En sciences sociales, le cadrage est un ensemble de concepts et de perspectives théoriques expliquant comment les individus, les groupes et les sociétés organisent, perçoivent et communiquent sur la réalité. Le cadrage peut se manifester dans la pensée ou la communication interpersonnelle. Les cadres de pensée consistent en des représentations mentales, des interprétations et des simplifications de la réalité. Les cadres de communication consistent en la transmission de cadres entre différents acteurs. Le cadrage est une composante essentielle de la sociologie, l'étude des interactions sociales entre les êtres humains. Il fait partie intégrante de la transmission et du traitement quotidiens des données. Des techniques de cadrage efficaces permettent de réduire l'ambiguïté de sujets abstraits en contextualisant l'information de manière que les destinataires puissent la relier à leurs connaissances préalables.

En théorie sociale, le cadrage est un schéma d' interprétation, un ensemble de stéréotypes, sur lequel les individus s'appuient pour comprendre les événements et y réagir. Autrement dit, les individus se forgent une série de « filtres » mentaux sous l'influence de facteurs biologiques et culturels. Ils utilisent ensuite ces filtres pour donner un sens au monde. Les choix qu'ils font sont alors influencés par la construction de ce cadre. Le cadrage implique la construction sociale d'un phénomène social, par les médias, les mouvements politiques ou sociaux, les dirigeants politiques, ou d'autres acteurs et organisations. L'appartenance à une communauté linguistique influence nécessairement la perception qu'a un individu des significations attribuées aux mots ou aux expressions. Politiquement, les communautés linguistiques de la publicité, de la religion et des médias sont fortement contestées, tandis que le cadrage dans des communautés linguistiques moins âprement défendues peut évoluer imperceptiblement et organiquement au fil du temps culturel, avec moins de modes de contestation manifestes.

On peut considérer le cadrage en communication comme positif ou négatif, selon le public et le type d'information présentée. Le cadrage peut prendre la forme de cadres d'équivalence, où deux ou plusieurs alternatives logiquement équivalentes sont présentées différemment (voir effet de cadrage), ou de cadres d'accentuation, qui simplifient la réalité en se concentrant sur un sous-ensemble d'aspects pertinents d'une situation ou d'un problème. Dans le cas des « cadres d'équivalence », l'information présentée repose sur les mêmes faits, mais le « cadre » dans lequel elle est présentée change, créant ainsi une perception dépendante du point de référence.

Les effets du cadrage sont observables en journalisme : le cadre qui entoure un sujet peut modifier la perception du lecteur sans qu’il soit nécessaire d’altérer les faits eux-mêmes, puisque les mêmes informations servent de base. Cela se produit par le choix, par les médias, de certains mots et images pour couvrir une histoire. Dans le contexte politique ou de la communication de masse, un cadrage définit la manière dont un élément rhétorique est présenté, de façon à encourager certaines interprétations et à en décourager d’autres. À des fins politiques, le cadrage présente souvent les faits de manière à mettre en évidence un problème nécessitant une solution. Les membres des partis politiques tentent de cadrer les problèmes de façon à faire apparaître une solution favorable à leurs propres convictions politiques comme la meilleure option pour la situation donnée.

Exemples Lorsque nous voulons expliquer un événement, notre compréhension repose souvent sur notre interprétation (cadre de référence). Si quelqu'un ferme et ouvre rapidement un œil, notre réaction varie selon que nous interprétons ce clignement comme un « cadre physique » (il a cligné des yeux) ou un « cadre social » (il a fait un clin d'œil). Ce clignement peut être dû à un grain de poussière (entraînant une réaction involontaire et non significative). Le clin d'œil, quant à lui, implique une action volontaire et significative (pour transmettre un message avec humour à un complice, par exemple).

Les observateurs interpréteront différemment les événements perçus comme purement physiques ou relevant du cadre « naturel » par rapport à ceux considérés comme s'inscrivant dans des cadres sociaux. Cependant, nous n'observons pas un événement pour ensuite lui « appliquer » un cadre. Au contraire, nous projetons constamment sur le monde qui nous entoure les cadres d'interprétation qui nous permettent de leur donner un sens pour les comprendre ; nous ne changeons de cadre (ou ne prenons conscience que nous avons appliqué un cadre par habitude) que lorsqu'une incohérence nous oblige à changer de cadre. Autrement dit, nous ne prenons conscience des cadres que nous utilisons déjà depuis toujours que lorsque quelque chose nous oblige à remplacer un cadre par un autreThis example borrowed from Clifford Geertz: Local Knowledge: Further Essays in Interpretive Anthropology (1983), Basic Books 2000 paperback: Goffman offers the example of the woman bidding on a mirror at an auction who first examines the frame and surface for imperfections, and then "checks" herself in the mirror and adjusts her hat. See Goffman, Erving. Frame Analysis: An essay on the organization of experience. Boston: Northeastern University Press, 1986. , p. 39. In each case, the mirror represents more than simply a physical object..

Si certains considèrent que le « cadrage » est synonyme de « définition de l'agenda », d'autres chercheurs affirment qu'il existe une distinction entre les deux. Selon un article de Donald H. Weaver, le « cadrage » consiste à sélectionner certains aspects d'une question et à les mettre davantage en avant afin de susciter des interprétations et des évaluations spécifiques de cette question, tandis que la « définition de l'agenda » consiste à introduire le sujet en question afin d'accroître son importance et sa visibilité.

