La déclaration de Northwood (), en forme longue la Déclaration de la République française et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord sur la politique et la coopération nucléaire (), est un accord bilatéral signé entre le Royaume-Uni et la France visant à coordonner leurs stratégies de dissuasion nucléaire respectives. Cette déclaration commune a été signée le à l'issue d'un sommet bilatéral de trois jours, par le Premier ministre britannique, Keir Starmer, et le président de la République française, Emmanuel Macron, à l'occasion de la visite d'État de ce dernier, sur la base militaire britannique de Northwood.

Contexte D'abord limitée durant la guerre froide, en raison de différences importantes de doctrine et d'alliances depuis la crise de Suez, la coopération en matière nucléaire entre Français et Britanniques connaît un développement constant depuis les années 1990, notamment après l'annulation d'un essai nucléaire dans le Nevada par les États-Unis. Cette évolution suit le renforcement des relations en matière de défense entre les deux pays : ils signent une déclaration commune le à Chequers sur la dissuasion nucléaire et conviennent en 2010 d'un Traité relatif à des installations radiographiques et hydrodynamiques communes (dit TEUTATES). Ce dernier programme n'est que peu affecté par le Brexit à rebours des autres domaines de la coopération bilatérale en matière de défense lancés avec les accords de Lancasters House de 2010.

Le sommet bilatéral franco-britannique, qui se tient au Royaume-Uni du 8 au , voit une redynamisation générale des relations, avec divers annonces et le lancement de l' qui se déploie dans le domaine des munitions, de la défense aérienne et antimissile conventionnelle et la coopération de l'industrie de défense – – et également dans celui du nucléaire avec la Déclaration de Northwood, du .

Contenu de la Déclaration La Déclaration est un court texte de cinq paragraphes, annoncé le et publié le lendemain par voie de communiqué de presse par le Gouvernement britannique.

La Déclaration rappelle avec vigueur ce qui avait déjà été énoncé dans la Déclaration de Chequers du , à savoir que la France et le Royaume-uni . La Déclaration ajoute .

L'apport principal de la Déclaration est l'affirmation, pour la première fois, que les moyens de dissuasion respectifs des deux pays sont indépendants mais peuvent être coordonnés et contribuer significativement à la sécurité générale de l'OTAN, et à la paix et à la stabilité de la zone euro-atlantique.

La Déclaration annonce la création d'un (), co-présidé par la présidence française et le Bureau du Cabinet britannique. Il a pour mission de .

Analyse La Déclaration est largement décrite comme historique et inédite, marquant un nouveau jalon dans les relations franco-britanniques, tout comme dans les relations entre puissances dotées. Sir Keir Starmer, signataire de la Déclaration pour la partie britannique, l'a qualifiée de lors du sommet.

La Déclaration mentionne pour la première fois la dimension européenne partagée des dissuasions britanniques et françaises, ce qui n'était pas le cas des accords précédents tels que la Déclaration de Chequers de 1995 ou les Accords de Lancaster House de 2010. Le document envisage un scénario de contre le continent, non seulement les deux pays, sans préciser la nature de la réponse qu'il entrainerait. Cependant, affirmant que les , il ouvre la voie à une anticipation d'hypothèses impliquant les deux arsenaux ensemble, y-compris à un emploi commun. L'expression est absente du texte, mais il est fait référence à une , entretenant ainsi délibérément une certaine ambiguïté, tout en préservant un seuil d'emploi élevé, afin de préserver la crédibilité de la posture des deux États. Il pourrait s'agir d'une nouvelle catégorie partagée entre la France et le Royaume-Uni, s'ajoutant aux respectifs des deux États, visant ainsi à dissuader d'une agression à grande échelle contre l'Europe.

La coordination instaurée par la Déclaration de Northwood n'implique pas une renonciation de la maîtrise exclusive de la décision d'emploi de chaque pays sur sa dissuasion respective, mais elle permet un rapprochement des moyens affectés à ces dernières. Ainsi, la coopération pourrait en pratique se porter sur la composante maritime de la dissuasion – que les deux pays entretiennent de manière permanente –, avec des échanges de renseignements, des patrouilles conjointes de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, la coordination des escales, voire l'échange de moyens conventionnels d'escorte de ces sous-marins ou encore la surveillance des forces de lutte anti-sous-marine d'autres pays. Londres pourrait également contribuer à la composante aérienne de la dissuasion française (une telle composante n'existe plus au Royaume-Uni), par exemple en prenant part à l'exercice Poker de l'armée de l'air et de l'espace. En , des observateurs britanniques assistent pour la première fois à cet exercice.

La Déclaration signale également aux États-Unis, qui opèrent un parapluie nucléaire en Europe dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord depuis la guerre froide, la volonté des européens de consentir des efforts plus importants dans leur propre défense, dans le cadre du .

Enfin la Déclaration de Northwood s'inscrit dans le contexte d'une montée en puissance du tandem franco-britannique pour la défense du continent européen face à l'animosité russe, exacerbée depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, dans la continuité de la coalition des volontaires pour l'Ukraine. Le document symbolise également la conviction depuis longtemps partagée par la France et le Royaume-Uni que l'existence de plusieurs stratégies indépendantes mais coordonnées de dissuasion nucléaire en Europe complexifie grandement les calculs de la Russie. À cet égard, le vice-ministre des affaires étrangères de cette dernière, Sergueï Riabkov, a déclaré à propos de la Déclaration de Northwood : .

Il est à préciser qu'un organe franco-britannique, la Commission nucléaire commune () existe déjà depuis 1992. Elle se réunissait régulièrement au niveau politique afin d'échanger sur les politiques et les doctrines dans des domaines d'intérêts partagés. Les travaux de cette Commission avaient aboutis à la Déclaration de Chequers de 1995, le prédécesseur de la Déclaration de Northwood. La compétence du nouveau Groupe de pilotage semble plus large, et emprunte d'une dimension davantage technique et opérationnelle. Ce Groupe a tenu une première réunion le .

Références

Voir également

Bibliographie

Articles connexes Entente cordiale Traité de Dunkerque Accords de Lancaster House Entente frugale Force de dissuasion nucléaire française Arsenal nucléaire du Royaume-Uni Relations entre la France et le Royaume-Uni Sommet de Saint-Malo

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