Charles Quissarme de Danzay, appelé communément en français Charles de Danzay, né en 1515 à Saint-Maixent en Poitou et mort au Danemark le , est un diplomate français.

Issu d'une famille de petite noblesse, il se convertit au protestantisme lors d'un séjour à Strasbourg. Il est ensuite ambassadeur de France auprès du roi de Danemark-Norvège de 1548 à sa mort en 1589, restant au même poste sous les règnes de cinq rois de France successifs. À partir de Copenhague, il tisse et entretient des liens diplomatiques avec tous les pays riverains de la mer Baltique. Il cherche notamment à y maintenir ou à y rétablir la paix afin que l'empereur du Saint-Empire ne puisse étendre son influence sur des pays affaiblis par des conflits. Ainsi, il joue un rôle important dans la négociation du traité de Stettin de 1570 qui met fin à la guerre nordique de Sept Ans. Danzay cherche aussi à développer le commerce français, jusqu'en Russie.

Ambassadeur protestant d'un roi catholique, inséré dans un réseau politique international protestant, il tente de concilier deux fidélités, à son roi et à ses convictions religieuses. Ainsi, il minimise le rôle de et de Catherine de Médicis dans le massacre de la Saint-Barthélemy et semble croire qu' agit sous la contrainte contre les huguenots à la fin de son règne. Danzay promeut, sans succès, l'idée d'un synode général des protestants afin d'unir luthériens et calvinistes.

Payé très irrégulièrement, il est en proie à des difficultés financières croissantes qui finissent par réduire sa capacité d'action. Quand il meurt, au Danemark, il est criblé de dettes.

Biographie De Saint-Maixent à Copenhague Famille et formation Charles Quissarme de Danzay naît en 1515 à Saint-Maixent en Poitou. Il est le second fils de Jean Quissarme, seigneur de Danzay, et de Jeanne Payen, des notables de Saint-Maixent. Son frère aîné, qui s'appelle Jean comme leur père, est seigneur de La Touche-Gilbert, seigneurie héritée de leur mère, et de Danzay, après la mort de leur père. Ces deux garçons ont également une sœur, Perrette. Charles est appelé « de Danzay » par usage, mais le titre appartient bien à son frère.

La famille Quissarme est de très petite noblesse. Elle appartient à cet ordre depuis l'anoblissement de Thomas Suyreau, appelé Thomas Quissarme, médecin du roi . et arrière-grand-père de Charles. C'est Thomas Quissarme qui a acquis en 1464 la seigneurie de Danzay, située dans la paroisse Saint-Georges-de-Noisné et arrière-fief de l'abbaye de Saint-Maixent, relevant de la châtellenie d'Aubigny. Son fils Charles, appelé Quissarme ou Suyreau, mort en 1502, a été juge et maire de Saint-Maixent et seigneur de Danzay. Le fils aîné de Charles, Jean Quissarme, mort vers 1557/1559, également maire de Saint-Maixent, n'utilise plus le nom de Suyreau et prend le titre d'écuyer à la fin de sa vie. Son épouse Jeanne Payen, avec qui il se marie vers 1511 ou 1512, est comme lui issue d'une famille fraîchement anoblie. Ils sont les parents de Charles de Danzay.

Charles de Danzay fait des études à l'université de Poitiers puis part à Paris rejoindre Amaury Bouchard, ami ou parent de la famille Quissarme, seigneur d'Annezay, auteur d'une apologie des femmes, maître des requêtes de l'hôtel du roi et chargé par de plusieurs missions diplomatiques à l'étranger. Charles de Danzay entre à l'hôtel du roi de France vers 1540-1542, soit à environ 25 ou 27 ans, grâce à l'influence d'Amaury Bouchard. Il est en même temps étudiant à l'université de Paris, où l'on trouve sa trace en 1544. Il étudie les langues vivantes, notamment l'allemand.

