Tullio Masotti, né le à Falerone et mort le à Milan, est un journaliste et syndicaliste italien.

Militant socialiste antimilitariste, il se convertit au syndicalisme révolutionnaire dont il devient une figure de premier plan. Secrétaire de l'Unione Sindacale Italiana (USI), il adhère par la suite à l'interventionnisme démocratique durant la Grande guerre. Membre de l'Unione socialista italiana (USI), il participe en 1918 à la fondation de l'Unione Italiana del Lavoro (UIL). Rapproché un temps de l'antifascisme, il finit par adhérer au fascisme, travaillant comme journaliste et collaborant à plusieurs revues. Après la Seconde Guerre mondiale, il se rapproche des socialistes et continue jusqu'à sa mort à traiter des questions syndicales.

Biographie

Du socialisme au syndicalisme révolutionnaire (1905-1912) Ouvrier très jeune, n'ayant pas pu achever l'école primaire, Tullio Masotti s'engage rapidement au sein du cercle socialiste de Florence. En 1905-1906, il représente le groupe socialiste de la jeunesse locale lors du IIIe Congrès des jeunesses socialistes (Bologne, mars 1907). En mai 1907, il est nommé vice-secrétaire de la Chambre du Travail de Parme, collaborant avec Alceste et Amilcare De Ambris en tant que propagandiste syndicaliste révolutionnaire, où il se distingue vite par son fort antimilitarisme.

À la suite des condamnations liées aux grèves agricoles du printemps 1908, Masotti se réfugie en juin à Nice, où il partage un appartement avec Edmondo Rossoni et Pulvio Zocchi, puis à partir de juillet à Lugano, où il collabore jusqu'en mai 1909 à La Guerre Sociale de Gustave Hervé.

Correspondant pour plusieurs journaux syndicalistes italien, il poursuit son activité militante à travers toute la Suisse avec Alceste De Ambris et publie un pamphlet antipatriotique et antimilitariste intitulé Il nostro irredentismo (1909).

L'Unione Sindacale Italiana (1912-1914) De retour en Italie, Masotti effectue son service militaire et, en janvier 1911, redevient un propagandiste actif dans tout le nord de l'Italie, remplaçant également Amilcare De Ambris, alors détenu, au secrétariat de la Chambre du Travail de Parme à la fin de 1911.

Après un bref séjour à Lugano, il retourne à Parme en mars 1912 où il occupe le poste de secrétaire général du Comité provisoire d'Action Directe, épaulé par Livio Ciardi et Giovanni Bitelli. Ayant intégré le comité central de l'Unione Sindacale Italiana (USI), en novembre 1912, il s'engage dans une intense propagande contre la guerre en Libye.

L'interventionnisme et l'après-guerre (1914-1925) Interventionniste en octobre 1914, il s'enrôle comme volontaire en septembre 1915 et, après une période au front, est nommé instructeur de recrues à l'école militaire de Parme en décembre 1916. Après la défaite de Caporetto, Masotti entame une collaboration avec Il Popolo d'Italia et participe au congrès de l'USI à Rome en mai 1918.

En avril 1919, alors secrétaire de la Chambre du Travail de Parme, il quitte ses fonctions en mai ainsi que ses collaborations au journal L'Internazionale pour accepter la direction de Il Piccolo di Parma, journal victime des violences des squadristes. À l'été 1923, Masotti se fait le promoteur de l'érection d'un monument à la mémoire de Filippo Corridoni avec l'appui de l'avocat socialiste et ancien combattant Ildebrando Cocconi. vignette|369x369px|Il Piccolo di Parma, n°202 du 8 décembre 1919.

Syndicalisme national et fascisme (1925-1932) Rapproché du socialisme maximaliste vers novembre 1925, il travaille alors à la rédaction d'Il Mondo. Dans une lettre envoyée à Mussolini le 1er novembre 1928, Masotti explique qu'il s'était éloigné du fascisme entre 1921 et 1925, mais que, depuis cette date, il travaillait « silencieusement » pour le nouveau régime par le biais d'articles de presse et de publications.

