard, par se heurter à une quinzaine d'hommes embusqués derrière une haie. Cette rencontre imprévue se termine vite par la retraite précipitée des gardiens de l'ordre, abandonnant le cadavre de leur capitaine Faisan-Lamotte. 9- : La bande de François Morin multiplie les raids dans les communes d'Auvers-le-Hamon, Avessé, Chevillé, Poillé, Juigné, Tassé, s’emparant d’armes, de munitions et de fonds. Le , ils attaquent le Château de Varennes-l'Enfant, où ils volent des fusils et 125 écus. 14- : Les autorités réagissent en envoyant des renforts : le colonel de gendarmerie Jacques Cavalier et le lieutenant Ricordeau sont chargés de traquer les insurgés. Malgré cela, la bande continue ses actions, notamment à Saint-Denis-d'Orques et Vimarcé. 17- : Le général Ennemond Bonnard envoie une cinquantaine d’hommes depuis Tours, et le préfet de la Mayenne, Nicolas François Harmand d'Abancourt, mobilise les gardes nationales de Laval, Mayenne et Ernée. Malgré ces mesures, la bande échappe aux patrouilles et poursuit ses raids. : La bande est signalée à Sourches, mais les troupes impériales ne parviennent à l’intercepter que le près de Tennie, sans succès. : Un décret impérialLecestre, Lettres inédites de Napoléon Ier, t. II (Paris, 1897, in-8°), n°945. ordonne la formation d’une colonne mobile de 700 gendarmes et 140 chevaux, placée sous le commandement du général Jean-Pierre Henry. La colonne est divisée en sept détachements, avec pour mission de quadriller la région et de capturer les insurgés.

Février 1813 : Poursuite et embuscades. Arrivé au Mans le , le général Jean-Pierre Henry avait cherché des espions et mis sur pied sa colonne mobile 50 cavaliers du 26e régiment de chasseurs à cheval partirent pour Laval, et 300 fantassins des 121e et 122e de ligne vers Sillé-le-Guillaume. Les renforts attendus de Bretagne porteraient bientôt l'effectif à 800 hommes. : La bande attaque le Château de Thuré, où elle s’empare de plomb et de vivres, avant de se diriger vers Jublains. Le , elle est repérée près de Jublains, mais échappe de justesse à un détachement commandé par le lieutenant Blasson.

: La bande est cernée au Villaut, près d'Izé. Un combat acharné est livré entre les réfractaires, commandés par François Morin, et six cents hommes de troupe, sous les ordres de Blasson, lieutenant des gendarmes de Paris. Après une lutte de plusieurs heures, François Morin opére sa retraite sans être poursuivi, laissa trois jeunes gens bloqués dans une maison. L'un d'eux fut tué, les deux autres furent faits prisonniers, conduits à Sillé. L’attaque surprise des troupes impériales divise les insurgés : une partie de la bande est capturée, tandis que François MorinDès le 9 février au moins, son nom était connu du préfet de la Mayenne, qui ne semble pas en avoir informé Louis-Marie Auvray, Dans Le Capitaine Sans-Façon, Thierry prétend à tort que l'identité de son héros resta inconnue avant la Première Restauration. et quelques hommes parviennent à s’échapper. Cet affrontement coûte la vie à deux insurgés et à une habitante, et fait plusieurs blessés parmi les soldats. Après le combat du Villaut, rechercher la bande de François Morin devenait surtout une affaire de police. C'est pourquoi Pierre-François Réal dépêcha au Mans un de ses hommes de confiance, Jean François Roland de Bussy, commissaire général de police à Flessingue.

Mars 1813 : Deux espions du préfet, Jardin et Blossier, sont agressés à Brains-sur-Gée par des hommes de François Morin, probablement en représailles à la capture d’un de leurs compagnons, Julien Blard, arrêté le à la ferme des Grandes Groyes.

2- : Plusieurs membres de la bande se rendent ou sont capturés. Jean GuittetNé à Longnes le , fils de Pierre Guittet et de Françoise Pichard., un sympathisant de la Petite Église et probable informateur de François Morin, est arrêté le à Viré. Il sera exécuté le sans avoir parlé.

Négociations et reddition ? Plusieurs fois le préfet de la Mayenne et le général Henry, qui avait son quartier général à Brûlon, tendirent des pièges à François Morin, et sa troupe qu'il évitèrent.

Vers la fin de , François Morin part de Tassé avec deux camarades, pour venir au Mans s'approvisionner de munitions. En passant par Coulans ils sont reconnus, plusieurs fois obligés de répondre à la fusillade ils font 76 kilomètres dans la même nuit.

Face à la pression militaire et à la dispersion de sa troupe, François Morin tente de négocier une reddition. Louis-Marie Auvray, préfet de la Sarthe lui offre la place de capitaine de gendarmerie, qu'il refuse; il ne demande que l'exemption du service militaire et l'exercice des droits civils, moyennant quoi, lui et sa troupe déposeront les armes; le préfet y consent à condition que sa troupe et lui habiteront un département où ils n'ont pas fait la guerre. Le , il rencontre le préfet de la Mayenne à Viré et obtient la promesse d’une amnistie pour lui et ses hommes, à condition qu’ils quittent la région.