vignette|245x245px|Manifestants lors du rassemblement « Nous exigeons », le 28 août 1971 La manifestation We Demand est un événement déterminant pour les droits des personnes homosexuelles au Canada. Elle a lieu le , à Ottawa, et est organisée par les groupes militants Toronto Gay Action (TGA) et (CHAT). Un rassemblement parallèle est organisé dans le même temps à Vancouver par le groupe (GATE) en signe de solidarité. Ce rassemblement revêt une grande importance dans l'histoire de la lutte pour l'égalité et les droits des personnes homosexuelles au Canada, ainsi que dans l'histoire du féminisme canadien. Il a profondément marqué le militantisme pour les droits des personnes gaies au Canada.

Contexte La manifestation est déclenché par la discrimination constante de la Gendarmerie royale du Canada envers les personnes homosexuelles, persistante après la décriminalisation partielle de certaines activités considérées comme homosexuelles dans l'adoption du projet de loi C-150 en 1969. En effet, les tentatives d'exclure les gais et les lesbiennes de la fonction publique, du gouvernement et des forces armées, ainsi que d'autres formes de discrimination, servent de catalyseur pour cette manifestation. Jusqu'alors, la loi permettait la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et il n'existait aucun moyen de porter plainte auprès des commissions des droits de la personne. Parmi les autres enjeux ayant alimenté la protestation figuraient l'inégalité de la Loi sur le divorce et la Loi sur l'immigration. Cette première plaçait l'homosexualité dans la même catégorie de gravité que le viol ou la bestialité comme motifs de divorce. La seconde interdisait aux hommes gais d'immigrer au Canada.

Au Canada, on observe une histoire d’activisme gai, axée sur l’éducation et la sensibilisation avant 1971, comme en témoigne travail de Ted northe; toutefois, à cette époque, les organisations ou manifestations de grande ampleur n'existait pas encore.

La manifestation Le rassemblement d'Ottawa est organisé par les groupes Toronto Gay Action (TGA) et Community Homophile Association of Toronto (CHAT). Environ 200 manifestants y participent, issus de TGA, de CHAT et d'autres groupes de défense des droits homosexuels. Le rassemblement débute par une marche jusqu'à la Colline du Parlement à Ottawa. Des discours sont prononcés par des manifestants tels que Charlie Hill de Toronto Gay Action, George Hislop et Pat Murphy de CHAT, Pierre Mason du Front de libération des homosexuels et John Williams de Cleveland, Ohio. Les manifestants sont principalement des hommes gais blancs cisgenres. Une seule femme, Cheri DiNovo, ayant signé la liste initiale des revendications. Les manifestants réclament la fin de la surveillance par la GRC des travailleurs gay, la fin de la discrimination et de l'interventionnisme médical, des modifications des lois sur le divorce et l'extension de l'égalité des droits civils aux personnes gaies et lesbiennes.

Un rassemblement parallèle a lieu à Vancouver dans le même temps en signe de solidarité et organisé par Gay Alliance Toward Equality (GATE). Roedy Green, président de GATE, y prend la parole, ainsi que des représentants de Vancouver Gay Sisters et du GLF. Le nombre de participants fait débat, les sources évoquent entre 20 et 159 personnes.

Demandes Dans le cadre de la manifestation, les groupes participants présentent un document de 13 pages contenant une liste de revendications au Parlement canadien, rédigé par Herbert Spiers et Brian Waite de TGA avec la contribution de 12 groupes militants gais de venus de tout lr Canada sous le nom de Comité de la Journée gaie du DiMera, Matthew. “We Demand 40 Years Later.” Xtra West (Vancouver), no. 470, Août 2011, pp. 12–13.Tremblay, Manon. Queer Mobilizations: Social Movement Activism and Canadian Public Policy. UBC Press, 2015. et signé par des membres de TGA. Le document contient dix revendications principales :

Suppression des chefs d'accusation de « sodomie » et d'« outrage aux bonnes mœurs » pour poursuites en tant que délinquant sexuel dangereux; Amendements à la loi sur le divorce pour permettre que la garde des enfants soit décidée en fonction des mérites parentaux plutôt que de l'orientation sexuelle; Retirer l'homosexualité de la même catégorie que les violences physiques ou psychologiques, la bestialité et le viol comme motifs de divorce; Modifier la Loi sur l'immigration pour permettre aux personnes homosexuelles d'immigrer et d'entrer au Canada; Instaurer un âge de consentement identique pour les actes homosexuels et hétérosexuels; Que la GRC révèle si elle a espionné des personnes homosexuelles travaillant au sein du gouvernement et qu'elle mette immédiatement fin à cette pratique; L'égalité des chances en matière d'emploi et d'avancement à tous les niveaux de gouvernement; Autoriser les personnes LGB à servir dans l'armée; L’égalité des droits doit être étendue aux personnes LGB; Suppression des termes « outrage aux bonnes mœurs » et « actes obscènes » du Code criminel et leur remplacement par des termes s'appliquant de la même manière aux personnes hétérosexuelles et aux homosexuelles.

Conséquences et héritage Suite à ce rassemblement, la Loi sur l’immigration est modifiée, levant l’interdiction faite aux hommes homosexuels de voyager et d’immigrer au Canada.

The Body Politic Le rassemblement a mené à la création de The Body Politic par Jearld Moldenhauer, manifestant et photographe de l'événement. Moldenhauer, avec quelques autres militants, a été incité à créer le magazine suite à d'importantes modifications apportées à un article qu'il avait écrit sur le rassemblement et ses revendications pour le magazine contre-culturel ouvrier Guerilla. Le premier numéro de The Body Politic a été publié en novembre/ et contenait des articles sur le rassemblement d'Ottawa et ses revendicationsWaite, Brian, and Cheri DeNovo. “We Demand.” Body Politic, no. 1, Novembre 1971, p. 4. ainsi que sur celui de Vancouver, et utilisait une photo du rassemblement en couverture.

Le rassemblement est présenté comme un moment clé de l'histoire LGBTQ canadienne dans le film documentaire de Noam Gonick de 2025, Parade : Queer Acts of Love and ResistanceAndrew Parker, "Hot Docs 2025 Review: Parade: Queer Acts of Love & Resistance". TheGATE.ca, 28 avril, 2025..

We Still Demand (Nous Exigeons Toujours) Le , une marche commémorative organisée par Queer Ontario et intitulée We Still Demand a lieu sur la Colline du Parlement afin de célébrer les réformes obtenues depuis le rassemblement de 1971 et de protester contre les inégalités et les problèmes persistants, tels que la présence policière lors des événements de la Fierté et l’itinérance chez les personnes LGBT.

Une conférence intitulée « Nous demandons : Histoire/Sexe/Activisme au Canada » a lieu le , commémorant le quarantième anniversaire de la marche.

Notes et références

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