vignette|Bodhisattva Avalokiteshvara aux onze visages, bronze doré avec incrustations de : cuivre, or, argent et pigments, Tibet, . Norton Simon Museum, Pasadena, États-Unis. Les onze visages symbolisent les dix directions de l'espace (les huit principaux points cardinaux, le nadir et le zénith), que le bodhisattva peut observer simultanément. Le Dhāraṇī Sūtra du cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages est un texte centré sur la figure du bodhisattva Avalokiteśvara, traduit pour la première fois du sanskrit vers le chinois le jour du mois lunaire de l'an 656 de notre ère, par le moine chinois Xuanzang.

Il est supposé avoir des vertus magiques et produire des effets protecteurs, lorsque le récitant souhaite que ceux-ci se répandent sur tous les êtres vivants.

Contrairement au Mantra de la Grande Compassion, il n’est pas destiné à être chanté ou récité dans le cadre rituélique du bouddhisme mahāyāna, à l’exception de la cérémonie japonaise du Shuni-e, célébrée annuellement durant la quinzaine du mois de mars depuis l’an 752.

Il s'agit d'un texte populaire parmi les bouddhistes de l'Asie du Sud-Est, à Hong-Kong et à Taïwan. Il en existe une version chantée, en sankrit, interprétée par des religieux et des artistes laïcs célèbres, ou mis en scène en spectacle chorégraphié. Il est parfois désigné à tort par l’appellation «Grand mantra de la compassion» qui désigne le texte ci-dessus mentionné. Titre Le Dhāraṇī Sūtra du cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages.

Traduction du titre vers les langues des pays où le texte est populaire : Sanskrit (Devanagari) : एकादशमुखा अवलोकितेश्वर धारणी हृदय सूत्र (IAST : Ekādaśamukhā Avalokiteśvara Dhāraṇī Hṛdaya Sūtra). . Chinois : 十一面神呪心經 (pinyin: Shèng shíyī miàn guān zìzài púsà gēnběn zhòu). Coréen (Hangeul) : 십일면 신주 심경 (Sib-il myeon Sinju Simgyeong). Japonais : (Kana)じゅういちめん しんじゅ しんきょう (Jūichimen Shinju Shinkyō). Vietnamien (Chữ quốc ngữ) : Thập Nhất Diện Thần Chú Tâm Kinh Traduction par le professeur Ryūichi Abe : Eleven-Faced Avalokitesvara Dhārani Sūtra. Consulté le .. Terminologie Dhāraṇī Sūtra Le terme sanskrit “dhāraṇī” désigne une formule sacrée, une sorte de mantraGérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit, lire en ligne : ., mais généralement plus longue. Selon Philip Kapleau, elle est censée .

Le mot sanskrit “sūtra” signifie “ fil ” ou “ aphorisme”Gérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit, lire en ligne : .. Dans le bouddhisme, il désigne un texte canonique qui rapporte les paroles du Bouddha ou d’autres figures majeures. Les sūtras constituent la base doctrinale de tous les courants bouddhiques. Avalokiteśvara aux onze visages Avalokiteśvara est le bodhisattva de la compassion, très vénéré dans le bouddhisme mahāyāna. Dans ce texte, il apparaît sous la forme aux onze visages, lesquels symbolisent sa capacité à percevoir et répondre aux souffrances des êtres dans toutes les directions.

Historique vignette|150px|Portrait de Xuanzang, premier traducteur du Dhāraṇī Sūtra, peinture sur soie, , , Musée national de Tokyo. La première traduction du texte du sanskrit vers le chinois, a été effectuée par le moine Xuanzang au , précisément le jour du mois lunaire de l'an 656, sous le titre “Sutra du Mantra Avalokiteshvara à onze faces prononcé par le Bouddha”, Taisho Shinshu Daizokyo, T20n1071.

Un siècle plus tard, le moine traducteur Amoghavajra propose une nouvelle traduction, également réalisée à partir du sanskrit vers le chinois : Taisho Shinshu Daizokyo T20n1069_001. Il y a lieu de souligner que la seule partie du sutra n'ayant pas été traduite est le dernier paragraphe ( ), qui est le texte de la Dhāraṇī Sūtra du Cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages. La raison en est la suivante : une invocation, destinée à être récitée, ne doit pas être traduite car les vibrations spirituelles émises à travers les syllabes ne sont efficaces que lorsqu'elles sont prononcées en langue originelle, en l'occurrence le sanskrit , Séminaire dispensé au Monastère Sōtō Zen de Sanbo-ji, Berceto, Parme, Italie. Consulté le ..

