La résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le , soutient le plan d'autonomie marocain ou le plan d'autodétermination du peuple sahraoui comme base du règlement du conflit au Sahara occidental, en cours depuis 1975. Elle renouvelle également le mandat de la MINURSO pour une année supplémentaire.
Présentée par les États-Unis, la résolution a été adoptée par 11 voix en faveur, avec trois abstentions de la part du Pakistan, et de deux membres permanents du Conseil de sécurité : la Chine et la Russie. L'Algérie, membre non permanent du Conseil pour la période 2024-2025, fortement opposée à la résolution, ne prend pas part au vote en signe de protestation.
Contexte
Le Sahara occidental est un territoire disputé situé au sud du Maroc et à l'ouest de la Mauritanie. L'Espagne a colonisé le territoire officiellement dès 1884 ; elle l'administre sous le nom de Sahara espagnol à partir de 1958. Le Front populaire de libération de la Seguia el-Hamra et du Rio de Oro (Front Polisario), est créé en 1973 pour lutter par les armes pour l'accession du territoire à la souveraineté. En 1974, l'Espagne annonce l'organisation d'un référendum d'autodétermination, suscitant l'opposition du Maroc. Dans un avis consultatif rendu le 16 octobre 1975, à la demande de l'Assemblée générale des Nations unies, la Cour internationale de justice juge que le Sahara occidental est en cours de décolonisation et que la population du territoire doit se prononcer sur le point de savoir si elle souhaite vivre dans son propre État ou être rattachée à un État voisin (Maroc ou Mauritanie). Cependant, le Maroc lance au début de novembre de la même année une marche verte afin de s'emparer du territoire. Par les Accords de Madrid, signés le , l'Espagne convient de céder le nord du Sahara occidental au Maroc et le sud à la Mauritanie, et se retire du territoire. Fin novembre, ces deux États envoient leurs forces armées occuper le territoire et un conflit armé débute alors avec le Front Polisario, qui proclame le une République arabe sahraouie démocratique.
Soutenu par l'Algérie qui accueille sur son sol des camps de réfugiés sahraouis et des camps d'entrainements du Front Polisario, ce dernier parvient à contraindre la Mauritanie à retirer ses forces en 1980, mais le conflit s'enlise face au Maroc. La résolution 690 du Conseil de sécurité, du , crée la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO), qui obtient un cessez-le-feu le . Le conflit est ainsi gelé, le Maroc contrôlant environ entre 75 et 80 % du Sahara occidental derrière son mur des sables, érigé entre 1980 et 1987, et la République arabe sahraouie démocratique les 25-29 % restants. En 2007, le Maroc dépose un plan d'autonomie pour le Sahara occidental auprès des Nations unies, rejeté par le Front Polisario. Les négociations entre ce dernier, le Maroc, l'Algérie et la Mauritanie sont rompues en 2019. En 2020, les hostilités reprennent entre le Front et le Maroc, et se poursuivent depuis lors à basse intensité.
Le Conseil de sécurité, dans chaque résolution annuelle renouvelant le mandat de la MINURSO, appelle les parties à reprendre des négociations pour aboutir à une . Cependant le plan marocain reçoit progressivement de plus en plus de soutien, notamment de la part: des États-Unis, de l'Espagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de l'Allemagne, de la Belgique, de la France, ou encore d'Israël. Depuis 2017, plus aucun renouvellement du mandat de la MINURSO n'a été adopté à l'unanimité des membres du Conseil de sécurité. L'Algérie avait déjà refusé de participer au vote sur la résolution 2756 du .
Dans les mois qui ont précédé l'adoption de la résolution, les États-Unis, qui tiennent la plume sur ce dossier au Conseil de sécurité, ont particulièrement fait peser leur poids diplomatique afin de créer une dynamique vers un règlement du conflit conforme à leurs intérêts, dans le contexte du retour de Donald Trump, qui avait reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020, à la présidence des États-Unis. Massad Boulos, principal conseiller de ce dernier pour les affaires africaines et arabes, avait lui-même tenu des négociations bilatérales avec plusieurs dirigeants de la région en dehors des Nations unies au cours de l'été 2025. Il a renouvelé plusieurs fois le soutien de l'administration américaine aux revendications du Maroc et en outre promis que les États-Unis ouvriraient un consulat à Dakhla, une ville côtière d'importance du sud du Sahara occidental, sous contrôle marocain. En outre, Steven Witkoff, Envoyé spécial des États-Unis pour les missions de paix et le Moyen-Orient, déclare le dans un entretien avec CBS qu'un accord de paix entre le Maroc et l'Algérie pourrait être signé d'ici soixante jours.
Par ailleurs, le , le Front Polisario a transmis au Secrétaire général des Nations unies une dans laquelle il se dit disposé à accepter un règlement proche du plan d'autonomie marocain à condition que ce dernier soit approuvé par le peuple sahraoui dans un référendum présentant également une option pour l'indépendance.
Négociation et adoption Les États-Unis, qui tiennent la plume sur le Sahara occidental au Conseil de sécurité, ont transmis une première proposition de résolution aux autres membres du Conseil le , et organisé une session de négociation pour le 24. Cette première version limitait à trois mois la prorogation du mandat de la MINURSO (jusqu'au ) et invitait les parties à négocier, sur la base du plan marocain d'autonomie, afin de trouver avant l'expiration du mandat une solution juste et acceptable qui permette une véritable autonomie au sein du Maroc tout en préservant le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui. Il était également demandé au Secrétaire général des Nations unies de faire des propositions sur la transformation de la MINURSO en fonction de l'issue de ces négociations.
