Liliana Moro, née en 1961 à Milan, est une artiste plasticienne italienne dont la pratique explore la relation entre la réalité subjective et l'espace extérieur. Elle s'exprime à travers des installations sonores, des sculptures, des performances, des dessins, des collages et des œuvres environnementales. Formée à l'Académie des beaux-arts de Brera auprès de Luciano Fabro, elle cofonde en 1989 le , espace autogéré qui devient un lieu de la scène artistique milanaise.
Figure de la génération post-Arte Povera, Liliana Moro a participé à des manifestations internationales telles que la documenta IX à Cassel en 1992 et la section Aperto de la Biennale de Venise en 1993. En 2019, elle représente l'Italie au Pavillon national de la Biennale de Venise.
Biographie
Formation
Liliana Moro naît en 1961 à Milan, dans le quartier de la gare centrale. Elle conserve de son enfance des souvenirs olfactifs liés aux usines environnantes — l'odeur de safran de l'usine Tre Cuochi, le parfum de panettone de viale Romagna en octobre — ainsi que des images visuelles en noir et blanc marquées par le brouillard omniprésent de l'époque.
Elle s'inscrit à l'Académie des beaux-arts de Brera à Milan, où elle devient l'élève de Luciano Fabro, figure de l'Arte Povera. Cette formation influence sa conception de l'art. Initialement attirée par la scénographie, elle opte finalement pour la peinture tout en conservant une passion pour le théâtre qui imprègne l'ensemble de son œuvre.
En 1986, elle réalise sa première œuvre, intitulée (Boîtes noires) : quatre boîtes en bois contenant des magnétophones qui diffusent des sons enregistrés dans les rues de son quartier, ponctués par le tic-tac d'un réveil. Cette pièce, présentée comme travail de fin d'études, pose les fondements de sa démarche artistique centrée sur l'écoute et la restitution de l'expérience quotidienne.
Débuts et Spazio di Via Lazzaro Palazzi (1989-1993)
En 1989, à l'issue de ses études à Brera, Liliana Moro fonde avec d'autres artistes — parmi lesquels Mario Airò, Stefano Dugnani, Bernhard Rüdiger et Adriano Trovato — le , un espace d'exposition autogéré situé dans le quartier de Porta Venezia à Milan. Le choix de ce nom, qui désigne simplement l'adresse du lieu, traduit la volonté du groupe de privilégier un dénominateur commun spatial plutôt qu'une unité poétique ou stylistique.
L'emplacement est stratégique : à proximité de la station de métro et de la gare centrale, mais aussi des galeries Stein, Massimo De Carlo et Giorgio Marconi. Les artistes du collectif créent également la revue , publication au format A4 distribuée dans toute l'Italie, dans laquelle chaque artiste invité dispose d'une totale liberté d'expression.
En 1990, le groupe est invité par la galerie Massimo De Carlo pour l'exposition collective , au cours de laquelle Moro présente (Réveillez-vous) : deux cents thermomètres cliniques éclairés par une ampoule, installés dans un tiroir du bureau du galeriste.
L'expérience du prend fin en 1993, après l'apparition de divergences au sein du groupe concernant notamment le rapport au système marchand de l'art.
Carrière internationale
La reconnaissance internationale de Liliana Moro s'amorce au début des années 1990. En 1991, elle participe à l'exposition au Centro per l'Arte Contemporanea Luigi Pecci de Prato. L'année suivante, elle est invitée à la documenta IX à Kassel.
En 1993, elle participe à la section Aperto de la Biennale de Venise avec l'installation (La maison), réalisée en collaboration avec Bernhard Rüdiger. Cette structure en bois et aluminium est équipée de haut-parleurs diffusant des textes de Peter Handke et de Pier Paolo Pasolini. Cette participation marque une étape dans la diffusion de son travail sur la scène internationale.
Sa carrière se développe ensuite sur la scène internationale : elle expose au Castello di Rivoli à Turin (1994), au MUHKA d'Anvers (1996), au Moderna Museet de Stockholm (1998), au de New York (1999) et au De Appel d'Amsterdam la même année. En 2005, elle présente son travail au CCA Wattis Institute for Contemporary Art de San Francisco.
