Anne-Françoise Perret-Gentil est née le à Neuchâtel en Suisse, et est morte le à Versailles à l’âge de 93 ans. Elle émigre à Paris en 1929 pour des raisons professionnelles. Pendant l'occupation de Paris, elle rejoint en 1940 la Résistance lorsqu'elle découvre que son frère travaille pour l'Abwehr.
Biographie
Famille
De son nom complet, Anne-Françoise Perret-Gentil-dit Maillard, elle naît le à Neuchâtel (CH-2000), dans la maison familiale du chemin du Petit-Catéchisme 3.
Elle est la fille de David V Perret-Gentil-dit Maillard (1846-1908), originaire du Locle (NE), conseiller général de la ville de Neuchâtel (1903-1908), conseiller national à la tête du parti indépendant groupe « perretiste » (1908), et de Anna Julie Henriette Piguet (1866-1960), doyenne des écrivains vaudois.
Elle est la petite-fille de David IV Perret-Gentil (1815-1880), né au Locle, patriote, membre du Gouvernement provisoire et de l'Assemblée constituante neuchâteloise qui ont suivi la chute du régime prussien en 1848.
Ses frères sont :
David VI Perret-Gentil (1897-1971), colonel, officier instructeur, candidat au Conseil national suisse. Jacques Perret-Gentil (1898-1975), né à Neuchâtel, mort à Clamart (92, Hauts-de-Seine), capitaine d'infanterie en 1944, lieutenant-colonel, chevalier de la Légion d'honneur. Denis Perret-Gentil (1901- ), né à Neuchâtel. Daniel Perret-Gentil (1904-1991), né à Neuchâtel, formé au journalisme, il travaille dans les années 1930 pour plusieurs journaux suisses. Ses fréquentations avec les milieux fascistes suisses, et ses relations avec le service de renseignement italien lui occasionnent une surveillance par les autorités suisses. En effet, en 1936, une de ses connaissances, le frontiste genevois Georges Oltramare (1896-1960), bénéficie de l'aide financière de Mussolini qui le reçoit en à Rome avec un groupe de cinquante militants suisses, dont il fait partie. En 1937, alors que son avenir professionnel en Suisse semble maintenant compromis, il rejoint sa sœur Anne-Françoise déjà installée à Paris, sur le boulevard de Port-Royal, puis se fixe non loin de là rue de l'Université.
Enfance et formation Après avoir suivi ses écoles primaires et secondaires dans sa ville, Anne-Françoise Perret-Gentil entreprend une formation de décoratrice à Morges (VD). En 1929, elle quitte Neuchâtel pour se fixer à Paris, où elle travaille comme relieuse. Pendant l'hiver 1938-1939, durant 5 mois, Anne-Françoise effectue un séjour linguistique aux États-Unis.
Résistance En 1940, sous le régime de Vichy, Anne-Françoise Perret-Gentil rejoint le mouvement de résistance, « Armée des Volontaires » (AV). Alors que son frère Daniel travaille successivement dans les journaux collaborationnistes « Le Matin » (France) et « Le Petit Parisien ». Dans la foulée, elle apprend que son frère Daniel, sous le pseudonyme de « Duval », est un agent de l’Abwehr, section III F du contre-espionnage militaire de la Wehrmacht. Daniel fait partie dans ce Paris occupé, d'un groupe de fascistes suisses, le « Bund der Schweizer in Grossdeutschland » (BSG), que l'on appellera après la guerre le « Clan des Suisses ». Son personnage central est le genevois Georges Oltramare (1896-1960), dit Geo, frontiste et antisémite notoire.
En réaction, le , Anne-Françoise s’engage dans les Forces françaises libres (FFL), mouvement de résistance fondé à Londres sous l’égide du général de Gaulle à la suite de son Appel du 18 juin 1940. Elle rejoint ainsi le service de renseignement du Réseau SR Kléber qui comprend plusieurs centaines d'informateurs spécialisés dans la collecte d'informations sur les mouvements de troupes. Sous le matricule M103, elle atteint le grade P2 qui correspond à « agent clandestin ».
