Karen Hao est une chercheuse américaine du domaine de la science des données et de l'intelligence artificielle, et également journaliste indépendante d'investigation et de vulgarisation, publiant notamment dans The Atlantic, après avoir été correspondante à l'étranger pour le Wall Street Journal à Hong Kong et rédactrice en chef adjointe spécialisée en intelligence artificielle au MIT Technology Review.
Elle est surtout connue pour ses articles sur la recherche en IA, l'éthique des technologies et son rôle de lanceuse d'alerte sur les impacts psycho-sociétaux et les dérives impérialistes de l'industrie de l'IA dans le monde... Hao a aussi coproduit le podcast de vulgarisation scientifique In Machines We Trust et rédigé la lettre d'information The Algorithm..
Auparavant, elle a travaillé chez Quartz comme journaliste spécialisée en technologies et analyste de données, et comme ingénieure d'application dans la première start-up issue de X Development. Ses articles ont également été publiés dans Mother Jones, Sierra Magazine, The New Republic et d'autres revues.
Enfance et éducation La langue maternelle de Karen Hao est à la fois l'anglais et le chinois mandarin.
Après un diplôme de Lawrenceville School en 2011., elle a ensuite étudié au Massachusetts Institute of Technology (MIT), où elle a obtenu un BS en génie mécanique et une mineure en études énergétiques en 2015.. Puis elle est partie à San Francisco pour une start-up de la Tech, où elle découvre ce qu'est la Silicon Valley.
Elle s'est intéressée à l'IA en Afrique où les laboratoires d'IBM au Kenya et en Afrique du Sud ainsi que celui de Google au Ghana mènent des recherches de pointe comparables à celles des grands centres mondiaux, mais selon elle dans un contexte géographique qui leur permet d'aborder des défis spécifiques (accès à la santé, inclusion financière, sécurité alimentaire, efficacité des services publics...), ce qui leur ouvre des pistes scientifiques que l'on ne pourrait pas explorer dans d'autres régions Hao K (2019) The future of AI research is in Africa. Technol Rev, 21(10.1186)..
Influences
Karen Hao dit avoir été très marquée et influencée par :
un article de 2020 « Decolonial AI: Decolonial Theory as Geopolitical Strategy in Artificial Intelligence » (qui peut être traduit par « Intelligence artificielle décoloniale : La théorie décoloniale comme stratégie géopolitique en intelligence artificielle »), coécrit par Shakir Mohamed, Marie-Therese Png et William Isaac, qui est une analyse critique des systèmes d'IA de type LLM vus au travers du prisme de la théorie décoloniale. Selon les auteurs, l'Industrie de l'IA contemporaine reproduit des dynamiques de pouvoir héritées du colonialisme, notamment par l'extraction massive de données, l'exploitation de la main-d'œuvre dans les pays du Sud global et l'imposition de normes culturelles occidentales via des algorithmes opaques. Pour contrer ce « colonialisme algorithmique ». Ils préconisent une notion socio-technique de justice algorithmique, la souveraineté des données et la participation directe des communautés marginalisées à la conception des systèmes. Ils proposent trois tactiques pouvant former un champ décolonial pour l'IA : créer une pratique technique critique de l'IA, chercher la tutelle inverse et les pédagogies inversées, renouveler des communautés affectives et politiques. Selon eux, une vague de nouvelles percées scientifiques et de technologies motivées par la recherche sur l'IA est attendue, ce qui obligera les communautés d'IA à renforcer le contrat social par la prospective éthique et la multiplicité des perspectives intellectuelles à notre disposition. Il faut soutenir les technologies futures qui conduiraient à un plus grand bien-être, avec l'objectif de bienfaisance et de justice pour tous. Il s'agit de transformer l'IA qui est devenue un instrument de surveillance et de profit ...au profit d'un outil d'émancipation et de réparation sociale ; en intégrant des mécanismes de redevabilité et des savoirs locaux souvent invisibilisés par l'hégémonie technologique des pays du Nord. selon les auteurs, ..