En sociologie La théorie du cadrage offre une approche théorique générale utilisée par les analystes dans les sciences de la communication, l'information (Johnson-Cartee, 1995), la politique et les mouvements sociaux (entre autres domaines). Selon Bert Klandermans, la « construction sociale des cadres d'action collective » implique « le discours public, c'est-à-dire le point de rencontre entre le discours médiatique et les interactions interpersonnelles ; la communication persuasive lors des campagnes de mobilisation menées par les organisations militantes, leurs opposants et les organisations de contre-mouvement ; et la prise de conscience lors de moments d'action collective ».

Histoire Le choix des mots est une composante de la rhétorique. La plupart des commentateurs attribuent le concept de cadrage aux travaux d'Erving Goffman sur l'analyse des cadres et se réfèrent à son ouvrage de 1974, L'analyse des cadres : un essai sur l'organisation de l'expérience. Goffman a utilisé la notion de « cadres » pour désigner les « schémas d'interprétation » qui permettent aux individus ou aux groupes de « situer, percevoir, identifier et nommer » les événements et les situations, leur conférant ainsi du sens, organisant leurs expériences et guidant leurs actions. Le concept de cadrage de Goffman est issu de son ouvrage de 1959, La Mise en scène de la vie quotidienne, une réflexion sur la gestion de l'impression. Ces travaux s'appuient sans doute sur le concept d'image de Kenneth Boulding.

Théorie des mouvements sociaux Les sociologues ont utilisé le concept de cadrage pour expliquer le processus des mouvements sociaux. Les mouvements véhiculent des croyances et des idéologies (cf. les mèmes). De plus, ils participent à la construction du sens pour les participants et les opposants. Les sociologues considèrent la mobilisation des mouvements de masse comme « réussie » lorsque les cadres de référence projetés correspondent à ceux des participants, créant ainsi une résonance entre les deux parties. En définitive, un cadrage efficace peut façonner l'issue d'un mouvement en influençant la perception du public, en renforçant l'identité collective et en ouvrant des perspectives politiques.

Le cadrage n'est pas un processus statique, mais une négociation permanente façonnée par des processus discursifs, stratégiques et conflictuels. Les mouvements créent des récits par la discussion et la narration, alignent stratégiquement leurs messages sur des thèmes culturels plus larges et s'adaptent constamment à l'opposition. Des stratégies telles que le rapprochement (établir des liens avec des mouvements apparentés), l'amplification (mettre l’accent sur des thèmes clés), l'extension (élargir les enjeux pour attirer de nouveaux partisans) et la transformation (redéfinir les significations sociétales) jouent toutes un rôle dans la construction du discours des mouvements. Cependant, les mouvements doivent également composer avec le contre-cadrage de leurs opposants, les conflits internes liés au cadrage et à l'évolution de la relation entre les cadres et les événements qui se produisent.

Le succès des efforts de cadrage d'un mouvement dépend de facteurs externes tels que les opportunités politiques, la résonance culturelle et la réception par le public. Le contexte politique peut faciliter ou entraver ces efforts, tandis que les récits culturels déterminent la façon dont les messages du mouvement trouvent un écho auprès du public. De plus, les mouvements adaptent souvent leur cadre pour toucher différents publics, qu'il s'agisse des décideurs politiques, des médias, des militants de terrain ou de recrues potentielles.

Un exemple de manipulation de l'image par les organisations consiste à modifier leur perception du public. Sur la question de l'avortement, un camp se proclame « pro-vie », l'autre « pro-choix ». Ces deux appellations sont intrinsèquement positives. Une personne neutre sur ce sujet les percevrait comme reflétant des valeurs importantes pour tous. Personne ne s'oppose systématiquement à la vie ou au choix, raison pour laquelle ces appellations ont été stratégiquement choisies par les organisations. Cependant, la manipulation de l'image peut servir à diaboliser l'opposition. Un exemple en est l'utilisation des pancartes lors des manifestations pro-choix : l'un des slogans les plus courants est « L'avortement tue ». Chacun s'accorde à dire que tuer une personne est mal, d'où l'utilisation de cette formulation contre les pro-choix. Une telle manipulation modifie la perception du public. Le mouvement d'opposition aux pro-choix utilise la rhétorique et le langage pour influencer l'opinion publique, préférant donner du sujet de la grossesse une perception médicalisée éloignant l'affect de la perception de la vie en formation (par exemple, l’utilisation du mot « IVG » plutôt qu'« avortement », « fœtus » plutôt que du mot « bébé »).

Alignement du cadre David A. Snow et Robert D. Benford (1988) considèrent l'« alignement des cadres » comme un élément important de la mobilisation ou du mouvement social. Ils soutiennent que lorsque des cadres individuels se lient par congruence et complémentarité, un « alignement des cadres » se produit, engendrant une « résonance des cadres », catalyseur du passage d'un groupe d'un cadre à un autre (même si toutes les tentatives de cadrage ne sont pas couronnées de succès). Les conditions qui influencent ou contraignent les tentatives de cadrage sont les suivantes :

« la robustesse, l’exhaustivité et la rigueur du travail de cadrage ». Snow et Benford (1988) identifient trois tâches de cadrage essentielles et affirment que l’attention portée à ces tâches par les responsables du cadrage déterminera la mobilisation des participants. Ils caractérisent ces trois tâches comme suit : Cadrage diagnostique pour l'identification d'un problème et l'attribution de la responsabilité,