En 2008, l'exposition rétrospective , organisée par Milovan Farronato aux espaces Careof et Viafarini de la Fabbrica del Vapore à Milan, offre un panorama de son parcours.
En 2012, elle est professeure invitée () du cours annuel de la Fondazione Antonio Ratti à Côme. Elle y présente l'installation , composée de microphones disposés en cercle qui diffusent sa voix enregistrée. La même année, elle participe à l'exposition au MART de Rovereto.
En 2019, elle est sélectionnée par le commissaire Milovan Farronato pour représenter l'Italie au Pavillon national de la Biennale de Venise, aux côtés de Chiara Fumai et Enrico David. L'exposition, intitulée (Ni autre ni celle-ci : le défi au Labyrinthe), explore la notion de labyrinthe comme métaphore existentielle. Elle y présente des œuvres historiques comme (1988) et (1992), ainsi que (2016), un lampadaire renversé.
En 2023-2024, le Kunstmuseum Liechtenstein lui consacre , sa première exposition rétrospective, coproduite avec le PAC () de Milan. Sous le commissariat de Letizia Ragaglia et Diego Sileo, elle retrace son parcours depuis la fin des années 1980 jusqu'à ses créations les plus récentes. L'exposition bénéficie du patronage de l'Ambassade d'Italie à Berne.
Parallèlement à sa pratique artistique, Liliana Moro enseigne à l'Accademia Carrara de Bergame et à l'université IUAV de Venise. Elle a également participé en tant que professeure invitée à plusieurs ateliers de la Fondazione Spinola-Banna.
Œuvre
Approche artistique
L'œuvre de Liliana Moro se caractérise par une recherche d'essentialité : seul ce qui est strictement nécessaire est présent. Cette économie de moyens ne procède pas d'un choix de langage minimal, mais d'une attitude, une pratique et un positionnement que l'artiste déclenche aussi bien dans l'utilisation de techniques élaborées que dans le recours à des matériaux et objets du quotidien.
La pratique de l'écoute constitue le fil conducteur de son travail. Elle écrit : « Il ne s'agit plus de s'arrêter à la surface ou d'aller en profondeur, mais simplement de marcher en choisissant la direction… La voie de sortie est dans les yeux ». L'influence de Samuel Beckett traverse l'ensemble de son parcours. Elle confie : « À treize ans, j'ai lu En attendant Godot et cela m'a beaucoup frappée. […] Mon approche de l'art n'est pas partie du fait de savoir très bien dessiner, c'était plutôt une approche philosophique, et à travers les mots de Beckett j'ai commencé à imaginer un espace ». L'imperfection et le trébuchement de la vie, caractéristiques du dramaturge irlandais, nourrissent sa poétique.
La dimension politique constitue un autre axe de son travail, non pas traduite dans l'illustration de contenus, mais exprimée à travers les formes d'adresse aux spectateurs. En plaçant ses œuvres au sol, elle invite implicitement le visiteur à se baisser pour les observer, modifiant ainsi son rapport à l'espace et à l'œuvre.
Installations sonores
Le son occupe une place centrale dans la production de Liliana Moro, comme l'indique le titre de sa rétrospective . Ses installations sonores invitent le spectateur à une participation physique, intellectuelle et émotionnelle, transformant l'écoute en expérience partagée.
L'installation (2012), présentée à la Fondazione Antonio Ratti, se compose d'une série de microphones disposés en cercle qui diffusent la voix enregistrée de l'artiste. Le texte récité reprend un écrit du critique Hubert Besacier consacré à una performance antérieure, (1997). Le rythme de la voix et de la respiration crée une énergie qui rend difficile la sortie du cercle — non par contrainte physique, mais par la présence manifestée à travers ce que Roland Barthes appelait « le grain de la voix ».
(L'environnement joué, 1996) associe un petit théâtre en bois, une figure en papier et quatre haut-parleurs diffusant des enregistrements d'instruments de musique pour enfants. Cette œuvre illustre la récurrence du monde de l'enfance dans son vocabulaire plastique.
