Zaza Dior, de son vrai nom Dominique Anne Leloup selon un jugement de 1975 (née Paul Pierre Louis Leloup le à Neuilly-sur-Seine et morte le à Garches), est une artiste de cabaret, journaliste et animatrice de radio française. Figure de la nuit parisienne et pionnière transgenre, elle est active du début des années 1960 jusqu’au milieu des années 1990, principalement sous les pseudonymes de Zaza Dior jusqu’en 1974 et Zaza Diors dès 1975.

Artiste de cabaret dans les années 1960 et 1970, Zaza Dior se produit internationalement et à Paris au Carrousel de Paris, Madame Arthur, à L’Alcazar et au cabaret Le Nuage. Dans les années 1980, elle devient chroniqueuse dans la presse gay, notamment dans les magazines 5 sur 5 et G.I. fondés par David Girard, puis animatrice de l’émission radiophonique Lune de Fiel sur Radio FG.

Proche de personnalités comme Françoise Sagan, Régine, Thierry Le Luron ou Jacques Chazot, Zaza Dior incarne une figure emblématique du Tout-Paris des années 1970-1980. Morte du sida en 1993, elle est redécouverte au à travers plusieurs ouvrages retraçant l’histoire des artistes transgenres et des milieux de la nuit parisiens.

Biographie

Jeunesse et formation (1947–1963) Zaza Dior, de son nom de naissance Paul Pierre Louis Leloup, naît le à Neuilly-sur-SeineActe de naissance n°731 de Paul Pierre Louis Dominique Anne Leloup, dressé le 18 mars 1947 à Neuilly-sur-Seine (Seine) : Le dix sept mars mil neuf cent quarante sept, treize heures est né à Neuilly sur Seine 2 Boulevard du Château: PAUL PIERRE LOUIS, de sexe masculin: de Denise LELOUP, née le vingt trois novembre mil neuf cent seize à Pétrograd Russie, secrétaire domiciliée à Paris 5°, 20 rue Linne. Dressé le 18 mars mil neuf cent quarante sept sur la déclaration de Marie Louise LELOUP, née LELOUP, cinquante huit ans, domiciliée à Paris 5°, 20 rue Linne, ayant assisté à l’accouchement qui lecture faite a signé avec Nous André FRANCESCHINI, Chevalier de la Légion d'Honneur Adjoint au Maire de Neuilly sur Seine, Seine, Officier de l'État Civil par délégation., au 2 boulevard du Château. Sa mère, Valentine Leloup, secrétaire d’origine russe née à Pétrograd en 1916, la reconnaît officiellement quelques mois après sa naissance. Son père n’est pas mentionné sur l’acte d’état civil, mais Zaza affirmera plus tard qu’il s’agissait d’un industriel proche de l'homme d'affaires Sylvain Floirat. L’enfant grandit entourée de sa mère et de sa grand-mère maternelle, Marie Leloup, qui les héberge rue Linné, dans le Ve arrondissement de Paris.

Durant son enfance, elle partage sa vie entre ce domicile parisien et une maison de Rueil-Malmaison dans un quartier encore semi-rural. Après la mort de sa grand-mère, elle s’installe vers 1969 avec sa mère rue de Lévis, dans le XVIIe arrondissement de Paris, où elle résidera plusieurs décennies jusqu’à sa mort.

Élevée dans la religion catholique, elle se décrit elle-même comme un enfant délicat, efféminé et mystique. Zaza est scolarisée à Lisieux puis à l’École des Roches, une pension réputée près de Verneuil-sur-Avre. C’est au cours de son adolescence qu’elle découvre, dans la presse illustrée, la figure de Coccinelle, première artiste transgenre française à obtenir la reconnaissance légale de son changement d’état civil. Cette révélation marque un tournant intime et symbolique dans sa construction identitaire.

Débuts à Paris et premières transformations (1963–1965) À la fin de l’année 1963, âgée de seize ans, Zaza fugue de l’École des Roches et retourne à Paris. Peu après son arrivée dans la capitale, elle découvre les milieux interlopes de la nuit parisienne et traverse une brève période de prostitution qu’elle assumera publiquement dans plusieurs entretiens ultérieurs.