Face aux réserves des autres membres du Conseil, les États-Unis ont présenté le une proposition révisée et invité les autres membres à produire des observations avant le mardi . Cette nouvelle mouture augmentait la prorogation du mandat de la MINURSO à six mois (jusqu'au ) et intégrait la proposition du Royaume-Uni précisant que le Conseil marocain. D'autres ajustement rédactionnels étaient proposés (tels que la mention du soutien au plan marocain par seulement la des États membres) mais n'ont pas obtenu de consensus, l'Algérie souhaitant notamment que le texte reflète les autres initiatives (telle que celle du Front Polisario du ) comme base de négociation.
Le , les États-Unis ont soumis une deuxième proposition révisée – qui ne présentait plus le plan marocain comme l'alternative , ni la solution la plus réalisable comme l'autonomie véritable – sur laquelle l'Algérie a sollicité l'organisation de discussions qui se sont tenues le même jour dans l'après-midi. Les autres États préférant toujours une prolongation du mandat d'une année et un langage plus nuancé à l'égard du plan marocain lors de ces dernières consultations, les États-Unis ont présenté le une troisième proposition – qui faisait également disparaitre un paragraphe du préambule prenant note de l'appel du président Trump à négocier sur la seule base du plan marocain – et demandé qu'elle soit soumise au vote le lendemain.
Il est à préciser que le texte présenté par les États-Unis est sensiblement plus court que les résolutions précédentes annuellement adoptées en la matière : le préambule passe de vingt-six à huit paragraphes et le dispositif de dix-sept à six paragraphes.
La résolution est adoptée à la 10 030 séance du Conseil de sécurité, sous présidence russe, par onze voix pour (Corée du Sud, Danemark, États-Unis, France, Grèce, Guyana, Panama, Royaume-Uni, Sierra Leone, Slovénie et Somalie) et trois abstentions (Pakistan, Chine, Russie). L'Algérie refuse de participer au vote en signe de protestation.
Contenu En préambule, le Conseil de sécurité constate le soutien exprimé par de nombreux États membres au plan d'autonomie pour le Sahara occidental proposé par le Maroc, comme la base d'un règlement juste, durable et mutuellement acceptable. Il se félicite de la disposition des États-Unis à accueillir des négociations.
Dans son dispositif, la résolution demande aux parties de conduire des négociations sans conditions préalables pour une solution politique définitive et mutuellement acceptable sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc. Elle considère qu'.
Le Conseil appuie les efforts du Secrétaire général des Nations unies et de son envoyé personnel pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, pour faciliter – mais également – des négociations ayant pour fondement le plan d'autonomie du Maroc. Il appelle les parties à .
De surcroît, la résolution ne fait aucune référence explicite à un référendum d'autodétermination incluant la possibilité de l'accession à la souveraineté, comme c'était le cas dans toutes les résolutions précédentes sur le Sahara occidental.
Du reste, le Conseil réaffirme toutes ses résolutions précédentes sur la question, et que les négociations susmentionnées doivent et que ladite solution politique définitive doit être de nature à .
En outre, le mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental est prorogé jusqu'au . Il est demandé au Secrétaire général des Nations unies de réaliser une évaluation stratégique du futur du mandant de la MINURSO dans les six mois, en tenant compte de l'issue des négociations.
Réactions Le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations unies, Michael Waltz, se félicite d'un devant le Conseil de sécurité. Il ajoute que la résolution a . Il affirme que .
Le représentant permanent de la France auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, se félicite de l' du Conseil sur la question et déclare : . Il rappelle la position française selon laquelle : .
Le chargé d'affaires du Royaume-Uni auprès des Nations unies, James Kariuki, a déclaré après le vote que son pays considère le plan marocain et attend les approfondissements dudit plan et les réponses des parties.
Le représentant permanent de la Russie auprès des Nations unies, Vassili Nebenzia, a critiqué les États-Unis pour leur attitude lors de la rédaction de la résolution, visant selon lui à promouvoir les seuls intérêts américains. La Russie s'est abstenue en raison d' afin de donner une chance à la paix et de ne pas faire obstacle au renouvellement du mandat de la MINURSO. Il a dit espérer .
Le représentant permanent de l'Algérie auprès des Nations unies, Amar Bendjama, admet que par les États-Unis, mais qu'il et . Il et .
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a par la suite déclaré que son pays était 2797 qui permettait de et de . Selon lui, l'Algérie avait obtenu la suppression du dispositif de la résolution la mention de souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, mais la persistance d'une telle référence dans le préambule et le fait que le texte revenait à a conduit son pays à ne pas prendre part au vote.
Le Roi du Maroc, Mohammed VI, s'est félicité de l'adoption de la résolution dans une allocution télévisée diffusée alors que le Conseil de sécurité était encore en séance pour entendre les explications de vote après le scrutin des représentants permanents. Il déclare : et remercie les États qui ont soutenu le plan marocain, notamment les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Espagne. Il ajoute qu'il souhaite qu'il n'y ait et invite le président algérien à relancer ensemble l'Union du Maghreb arabe.
Dans la soirée et à la suite de l'allocution du Roi, des scènes de liesse populaire ont lieu dans les rues de plusieurs villes marocaines, avec feux d'artifices et groupes traditionnels, dont la capitale Rabat.