Sculptures et installations environnementales
Les sculptures de Liliana Moro conjuguent rigueur formelle et charge symbolique. L'artiste ne cherche pas à donner voix à des objets inertes, mais à créer des relations constructives entre éléments tirés de la vie quotidienne.
(2005) se compose de cinq chiens en bronze ciselé et patiné, disposés dans l'espace d'exposition. Le titre anglais, qui désigne celui qui part perdant, confère à ces figures animales une dimension métaphorique sur la condition des plus faibles.
(La promenade, 1988) consiste en soixante-dix paires de patins à roulettes enchaînés les uns aux autres et ancrés au sol. Exposée initialement dans un jardin de Novi Ligure sur une piste circulaire recouverte de linoléum, cette installation prenait chaque jour une configuration différente selon les interactions du public.
Pour l'espace public, elle réalise (2023), une installation permanente pour le de Milan. Composée de trente chaises en bronze, d'un élément sculptural métallique jaune évoquant un auvent et d'un diffuseur acoustique en forme de trompette relié en direct à Radio 3, cette œuvre invite à l'expérience collective de l'espace public. L'artiste écrit à ce propos : « Vivre une expérience commune signifie partager un espace, un temps, mais surtout partager avec d'autres sa pensée et son agir quotidien ».
L'installation (2012), réalisée pour le programme de la Fondazione Zegna à Trivero, constitue une intervention pérenne dans le paysage. Son titre fait référence à la superficie en kilomètres carrés du territoire concerné.
Performances et vidéos
La performance (Étude pour un probable équilibre en mouvement, 1997), conçue en collaboration avec le chorégraphe Virgilio Sieni, explore les relations entre équilibre corporel et espace. Cette performance a été réactivée à plusieurs reprises, notamment lors du vernissage de l'exposition au Kunstmuseum Liechtenstein en 2023.
(1994) et (1993) comptent parmi ses vidéos. Ces œuvres prolongent son exploration des rapports entre intériorité subjective et espace environnant.
Expositions
Expositions personnelles (sélection)
1990 : , Milan (première exposition personnelle) 1996 : MUHKA, Anvers 2003 : , 1301PE, Los Angeles 2004 : Fondazione Ambrosetti, Palazzolo 2007 : Istituto Italiano di Cultura, Los Angeles 2008 : , Careof / Viafarini, Fabbrica del Vapore, Milan 2012 : Fondazione Antonio Ratti, Côme 2016 : , Almanac Projects, Londres 2018 : , Galleria de' Foscherari, Bologne 2023-2024 : , Kunstmuseum Liechtenstein, Vaduz / PAC, Milan
Expositions collectives (sélection)
1991 : , Centro per l'Arte Contemporanea Luigi Pecci, Prato 1992 : documenta IX, Kassel 1993 : Aperto, Biennale de Venise 1994 : Castello di Rivoli, Turin 1996 et 2008 : Quadriennale de Rome 1998 : Moderna Museet, Stockholm 1999 : PS1, New York 1999 : De Appel, Amsterdam 2005 : CCA Wattis Institute for Contemporary Art, San Francisco 2008 : , Palazzo Grassi, Venise 2009 : Galleria Civica di Trento 2012 : , MART, Rovereto 2013 : MAMbo, Bologne 2013 : Biennale de Thessalonique 2015 : , Triennale de Milan 2017 : MAXXI, Rome 2019 : Pavillon italien, Biennale de Venise 2021 : Castello di Rivoli, Turin 2021 : Galleria nazionale d'arte moderna e contemporanea, Rome 2024 : , Centro Pecci, Prato (collection permanente)
Collections publiques
Les œuvres de Liliana Moro figurent dans de nombreuses collections publiques internationales.
Italie
Castello di Rivoli Museo d'Arte Contemporanea, Rivoli Centro per l'Arte Contemporanea Luigi Pecci, Prato Galleria d'Arte Moderna, Turin MAXXI - Museo nazionale delle arti del XXI secolo, Rome Galleria nazionale d'arte moderna e contemporanea, Rome MAMbo - Museo d'Arte Moderna di Bologna
France
Fonds national d'art contemporain, Paris FRAC Centre, Orléans