Arrêtée alors qu’elle se promène travestie en femme dans le quartier des Champs-Élysées, elle est conduite au Dépôt et présentée à une magistrate qui lui délivre un certificat de complaisance mentionnant des signes d’« hermaphrodisme », document qu’elle fera par la suite reporter sur ses papiers d’identité en 1966.

Faute de ressources suffisantes pour envisager une chirurgie de réassignation, qu’elle songe un temps à faire pratiquer à Casablanca, elle débute sa transition hormonale par injections, tout en se produisant dans de petits cabarets de province. En 2025, un témoignage de l’artiste Pierre Brossard évoque sa présence vers 1963 au cabaret La Paix, à Tours, où il partagea sa loge avec « un transformiste du nom de Zaza Dior » au sein d’une troupe de cinq ou six artistes variés.

Appelée au service militaire comme tout jeune homme de sa génération, elle se présente à la caserne vêtue d’un tailleur sobre et une opulente poitrine. Les autorités militaires, incrédules, refusent d’abord de l’admettre, puis la déclarent réformée après un examen physique complet. Cet épisode, qu’elle relatera dans plusieurs interviews, devient l’un des premiers éléments publics de sa légende personnelle.

Carrière de scène et transformation en Zaza Dior (1965–1975) À partir de 1965, Zaza Dior commence sa carrière artistique sur les scènes parisiennes, qu’elle résumera lors d’une rétrospective en 1985 par la formule « vingt ans d’agitation nocturne ». Transformée physiquement — poitrine hormonée, chevelure blonde platine et silhouette féminine — elle se produit dans plusieurs cabarets célèbres, parmi lesquels le Carrousel de Paris, Madame Arthur, Elle & Lui, L’Alcazar, L’Ange Bleu, Le Festival et Le Nuage. Elle adopte le prénom Zaza, en hommage à Zizi Jeanmaire, et choisit le nom de scène complet « Zaza Dior » probablement en référence au couturier et parfumeur, à l’instar de Lola Chanel, Ramona Ricci et Carole Cabochard.

Ses numéros, mêlant humour, provocation, strip-tease et chanson, la distinguent par leur ton ironique et leur mise en scène théâtrale. Plusieurs titres sont cités dans les archives et articles de presse : Viens chez Roger, Zaza Twist, Mathias, La Peau d’homme et C’est mon gigolo.

Dans les années 1960 et 1970, Zaza Dior participe à des tournées de cabarets à l’étranger — notamment au Moyen-Orient et en Italie — et côtoie d’autres artistes travestis comme Bambi ou Coccinelle. Elle est décrite par plusieurs contemporains comme vive, drôle et sarcastique, mais aussi indisciplinée et portée sur l’alcool, ce qui freine son ascension vers la notoriété.

Son nom apparaît aussi dans le domaine du cinéma. Elle prétend avoir figuré parmi les vedettes du film policier érotique Sexy Gang (1967), bien que sa participation ne soit pas formellement attestée. En revanche, elle apparaît bien dans un rôle secondaire de Brusgiature, film expérimental tourné en Corse en 1972 par Dominique Degli Esposti, et monté et projeté seulement 10 ans plus tard. Ce film fut sélectionné en 1985 au Festival de Cannes dans la section « Perspectives du cinéma français ».

L’année 1974 marque un tournant dans sa trajectoire. En février, le magazine Lui lui consacre un portrait illustré d’un fac-similé de sa carte d’identité portant la mention « présente des signes d’hermaphrodisme ». Un mois plus tard, le magazine Privé publie un long entretien dans lequel Zaza — le pseudonyme est alors simplifié à un simple prénom — raconte sa vie, ses débuts dans les cabarets et la préparation d’un livre autobiographique intitulé Un travelo nommé désir. Dans le même temps, elle signe sous le pseudonyme D. d’Yor — jeu de mots sur Dior — les paroles d’un sketch intitulé Les deux folles pour le duo Green et Lejeune, édité en 45 tours et vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires.