De Strasbourg à Copenhague Sa connaissance de l'allemand vaut à Charles de Danzay d'être envoyé en 1547 comme agent secret du roi de France à Strasbourg, ville libre du Saint-Empire, où il feint d'être étudiant. Il y entre en contact avec le stettmeister Jacques Sturm, homme politique de premier plan de la ville et agent du roi de France, dont Danzay transmet les informations. Il y noue aussi des relations avec le pédagogue protestant Jean Sturm et rencontre Jean Calvin, qui, outre ses convictions religieuses, lui fait également partager son intérêt pour l'astronomie et sa condamnation de l'astrologie. Il reste à Strasbourg jusqu'en 1548. C'est pendant ce séjour strasbourgeois qu'il devient réformé, , , , , et .

vignette|redresse=0.8|alt=Peinture représentant un homme debout en armure|, roi de Danemark de 1559 à 1588. Tableau de Hans Knieper (1581).

Grâce à cette mission, Charles de Danzay est connu personnellement du roi de France et du grand maître, le connétable Anne de Montmorency. Après avoir séjourné à Bâle, il est rapidement envoyé au royaume de Danemark, alors en union personnelle avec la Norvège, où il présente ses lettres de créance à la cour du roi le . Il a alors environ 33 ans et ne sait pas qu'il y passera le reste de sa vie comme représentant officiel du roi de France. Il n'a encore que le titre de résident et ne sera nommé ambassadeur ordinaire que plus tard, peut-être dès 1563 et au plus tard en 1565. Au moment où envoie Danzay au Danemark, son roi est une puissance qui compte en Europe du Nord. Le roi de France recherche son alliance afin de faire contrepoids à la puissance de Charles Quint, prolongeant la politique précédemment menée par .

vignette|gauche|redresse=0.8|alt=Texte manuscrit|Page partiellement chiffrée d'une lettre de Danzay au roi (10 janvier 1558)..

Quand il part pour Copenhague, Danzay est gentilhomme de la chambre du roi. Il devient officiellement panetier en 1557. Même alors qu'il est au Danemark, il touche ses gages de panetier, par an, ainsi que ceux de maître d'hôtel, par an. Danzay ne reste pas constamment à Copenhague : il voyage régulièrement en Suède, dans les villes de la mer Baltique et jusqu'en Suisse. Il revient quelques fois en France, l'été. Ainsi, il fait un court séjour dans son pays en 1550, mais repart vite. En effet, le roi projette d'envahir l'Écosse pour conquérir les Orcades, et Charles de Danzay est chargé de l'en dissuader. Après avoir mené à bien cette mission, il revient à Paris en 1553, 1557, 1563 et 1564. Reparti à Copenhague en 1565, il reste ensuite au Danemark.

Son statut peut être résumé dans la titulature employée dans une lettre de envoyée le : pour le roi, il est . Danzay a une place de premier plan à la cour de Danemark. En effet, il y est le seul représentant étranger avec le rang d'ambassadeur ordinaire et, comme il représente le roi de France, il occupe la place qu'aurait tenue ce roi s'il avait été physiquement présent. Quoique de noblesse récente, Danzay a ainsi préséance sur des princes, par exemple l'électeur de Saxe lors du repas de mariage du roi de Danemark en 1572. Entretenant de bons rapports avec le chancelier du Danemark Niels Kaas, qui occupe cette charge de 1573 à sa mort en 1594, Danzay accède facilement au roi , avec qui il a des relations suivies. Il le suit dans ses déplacements dans le royaume, va à la chasse avec lui, et, en 1579, il est le parrain de son deuxième fils, Ulric.