À partir de 1943, elle est subordonnée au Bureau Central de Renseignements et d'Action (BCRA) à Londres.
Son groupe a pour mission de surveiller le travail d'un poste de la Geheime Feldpolizei (GFP) *, pour lequel son frère travaille. De février à , pour l'espionner discrètement, on lui demande de s’approcher de son frère, en prétextant de s'occuper de son ménage. Ainsi, Anne-Françoise récolte un certain nombre de renseignements qui ont pu sauver la vie de plusieurs résistants, avertis à temps d’une arrestation imminente. Notamment, l'un d'entre eux, Paul Barré, qui avec quelques camarades recherchés, étaient chargés des contacts avec les services secrets britanniques. De plus, pour le compte du groupe gaulliste « Armée des Volontaires », Anne-Françoise distribue des publications clandestines, comme « Le Plan Germanique de 1911 et sa mise en œuvre en 1916 et 1941 ».
Trahison Dans ses actions de résistance, Anne-Françoise semble en conflit avec son agent de liaison, concernant les manques de moyens financiers pour rétribuer ses informateurs. Afin d'y remédier, un jour, elle entend parler en bien du dénommé Max Stoecklin (1901- ), Suisse né à Bâle, c'est un homme d'affaires, fortuné, qui se fait passer comme Résistant, et qui accepte de la dépanner financièrement, elle et son groupe. Mais, Anne-Françoise apprend par hasard de son frère Daniel, que celui-ci a fait de la prison avec ce Stoecklin avant la guerre, et qu’il avait été condamné à mort par les Français, puis libéré par les Allemands. Depuis, Stoecklin travaille pour l'Abwehr et révèle qu'Anne-Françoise espionne son frère…
De plus, un de ses chefs a été arrêté, et pourrait parler sous la torture. Fin , avertie à temps de ces événements, on la pousse à passer de suite en « zone libre », en franchissant clandestinement la ligne de démarcation.
Passage en « zone libre » D’ à , pendant un an, Anne-Françoise demeure en « zone libre », où on lui apprend que Max Stoecklin est un traitre. Aussi, celui-ci avait présenté Henri Lafont (1902-1944) à son supérieur Hermann Brandl (1896-1947), dit Otto, directeur de l'Organisation Otto (Bureau Otto), rencontre qui est à l’origine de la Gestapo française de la rue Lauriston, entre autres. C’est un bureau d’achats créé dans le but de spolier les Juifs de France à la suite de leur déportation dans les camps, ceci au service de l’Occupant.
Pendant cette année, Anne-Françoise continue de fonctionner pour la Résistance. Elle est affectée au « réseau Alibi » créé par Georges Charaudeau (1901-1990), duquel elle effectue des missions jusqu'à son arrestation. Dès lors, elle vit avec un faux passeport au nom de « Jacqueline Perrier » et sous le nom de code « Mangin » à Vichy, Montluçon (Allier) et à Lyon. A Lyon, elle travaille pendant plusieurs mois comme assistante de Michel Cailliau (1913-2000), chef de « Réseau Charette ».
Lorsqu'elle passe à Vichy, elle se rend à l'ambassade de Suisse dirigé par Walter Stucki (1888-1963), dans un but précis. Reçu par l'attaché militaire suisse Richard de Blonay (1898-1968), Anne-Françoise laisse entrevoir qu’elle connaît les noms des citoyens suisses qui collaborent avec son frère.
Après contact pris avec le Consulat suisse à Paris dirigé par René Naville (1905-1978), celui-ci informe la police fédérale suisse à Berne, que le citoyen Daniel Perret-Gentil est un agent allemand de la Sipo-SD (Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst) qui manœuvre un « réseau de quarante agents », et espionne les membres de la communauté suisse de Paris. Mais Le , à la suite de l'opération Torch (débarquement allié en Afrique du Nord le ), les nazis occupent la « zone libre ».