Le , elle dépose une requête auprès du tribunal de grande instance de Paris pour obtenir la reconnaissance légale de son sexe féminin et modifier ses prénoms. Par jugement du , le tribunal rejette la demande de changement de sexe mais accepte la substitution de ses prénoms masculins par un premier prénom neutre, Dominique, suivi de AnneJugement du tribunal de grande instance de Paris, 1re chambre, 4e section, 29 avril 1975 (n° 12.933/74)

Dans cette décision, le tribunal rejette la demande de rectification de la mention du sexe à l’état civil, considérant que « le demandeur ne rapportant pas la preuve de ce que la mention du sexe masculin procède d’une erreur ». En revanche, il fait droit à la demande subsidiaire et ordonne que « les prénoms Paul, Pierre, Louis seront remplacés par Dominique Anne »..

Vie mondaine et reconversion journalistique (1976–1982) À partir de 1976, Zaza Dior — qui ajoute désormais un « s » à son pseudonyme pour devenir Zaza Diors — délaisse progressivement la scène pour s’imposer comme figure du Tout-Paris mondain. Elle apparaît fréquemment dans les soirées et cabarets parisiens, aux côtés de personnalités comme Françoise Sagan, Alice Sapritch, Régine, Thierry Le Luron ou Jacques Chazot. Plusieurs ouvrages biographiques et témoignages, dont ceux de Thierry Le Luron et Élisabeth Quin, la mentionnent parmi les personnages familiers du Colony, club emblématique de la rue Sainte-Anne, centre névralgique de la vie nocturne homosexuelle parisienne de la fin des années 1970.

Dans ces années, Zaza Dior occupe le rôle d’hôtesse et d’animatrice de soirées au Colony, fonction attestée par plusieurs mentions dans L’Officiel Hommes et L’Officiel de la mode. Sa présence est également signalée au Bronx, autre établissement de la même rue, ainsi qu’au Nuage et au 7, clubs fréquentés par les milieux artistiques et homosexuels parisiens. Elle s’affirme comme une personnalité à part entière de la vie nocturne : provocante, drôle, cultivée et dotée d’un sens aigu de la répartie, qualités relevées par plusieurs témoins contemporains tels qu’Alain Pacadis ou Bambi.

Vers la fin des années 1970, elle commence à collaborer officieusement à la presse mondaine, rédigeant des échos et chroniques anonymes pour divers magazines.

C’est vraisemblablement dans ce milieu, autour de la rue Sainte-Anne, que Zaza rencontre David Girard, jeune prostitué qui deviendra son partenaire professionnel pendant près d’une décennie. Girard fonde en 1981 le David Relax, un salon d’esthétique et de massages dont l’activité réelle est liée à la prostitution. L’installation de cette activité, située dans un premier temps rue de Lévis, a probablement bénéficié du soutien de Zaza. Leur association, fondée sur la complicité et l’humour, préfigure les nombreux projets communs qu’ils mèneront dans la presse et les médias au cours des années 1980.

Les années 5 sur 5 et la consécration médiatique (1983–1986) En , Zaza Dior intègre la rédaction du magazine gay 5 sur 5, fondé par David Girard. Elle y tient deux rubriques régulières, Salut les copines et Les coups de cœur de Zaza Diors, dans lesquelles elle commente avec humour la vie nocturne parisienne, les tendances et les personnalités du moment. Le ton, à la fois caustique et mondain, contribue à définir l’identité éditoriale du journal, dont la diffusion gratuite atteint plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Dans ses chroniques, Zaza développe un style qualifié par David Girard de « plume de nitroglycérine » pour son mélange de verve et de causticité.

Le duo qu’elle forme avec Girard devient emblématique de la scène médiatique gay du début des années 1980. Ensemble, ils multiplient les apparitions publiques et s’imposent comme un couple professionnel et mondain. Parallèlement à 5 sur 5, Zaza collabore à d’autres titres de presse homosexuelle, notamment Gay International (ou G.I.), dirigé également par Girard.

La présence de Zaza dans les médias s’étend ponctuellement à la télévision. Le , elle participe à l’émission À la croisée des chansons, produite par Pascal Sevran sur TF1, où elle interprète en direct le titre Barbara Strip dans un décor de cabaret portuaire.