En 1925, il est directeur puis rédacteur responsable de La Mondina, hebdomadaire de la fédération provinciale de Pavie des corporations syndicales fascistes . Il commence à collaborer en 1927 à la revue La Stirpe dans laquelle il publie plusieurs articles théoriques sur le syndicalisme fasciste, affirmant que se dernier trouva son origine dans le syndicalisme révolutionnaire interventionniste qui, par son action, balaya « l'Italie vieille et fatigue qu'il y avait en Giolitti » et entama le processus qui devait à terme régénérer le pays : « En un certain sens la tâche du syndicalisme révolutionnaire s'épuisait dans cette bataille, dans le feu de laquelle il avait jeté ce qu'il avait de meilleur. Mais le syndicalisme national a ses origines là-bas. Il est aujourd'hui force intégrante de l'État Corporatif, dans lequel le Fascisme veut voir consolidée l'unité spirituelle, morale, politique, économique de la Nation. » Ainsi, le syndicalisme révolutionnaire, « au milieu de l'universel encanaillement de la conscience nationale », fut, selon Masotti, « une école de sacrifice et d'héroïsme, et de révolte de l'idéal contre le réel, affirmation d'une volonté impétueuse dans la vie de la Nation, pour lui donner un nouveau sang et lui imposer une nouvelle vigueur », la sauvant ainsi « de l'abjection d'une neutralité qui l'aurait pour toujours condamnée à l'impotence ».

En mai 1926, la police rapporte que Masotti vit à Milan, s'est éloigné de la politique active et est employé à l'Institut National pour les Exportations à l'Étranger. En juillet 1928, un autre rapport de police indique que Masotti est depuis 1926 rédacteur en chef de la revue L'Esportatore Italiano et employé à Il lavoro d'Italia, journal des syndicats fascistes, dans lequel il est correspondant jusqu'à la chute du fascisme, en plus de collaborer à d'autres périodiques du régime.

La biographie de Corridoni (1932) En 1932, il publie une biographie de Filippo Corridoni, livre très bien reçu par la critique. L'écrivain et journaliste Giovanni Alberto Castellani parle du livre comme « le plus vrai qui soit apparu jusqu’à ce jour sur le héros de Macerata » tandis que l'enseignant et ancien socialiste Dante Dini loue la « documentation de cet exemple de vie, de cette cohérence de vie entre la pensée et l’action, entre l’ardeur et l’acte, entre la théorie et l’application ». Dans le même livre, Masotti y réaffirme la continuité entre le syndicalisme fasciste et le syndicalisme révolutionnaire d'avant-guerre : « Chez nous seulement, le socialisme — par lâcheté physique ou morale, plus encore que par respect envers les principes fixés par les textes sacrés — croyait pouvoir rester enfermé dans le jardin d'une commode neutralité, à l'ombre de l'olivier pour satisfaire les nécessités de l'esprit, — et sous les ombres les plus denses du figuier — aux fruits duquel ses adeptes auraient réservé leur ventre.

L'histoire les a balayés sans pitié et sans excuses. Elle est faite pour les vivants parce que ce sont les vivants qui la font. Ce fut une chance immense, alors, qu'à ce moment décisif pour la vie des peuples et des nations, le syndicalisme eût déjà brisé, entre les mains du socialisme parlementaire et confédéral, le bâton avec lequel il exerçait son commandement sur les classes laborieuses. Si le monopole de la représentation des intérêts et de la volonté du travail avait été encore entre ses mains, il aurait entraîné la classe ouvrière dans sa propre ruine.

Le syndicalisme révolutionnaire, en apportant sa contribution décisive à la détermination de l'Italie pour l'intervention dans la guerre, a sauvé l'honneur des travailleurs italiens et a posé les bases en vertu desquelles l'organisation du travail est aujourd'hui, sur un pied d'égalité avec toutes les autres forces économiques, un élément fondamental de l'État corporatif. En ce sens seulement peut être affirmée la dérivation du mouvement syndical fasciste à partir de l'ancien syndicalisme révolutionnaire. » vignette|346x346px|Tullio Masotti, Filippo Corridoni, Carnaro, 1932.

Convictions dans le fascisme-régime (1930-1939)