En plus de l'allemand, Danzay acquiert une bonne connaissance des langues scandinaves. et parle couramment danois. Il fait copier dans un registre les lettres qu'il envoie à la cour de France, ce qui permet de connaître son activité. Le registre conservé commence en 1567 et contient des lettres au roi , à la reine mère Catherine de Médicis, aux frères du roi, le futur et François d'Alençon, et à l'un des principaux favoris d', Anne de Joyeuse. Il est probable qu'il y en a eu d'autres pour les périodes précédentes. À partir du règne de , les lettres de Danzay sont souvent doubles, pour le même sujet : une envoyée au roi, plus formelle, et une autre destinée à sa mère Catherine de Médicis, au ton plus libre. Le courrier qu'il envoie au roi est partiellement chiffré, suivant un système homophonique. Le code employé attribue différents symboles aux lettres de l'alphabet les plus utilisées ..

Le rôle central d'un diplomate La guerre et la paix Installé à Copenhague, Danzay voyage régulièrement en Suède, dans le but d'établir de bonnes relations avec le roi , tout en maintenant l'amitié entre la France et le Danemark, y compris quand les rois de France se succèdent, avec l'avènement de , puis de . Il doit veiller à la paix entre la Suède et le Danemark afin que l'empereur du Saint-Empire ne puisse pas profiter de leur éventuel affaiblissement et gagner en influence en Europe du Nord, , , et . En 1575, Danzay rappelle lui-même sa principale mission, qui lui a été donnée sous le roi :

vignette|gauche|redresse=0.8|alt=carte géographique de la Scandinavie|Les pays scandinaves en 1561 : le Danemark-Norvège en rouge, la Suède en orange et l'Estonie qui devient suédoise en jaune.

vignette|redresse=0.8|alt=page grise avec des écritures noires|Signataires (dont Charles de Danzay, seul nom de la colonne centrale) du traité de Stettin de 1570.

En 1563, quand éclate la guerre nordique de Sept Ans entre la Suède et le Danemark, la France charge Danzay de tenter de réconcilier ces deux pays, d'abord sans succès. En 1564, il transmet à la demande du Danemark, qui réclame des bateaux de guerre français, ce que la France n'accorde pas. Il tente ensuite diverses démarches auprès des Suédois et des Danois pour aboutir à la paix et cherche à obtenir le soutien de l'électeur de Saxe, , de la ville de Lübeck (où il se rend ensuite en 1567 et en 1568) et du roi de Pologne à ses projets de paix. En 1565, il est accepté comme intermédiaire, au nom du roi de France, par le roi de Suède et par le roi de Danemark . Quand ce dernier tente de recruter des soldats en France, Danzay le prépare au refus prévisible du roi de France.

En 1566-1567, Danzay échange une correspondance régulière avec le roi de Suède au sujet d'une éventuelle paix et tente d'obtenir des échanges de prisonniers. Malgré les efforts de Danzay, pour lesquels le félicite, les discussions restent bloquées, et la conférence prévue à Stralsund en 1567 ne débouche sur rien. Danzay revient rapidement en France à la fin de l'année 1567 puis repart. Le , il se trouve à Copenhague auprès du roi de Danemark. En 1568, le roi de Suède est renversé par son frère , qui fait savoir à Danzay qu'il est disposé à faire la paix, mais les pourparlers traînent encore. La paix, plutôt favorable au Danemark, est finalement conclue le . C'est un triomphe pour Danzay et pour le roi de France qu'il représente, cité dans le traité de paix. Cet aboutissement est largement son œuvre, sa médiation ayant contribué à la paix..

Autres négociations Danzay est aussi au service de la reine mère Catherine de Médicis, à qui il fournit en 1570 huit haquenées qu'il fait acheter en Pologne-Lituanie et livrer en France, ce qui occasionne une dépense importante. À la demande de la reine, il recrute un nain de cour, Jean Krassowski, dit le petit Domine, à la cour de Prusse et le lui envoie en 1572. Jean Krassowski reste ensuite en France jusqu'à sa mort, le .

vignette|redresse=0.8|alt=Portrait d'un homme barbu, debout, aux habits noirs décorés de jaune|, roi de Suède de 1568 à 1592. Tableau de Johan Baptista van Uther (1582).