La condition des femmes au Tchad est marquée par des inégalités entre les femmes et les hommes dans l'accès à l'éducation, aux soins de santé, à l'emploi et aux fonctions de décision. Les femmes et les filles sont aussi confrontées aux mariages d'enfants, aux mutilations génitales féminines et à différentes formes de violence fondée sur le genre.
Le droit tchadien reconnaît l'égalité entre les sexes et plusieurs textes ont renforcé la participation politique et la protection des femmes. Des écarts restent cependant présents entre les droits reconnus par la loi et la situation sociale et économique des femmes, avec des différences importantes entre les milieux urbains et ruraux.
Cadre juridique et politique La Constitution adoptée en 2023 affirme l'égalité des droits entre les femmes et les hommes et interdit les discriminations fondées sur le sexe. Elle prévoit aussi la participation des femmes à la vie publique. La loi et son décret d'application instaurent un quota d'au moins 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives. Le Code électoral adopté en 2024 impose également une représentation d'au moins 30 % de femmes sur les listes soumises au scrutin proportionnel...
Les femmes disposent du droit de vote au niveau national depuis 1958. Ce droit s'inscrit dans les réformes engagées sous l'administration française après l'adoption de la loi-cadre Defferre. La première femme entre au Parlement tchadien en 1962..
Lors des élections législatives du 29 décembre 2024, 64 femmes sont élues parmi les 188 membres de l'Assemblée nationale, soit 34 % des députés. Lors des premières élections sénatoriales, organisées le 25 février 2025, 18 femmes figurent parmi les 46 sénateurs élus. Après la nomination du tiers restant des membres du Sénat, la chambre compte 26 femmes sur 69 membres, soit 37,7 %.
Éducation L'accès des filles à l'éducation au Tchad reste inférieur à celui des garçons. La pauvreté des ménages, les mariages précoces, les tâches domestiques, le manque d'infrastructures scolaires et certaines normes sociales réduisent leur scolarisation et leur maintien à l'école..
En 2023, 3,7 % des femmes âgées de 25 ans et plus avaient suivi au moins une partie de l'enseignement secondaire, contre 15,1 % des hommes du même groupe d'âge. En 2022-2023, personnes étaient inscrites dans les programmes d'alphabétisation du pays et 68,2 % d'entre elles étaient des femmes.
Le Programme alimentaire mondial relève une baisse de la scolarisation et du maintien des filles dans l'enseignement primaire dans plusieurs zones touchées par les crises humanitaires. Ses programmes de repas scolaires cherchent à réduire l'abandon scolaire, les mariages précoces et les grossesses chez les adolescentes..
Santé La mortalité maternelle reste élevée. En 2023, l'Organisation mondiale de la santé estime à 748 le nombre de décès maternels pour .
L'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive est plus difficile dans les zones rurales en raison du manque d'infrastructures sanitaires, de personnel et d'information. Les grossesses à un âge précoce et l'accès limité à la planification familiale augmentent les risques pour la santé des femmes et des adolescentes.
Mariage des enfants Le mariage d'enfant est interdit par la loi . Le Code pénal révisé en 2017 comporte aussi des dispositions relatives aux mariages d'enfants et aux violences faites aux femmes.
En 2019, 60,6 % des femmes âgées de 20 à 24 ans s'étaient mariées avant l'âge de 18 ans. Environ 24 % avaient été mariées avant 15 ans.. La fréquence du mariage avant 18 ans atteignait 63,3 % en milieu rural contre 49,9 % en milieu urbain. Elle atteignait 67,8 % chez les femmes sans instruction, 60,6 % chez celles ayant suivi l'enseignement primaire et 44,9 % chez celles ayant atteint l'enseignement secondaire ou supérieur.
Les données de l'enquête MICS 2019 montrent aussi que 55 % des femmes âgées de 20 à 49 ans avaient été mariées avant 18 ans et que 18,9 % des femmes âgées de 15 à 49 ans avaient été mariées avant 15 ans. Les différences avec les autres chiffres proviennent des groupes d'âge utilisés pour les calculs..
La pauvreté, les normes sociales et le faible niveau de scolarisation des filles contribuent au maintien de cette pratique. Son application reste difficile dans plusieurs communautés malgré l'interdiction légale.. Une feuille de route nationale couvrant la période 2024-2026 vise à accélérer l'élimination des mariages d'enfants et des mutilations génitales féminines.
Violences fondées sur le genre Les violences faites aux femmes prennent la forme de violences physiques, sexuelles, psychologiques et économiques, ainsi que de mariages forcés et de mutilations génitales féminines. Les données utilisées par les autorités tchadiennes font état de violences physiques subies par 29 % des femmes, de violences sexuelles par 11,7 % et de violences conjugales physiques, sexuelles ou émotionnelles par 34,8 %.
Le Programme des Nations unies pour le développement fait état d'une femme sur cinq déclarant avoir subi des violences physiques et de 12 % de femmes exposées à des violences sexuelles sur une année. La peur de la stigmatisation, le manque d'information sur les droits et la difficulté d'accéder aux services judiciaires limitent le signalement des violences..
Les mutilations génitales féminines concernaient 34,1 % des femmes âgées de 15 à 49 ans dans l'enquête MICS 2019.
Les déplacements forcés de population et les crises humanitaires augmentent les risques de violences sexuelles, d'exploitation et d'abus. La stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre pour 2023-2027 prévoit des actions de prévention, de prise en charge médicale, psychosociale, économique et judiciaire des victimes.. Le Fonds des Nations unies pour la population a renforcé ses services de santé reproductive et de protection des femmes et des filles dans les zones touchées par la crise humanitaire en 2025..
Emploi et autonomie économique En 2023, le taux de participation des femmes au marché du travail était de 52,4 %, contre 76,8 % pour les hommes. Les femmes occupent une place importante dans l'agriculture, la transformation alimentaire, le petit commerce et les services, mais une grande partie de leurs activités relève de l'économie informelle.
L'accès à l'emploi salarié montre un écart entre les sexes. Les femmes représentent 2,9 % des personnes disposant d'un emploi salarié, contre 12,2 % chez les hommes. En milieu rural, ces proportions sont de 0,8 % pour les femmes et de 4,7 % pour les hommes. À N'Djaména, 28,3 % des femmes actives occupées sont salariées contre 55,2 % des hommes.
L'accès au crédit, à la propriété foncière, aux formations professionnelles et aux moyens de production constitue aussi une difficulté pour l'autonomie économique des femmes. Dans les zones touchées par les crises humanitaires, des programmes de transferts monétaires permettent à des femmes d'investir dans des activités génératrices de revenus et de disposer directement de ressources financières..
Dans la fiction Dans les années 2000, plusieurs romans d'autrices tchadiennes, comme L'Amitié sans frontière de Clarisse Nomaye, Contre vents et marées de Zenaba Dinguest et Kalam Sutra d'Aché Ahmat Moustapha, donnent à voir les conditions de vie des femmes au Tchad à travers leurs protagonistes féminines.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Condition féminine Droits des femmes Mariage d'enfant Mutilations génitales féminines Violence contre les femmes Éducation au Tchad
* Catégorie:Société tchadienne Catégorie:Droit des femmes Catégorie:Études de genre