Retour dans le Paris occupé En , comme la situation politique a évolué, Anne-Françoise n’a plus de raison de rester dans l’ancienne « zone libre » et regagne Paris. Pendant son absence, elle remarque que des vagues d'arrestations ont anéanti des cellules entières. Son ancien groupe, l'« Armée des Volontaires » (AV), a été dissout. Elle reprend contact avec quelques anciens camarades qui se sont disséminés, comme le célèbre commandant de la Résistance Michel Cailliau (1913-2000), chargé du « Réseau Charette ». Anne-Françoise est alors chargée de regrouper les quatre secteurs de l'ancienne « Armée des Volontaires » *, qui comptent encore environ 350 hommes et quelques femmes. C'est ce groupe qui participera à la Libération de Paris, du 19 au . A la fin de l’année 1943, plusieurs de ses camarades se font encore arrêter, dont son supérieur hiérarchique.
En , on lui demande de contacter Max Stoecklin et son frère Daniel (« Duval »), pour les convaincre de changer de camp. Mais, sur le coup effrayée par la démarche, elle renonce temporairement.
Le piège et l'arrestation Les événements se précipitent : le les Alliés débarquent en Normandie.
À la fin , Anne-Françoise se décide enfin après deux ans de silence, de rendre visite à son frère Daniel en son domicile de Nogent-sur-Marne, près de Paris, afin de le convaincre de changer de camp. Daniel se dit d’accord. En fait, il saisit là une opportunité pour infiltrer la Résistance. Lors d'une seconde rencontre, elle avait l'intention de lui offrir une cachette pour le protéger des conséquences de ses actes. Lorsqu'elle est arrivée au lieu de rendez-vous convenu, la Gestapo l'attendait. En effet, le , elle est arrêtée par la Gestapo au du square Henry-Paté, Paris . Elle est conduite au 11, rue des Saussaies, siège de la Sipo-SD (Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst), qui comprenait dans ses services la section IV, plus connue sous le nom de Gestapo, dirigée par le SS-Obersturmbannführer Kurt Lischka (1909-1989). C’est neuf jours avant le début de la Libération de Paris (du 19 au ).
Déportation Le vers 23 h, Anne-Françoise est déportée par un train depuis la gare de marchandises de Pantin (Seine-Saint-Denis) (près de Paris) vers Ravensbrück au nord de Berlin.
Pendant ce temps, le consul suédois à Paris, Raoul Nordling (1888-1962), négocie dès le , avec le général von Choltitz (1894-1966), gouverneur du « Groß-Paris », la libération de prisonniers politiques, puis au renoncement au projet de détruire Paris suivant l'ordre de Hitler (). Malgré l’accord signé à Paris le par ces deux responsables pour placer tous les prisonniers et déportés sous sa protection, le convoi entre dans le Reich et poursuit son trajet jusqu’à ses destinations prévues.
Ce transport sera dénommé « Convoi des 57000 et des 77000 » (I.264), en partance pour Buchenwald (près de Weimar en Thuringe) pour les hommes (série des 77000), puis pour Ravensbrück (au nord de Berlin) pour les femmes (série des 57000). Il s'agit du plus important transport en nombre de détenus jamais constitué en France par l'occupant allemand. Et aussi c’est le dernier grand convoi de Résistants déportés de Paris, dont moins de la moitié seulement reviendront.
Enfin, le , après une semaine épuisante de , le convoi avec Anne-Françoise et ses 543 co-détenues, arrivent au camp de Ravensbrück. Là, elle reçoit le matricule 57779.
Transferts dans les camps annexes Le , deux semaines après, on affecte Anne-Françoise et 500 de ses compagnes d’infortunes, aux camps annexes de Buchenwald : Torgau et Abteroda. À Torgau (Saxe), au nord-est de Leizig, sur l'Elbe, elles sont employées au travail forcé lié à la production d'explosifs et de munition. Dans le courant de , on la détache avec 250 femmes à 300 km de là, au camp annexe d'Abteroda/Anton (Thuringe), à l'ouest d'Erfurt, où elles sont astreintes à la fabrication de pièces de moteurs d’avions pour le compte de la firme BMW .
Évasion