Ce n’est qu’au que le sutra écrit en sanskrit a pu être consulté, après la découverte en 1931, des dans un stupa au Pakistan. Malheureusement, ceux-ci étant détériorés ou incomplets, il est souvent difficile de reconstituer le texte exact, et ce d'autant plus que le manuscrit regorge de nombreuses erreurs orthographiques, ce qui a fait dire à l'universitaire indien : . Toutefois, celui-ci a pu établir avec certitude qu’il s’agit bien de l’Ekādaśamukham-sutra (Sutra des onze visages), malgré l'impossibilité de reconstituer le texte dans son intégralité. Versions Les différentes versions sont presque identiques : celles des moines Xuanzang et Amoghavajra, ; celle figurant dans le Gilgit Manuscripts, l’Ekādaśamukham-sutra, mentionnée par Nalinaksha DuttUne version identique à celle publiée par Nalinaksha Dutt est accessible sur le site de l’, un établissement privé bouddhiste établi en Californie : Digital Sanskrit Buddhist Canon, entry: «ekādaśamukham-sutra» (Sanskrit IAST), et Digital Sanskrit Buddhist Canon: « एकादशमुखम् »(Devanagari). Les deux consultés le .. celle proposée par Ryūichi Abe, dans son ouvrage “The Weaving of Mantra: Kûkai and the Construction of Esoteric Buddhist Discourse”, publié en 1999. Relation avec le Mantra de la Grande Compassion vignette|Mantra de la Grande Compassion (Chinois : 大悲咒, Dàbēi zhòu; Vietnamien: Chú Đại Bi). À Hong Kong, à Taïwan, en Corée du Sud, au Japon au Vietnam, ce texte est aussi populaire que le Dhāraṇī Sūtra du Cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages avec lequel il est souvent confondu, du fait que les deux sont désignés, à tort, par le titre : Mantra de la Grande Compassion. Celui présenté ci-dessus est la version vietnamienne, qui comporte 84 versets alors que le Dhāraṇī Sūtra n’en compte que 21, 24 ou 26 selon les versions.

Le “Dhāraṇī Sūtra du Cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages” est parfois confondu avec deux autres textes intitulés “Dharani-ou Mantra- de la Grande compassion” (chinois : 大悲咒 Dàbēi zhòu) et le “Grand mantra de la compassion tibétain” (chinois : 藏傳大悲咒), l'un et l'autre populaires à Hong-KongEt dans une moindre mesure en Chine continentale, moins ouverte en matière de pratique religieuse., à Taïwan, au Vietnam, en Corée du Sud et au Japon, où prédomine le Bouddhisme mahāyāna. Leur point commun est qu'ils font référence au bodhisattva Avalokiteśvara.

La confusion provient du fait que depuis le , le “Dhāraṇī Sūtra” n'était connu que dans les versions chinoise et tibétaine, retraduites ensuite en sanskrit.

En outre, le fait que les deux textes soient désignés par le même titre : “Mantra de la Grande Compassion”, entretient cette ambiguïté. Celle-ci toutefois reste limitée aux titres, car leurs contenus respectifs diffèrent en quatre points : - textes : ne reprennent pas les mêmes termes de bout en bout, sauf les formules : introductive « Namo Ratna Trayāya (Adoration aux Trois Joyaux) et finale Svāhā. ( Qu’il en soit ainsi ! ), ainsi que la désignation du destinaire des dhāraṇī : Arya Avalokiteśvarāya ( Noble Avalokiteśvara ). - longueur : l’un compte 4 fois plus de versets que l’autreLe Dhāraṇī Sūtra du Cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages compte 21ou 24 versets (non numérotés dans les traductions en chinois), alors que le Mantra de la grande Compassion en compte 82 ou 84 (lesquels sont numérotés). ; - récitation : la Nīlakaṇṭha Dhāraṇī est récitée quotidiennement dans le cadre rituélique du bouddhisme Mahāyāna ; - le Dhāraṇī Sūtra du Cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages, n’est pas récité quotidiennement dans les monastèresToutefois, sa version chantée a été popularisée via des interprétations enregistrées et filmées par des religieux et des artistes laïcs (ce point est développé dans la suite de l'article)..

