La grammaire wallonne est l'usage et le fonctionnement de la langue wallonne dans son intégralité, par le biais des deux canaux de communication. Elle a trait aux plus petits éléments du langage jusqu'à la syntaxe.
La grammaire wallonne, par nature, ressemble à celles des autres langues d'oïl, quoique des particularités germaniques s'y soient immiscées, étant donné que la langue wallonne est située dans la partie romane de la frontière séparant les langues latines des germaniques.
Genres et nombres Le wallon comporte deux genres ainsi que deux nombres. Ce sont exactement les mêmes que ceux que l'on rencontre en français. Les genres sont le féminin (femrin) et le masculin (omrin), tandis que les nombres sont le singulier (singulî) et le pluriel (pluriyal).
Adjectifs L'adjectif qualificatif est souvent placé devant le nom, voire toujours lorsque celui-ci est courtDelaite, J. (1982) Chapitre III : adjectif qualificatif. In Essai de grammaire wallonne.. En général, les adjectifs féminins pluriels antéposés prennent, morphologiquement parlant, un accent grave sur le « e ». Cela se traduit, en phonétique, par la prononciation de la dernière voyelle, par le biais de la mi-ouverte antérieure non arrondieHendschel, L. (2001). L'adjectif qualificatif : nombre. Dans Li waibe del croejhete walone. https://croejhete.walon.org/node30.html.
Conjonctions
Coordination Les conjonctions de coordination lient deux parties, au sein d'une même phrase. L'on distingue plusieurs catégories de coordinations en wallon : l'ajout, l'alternative, la cause, la comparaison, la conséquence, la mise en garde, l'opposition et la succession.
En ce qui concerne le « et » ainsi que ses dérivés, cette conjonction d'ajout est indispensable pour terminer une énumération. L'on l'emploie également pour évoquer une énumération négative, là où l'on ferait usage du « ni », en français. En wallon, la proposition suivant le « et » ou l'une de ses variantes peut être construite par l'intermédiaire d'un sujet suivi d'un verbe et d'un éventuel complément ou peut être construite directement par l'emploi d'un infinitif suivi d'un éventuel complément. Parmi les dérivés de « et », l'on retrouve : « ey », « eyet » et « yet ». « Et » et « eyet » sont interchangeables et peuvent s'utiliser dans tous les cas de figures, contrairement à « ey » ainsi que « yet ». Le premier s'emploie avant un mot débutant par une voyelle, tandis que le second suit un terme se terminant par une.
La conjonction de coordination d'alternative principale en wallon reste identique à celle du français. Il est supplanté par le « u » ou le « û » dans certaines régions, notamment aux frontières partagées avec le gaumais et le champenois ainsi qu'au nord du centre-wallon. Du côté nord de l'ouest-wallon, au même titre que les patois picards hennuyers, la forme « oubén », qui littéralement traduit donne « ou bien », prévaut.
La conjonction de coordination de comparaison maîtresse en wallon est le mot « come ». Il n'est pas rangé dans la même classe que son homologue français, « comme », qui a intégré celle des adverbesAnalyse et traitement informatique de la langue française. (1994). Comme. Dans Trésor de la Langue Française Informatisée. Consulté le 11 mars 2026, à l’adresse http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=1169848455;. L'orthographe reprise en wallon unifié correspond à celle retrouvée dans la majorité des dictionnaires. Il existe une divergence phonético-morphologique provenant du sud-wallon, là où ce mot s'écrit et se prononce parfois « coume »Saratxaga, P., et al. (2004). come. Dans Diccionaire Tot L’ Walon. Consulté le 11 mars 2026, à l’adresse https://dtw.walon.org/index.php. Outre son caractère comparatif, « come » peut s'employer également en tant que conjonction de coordination exprimant la causeViroux, J. & R. (2021). Comme. Dans Dicsionaîre jènèrâl do walon. https://www.beljike.be/dictionnaire-general-wallon/.
La conjonction de coordination d'opposition la plus utilisée est « mins », auquel l'on attribue plusieurs dérivés. Cette forme, reprise en wallon unifié, reste la plus répandue dans le domaine wallonophone. Les extrémités méridionales et occidentales observent une dénasalisation de l'unique voyelle, par laquelle l'on obtient quasiment le même phonème que son équivalent en françaisRemacle, L. (1969). MAIS (conj. de coordination). Dans Atlas linguistique de Wallonie (Vol. 2, pp. 200‑201 ; 203). Université de Liège..
Les deux conjonctions de coordination liées à la successions majeurs sont « adon » et « poy / pu / pwis ». Ces mots signifient « ensuite » et « puis », qui sont aussi considérés, en français, comme des adverbesAnalyse et traitement informatique de la langue française. (1994). Ensuite. Dans Trésor de la Langue Française Informatisée. Consulté le 22 mars 2026, à l’adresse http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=1169848455;Analyse et traitement informatique de la langue française. (1994). Puis. Dans Trésor de la Langue Française Informatisée. Consulté le 22 mars 2026, à l’adresse http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=1169848455;. La forme « adon » demeure pratiquement inchangée dans l'ensemble de la Wallonie linguistique, tandis que la triple unification précitée varie selon les dialectes et les patoisSaratxaga, P., et al. (2004). adon. Dans Diccionaire Tot L’ Walon. Consulté le 22 mars 2026, à l’adresse https://dtw.walon.org/index.php.