Ainsi, ces précisions permettent d’établir avec certitude qu’il s’agit bien de deux textes distincts, et non d’un seul présenté en versions courte et longue. Shuni-e , une exception rituélique En ce qui concerne le quatrième point dont il vient d’être question, il convient de mentionner une exception : au Japon, le Dhāraṇī Sūtra est récité par les moines à l’occasion de certaines cérémonies, comme celle appelée Shuni-e (修二会). vignette|Tōdai-ji de Nara, Japon. Célébration du Shuni-e au cours de laquelle est récité le Dhāraṇī Sūtra du Cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages, que clôture le rituel du feu Otaimatsu, passage cité . 816-817. Consulté le .. Celle-ci est célébrée chaque année, du 1er au À l’origine, au , elle se déroulait du 1er au 15 février (ancien calendrier), mais elle a été fixée au mois de mars dans le calendrier moderne.. Il s’agit d’un rituel (puja) de repentance, qui se déroule en plusieurs phases. Le Dhāraṇī Sūtra du Cœur d’Avalokiteśvara aux onze visages est récité d’abord par le moine principal qui préside la cérémonie, ensuite par l’ensemble des fidèles. La récitation, censée purifier les fautes et répandre la compassion universelle, est répétée six fois par jour deux semaines durant, ce qui constitue le cœur spirituel du Shuni-e.

Chaque soir, des torches, dont certaines peuvent mesurer et peser jusqu’à , sont allumées et répandent des étincelles supposées apporter bénédiction et protection. Elles rythment la célébration et culminent dans la nuit du .

Le Shuni-e a été institué en 752 au temple Tōdai-ji par le moine Jitchū, à la demande de l’ impératrice Komyo, fervente bouddhiste qui a favorisé l’essor du culte de Kannon (Avalokiteśvara). Presque treize siècles plus tard, la célébration perdure et se déroule à Nara, attirant chaque année des milliers de fidèles.

D’autres temples des traditions Tendai et Shingon organisent aussi des cérémonies de repentance printanières, parfois avec des processions de torches ou des lectures de sûtras, mais leurs rituels ne sont pas simultanés avec ceux de Nara. Bienfaits pour le récitant vignette|190px|Un moine sur le chemin qui conduit au Paradis de la Terre pure du Bouddha Amitābha, rouleau suspendu, encre, or et argent, peinture sur soie, année 1200, Japon, Époque de Kamakura, , Cleveland Museum of Art, d'inventaire : 1955.44. Une dhāraṇī, au même titre qu’un mantra, est censée avoir le pouvoir d'évoquer des forces invisibles, qui sont bienfaitrices lorsque le récitant est , qui récite de façon appropriée« De façon appropriée » signifie ici : récitée ou chantée en langue originale (soit le sanskrit) et, surtout, en ayant préalablement accompli les rites de purification avant la récitation (ablutions, concentration, recueillement)..

Fruits récoltés dès cette viePar la personne qui récite leNon pas égoîstement pour elle-mêmeMais pour le bien de tous les êtres.01. Son corps sera exempt de maladie.02. Les Bouddhas des dix directions se souviendront d'elle.03. Sa vie matérielle sera comblée.04. Ses ennemis seront vaincus.05. Elle diffusera l'Esprit de Compassion autour d'elle.06. Elle sera immunisée contre tous les poisons, fièvres et sortilèges.07. Aucune lame, ni bâton ne pourra la blesser.08. Elle ne mourra pas noyée.09. Les flammes ne la brûleront pas.10. Elle ne mourra pas de mort soudaine11. À l'instant de sa mort, elle verra tous les Bouddhas.12. Elle n'ira pas en enfer.13. Les animaux sauvages ne la blesseront pas.14. Après sa mort, elles renaîtra dans la sphère de la Terre pure du Bouddha Amitābha

Traduction en français vignette|240px|Portrait d’Amoghavajra, second traducteur du Dhāraṇī Sūtra, peinture sur soie, , Musée national de Tokyo. vignette|Sutra pour la récitation rituelle du mantra du cœur du bodhisattva Avalokiteśvara aux onze visages, page imprimée, Édition du Tripitaka, Temple de Guancheng, Dynastie Jin, 1149, Bibliothèque nationale de Chine.