Les vocables permettant d'exprimer la cause et la conséquence, dont leurs équivalents dans la langue de Molière sont souvent repris en tant qu'adverbe, appartiennent à la sous-classe des conjonctions de coordination. Les dernières fonctions attribuées aux conjonctions de coordination wallonnes sont celles de la mise en garde représentées, en grande partie, par « ôtrumint » ainsi que « sinon » et consortSaratxaga, P., et al. (2004). sinon, par. Dans Diccionaire Tot L’ Walon. Consulté le 22 mars 2026, à l’adresse https://dtw.walon.org/index.phpSaratxaga, P., et al. (2004). ôtrumint, par. Dans Diccionaire Tot L’ Walon. Consulté le 24 mars 2026, à l’adresse https://dtw.walon.org/index.php.
Subordination Les conjonctions de subordination lient deux parties de la phrase : la proposition principale et la subordonnée. L'on en distingue dix sous-catégories en wallon : le but, la cause, la comparaison, la concession, la condition, la conséquence, l'hypothèse, la manière, l'opposition et le tempsHendschel, L. (2001). Les conjonctions de subordination. Dans Li waibe del croejhete walone. https://croejhete.walon.org/node99.html. Quasiment toutes sont constituées du « ki », en tant que dernière partie constituant la conjonction de subordination employéeCoppens, J. (1959). Les conjonctions de subordination. Dans Grammaire aclote : parler populaire de Nivelles (pp. 188‑192). Fédération wallonne du Brabant (littérature et art dramatique).. Cependant, il existe des exceptions, notamment le terme « come ». Ce dernier joue le rôle de la conjonction de subordination lorsqu'il introduit une subordonnée ou lorsqu'il correspond à la locution « comme si ». Dans les autres cas de figure, il est repris comme une coordination.
Déterminants La classe des déterminants existe en wallonHendschel, L. (2001). Quelques conjonctions et locutions conjonctives. Dans Li waibe del croejhete walone. https://croejhete.walon.org/node33.html. Beaucoup de grammaires, plus anciennes ou récentes, s'accordent, pourtant, à classer ces lexèmes parmi les adjectifsCoppens, J. (1959). L'adjectif démonstratif. Dans Grammaire aclote : parler populaire de Nivelles (p. 44). Fédération wallonne du Brabant (littérature et art dramatique).. Une minorité de grammairiens s'accordent même à classer certaines sous-catégories de déterminants, à savoir les possessifs, au rang de pronom.
Articles Il existe, en wallon, quatre catégories de déterminants articles : les contractés, les définis, les indéfinis et les partitifs. La morphologie de chaque lexème peut dépendre du genre et du nombre, bien qu'une poignée d'entre eux puisse être employée pour les deux genres.
En général, les articles définis, que ce soit en wallon unifié ou parmi les différentes variétés locales, peuvent être utilisés aussi bien pour le masculin que pour le féminin, indépendamment de leur nombreHendschel, L. (2001). Les articles définis. Dans Li waibe del croejhete walone. https://croejhete.walon.org/node34.html. Les articles définis les plus répandus en wallon sont « el » et « li ». Ces termes désignent la même réalité. La différence entre les deux est que le premier s'emploie principalement dans le domaine occidental, tandis que l'autre reste majoritaire, surtout au centre et à l'orientRemacle, L. (1953). LE (article). Dans Atlas linguistique de Wallonie (Vol. 1, p. 180‑181). Université de Liège.Remacle, L. (1969). LA (Article défini, devant consonne). Dans Atlas linguistique de Wallonie (Vol. 2, p. 24‑25). Université de Liège.. Il est à noter que « el » est l'orthographe rifondowe et que ce mot possède un accent grave dans le système Feller. Toutefois, la majorité du sud-wallon entrevoit une distinction pour le singulier, influencée par le genre du nom auquel l'article défini se rapporte. La forme féminine prédominante est « la », alors que les deux équivalents masculins les plus rencontrés dans cet espace sont « èl » et lu ». Les articles définis singuliers peuvent s'élider et devenir, en conséquence, « l », voire « 'l » dans quelques variétés. Le pluriel demeure le même qu'en français, quoique le système Feller préconise de lui ajouter un accent grave.
Les articles indéfinis du wallon suivent la même logique que le français : une première pour le masculin singulier, une deuxième pour le féminin singulier, une troisième singulière élidée en raison du mot le suivant et une quatrième pour le pluriel. Cette dernière obéit à la même règle que le « les », autant dans la signification que dans les orthographes. L'indéfini masculin de prédilection en langue wallonne est le « on », qui a d'ailleurs été repris en orthographe standard. La seule exception étant le dialecte occidental qui privilégie plutôt le « in »Remacle, L. (1953). UN (devant consonne). Dans Atlas linguistique de Wallonie (Vol. 1, p. 263‑264). Université de Liège.. L'indéfini féminin qui a été retenu pour le wallon unifié est aussi celui qui domine l'espace occidental : ene. L'on retrouve une prépondérance de « one » sur l'axe reliant Wavre, Namur, Marche-en-Famenne, Bastogne et le sud-est de la partie romane de la province de Liège. Le nord-est du dialecte central ainsi que le nord-ouest du dialecte oriental se partagent « ine » et « une »Remacle, L. (1969). UNE (adjectif numéral et article). Dans Atlas linguistique de Wallonie (Vol. 2, pp. 46‑47). Université de Liège..