un autre article : The Costs of Connection: How Data Is Colonizing Human Life et Appropriating It for Capitalism ; Colonized by Data (publié en ) et ont théorisé la notion de « colonialisme par les données ».., co-écrit par deux autres chercheurs : Ulisse A. Mejias et Nick Couldry, professeur d'études de communication à l'Université d'État de New York ; et professeur de médias, de communications et de théorie sociale à la London School of Economics et professeur associé au Berkman Klein Center for Internet & Society de l'Université Harvard. Après avoir noté qu', Mejias et Couldry postulent que l'appropriation massive, croissante et continue des données personnelles par les GAFAM et certaines entreprises technologiques est une nouvelle phase de l'histoire coloniale : au lieu de s'emparer de nouveaux territoires physiques et géographique comme l'ont fait autrefois les pays colonisateurs, pour y voler ou mal-acquérir des ressources minières, forestières et agricoles, pour la richesse et de la domination, depuis le milieu des années 2010 au moins, comme l'a révélé le Scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ, les GAFAM et d'autres entreprises technologiques volent désormais les données personnelles qui sont importantes pour nos vies. C'est l'esprit, la vie humaine et les relations sociales qui sont aujourd'hui transformés en data, nouvelle ressource brute extractible à des fins de profit, généralement sans consentement éclairé de la personne, et au service d'un nouvel ordre social de surveillance ; avec pour ces entreprises . Selon les auteurs, cela déshumanise et érode l'autonomie individuelle, reproduisant, d'une autre manière, les inégalités historiques et un monde asymétrique, à une échelle cette fois algorithmique. Et affirment Couldry et Mejias, qui se sont eux-mêmes appuyés sur d'autres auteurs comme Jim Thatcher et al (2016) Thatcher Jim, O'Sullivan David, Mahmoudi Dillon. 2016. « Data Colonialism through Accumulation by Dispossession: New Metaphors for Daily Data », Environment and Planning D: Society and Space 34 (6): 990–1006 . ; ils appellent à une décolonisation de notre environnement numérique pour protéger l'intégrité de l'expérience humaine face à cette exploitation systémique...
Carrière Karen Hao est reconnue dans le monde de la technologie pour son travail de veille technologique et d'analyses des dernières recherches en intelligence artificielle, et sur les impacts sociétaux et éthiques de l'IA. Ses écrits portent sur la recherche et les problématiques liées à la protection des données par les géants du numérique, la mésinformation, les deepfakes, la reconnaissance faciale et les outils d'IA dans le domaine de la santé.
En 2019 après une enquête et trois jours d'immersion au sein d'OpenAI, elle publie un reportage fondé sur un accès exceptionnel aux dirigeants, sur des dizaines d'entretiens et sur des documents internes. Elle y révèle la transformation rapide de ce laboratoire de l'IA, passé en quelques mois d'un idéal de transparence et de recherche ouverte à une organisation plus secrète, centralisée et orientée vers la course à l'AGI. Ce travail lui vaudra l'hostilité d'OpenAI et sera le point de départ du livre qu'elle écrira sur l'empire de l'IA.
En , l'un de ses articles a apporté des informations inédites sur le fait que les efforts de différentes équipes de Facebook pour lutter contre la désinformation grâce à l'apprentissage automatique étaient entravés au sein de l'entreprise, et constamment en contradiction avec la volonté de la direction de Facebook d'accroître l'engagement des utilisateurs.... Des dirigeants de Facebook comme Mike Schroepfer et Yann LeCun ont immédiatement critiqué son article, sur Twitter., mais des chercheurs et chercheuses en IA et expertes en éthique de l'IA comme Timnit Gebru et Margaret Mitchell lui ont apporté leur soutien et plaidé pour des changements et des améliorations qu'elles jugent urgents et d'intérêt général..
Hao a également coproduit le podcast In Machines We Trust, qui aborde l'essor de l'IA avec des experts et personnalités qui développent, étudient ou utilisent les technologies d'IA. Ce podcast a été primé par le Front Page Award en 2020 dans la catégorie journalisme d'investigation..
Hao créé des visualisations de données, notamment présentées dans ses travaux pour la MIT Technology Review et ailleurs. En 2018, sa visualisation sous forme de diagramme de flux intitulée « What is AI? » (« Qu'est-ce que l'IA ? ») a été exposée comme installation au Musée des arts appliqués de Vienne..
Elle a été invitée à la conférences TEDxGateway, à la Fondation des Nations Unies, à EmTech, à WNPR, et à de nombreux autres événements et dans divers podcasts.. Sur TEDx elle a exposé l'importance de démocratiser la conception de l'IA.
En 2022, elle a co-publié une analyse montrant durant la pandémie, l'algorithme de priorisation vaccinale de Stanford, fondé sur un score automatisé de risque, a conduit à exclure de nombreux médecins de première ligne de l'accès prioritaire au vaccin contre le COVID‑19 Eileen Guo et Karen Hao (2022) Chapitre : This Is the Stanford Vaccine Algorithm That Left out Frontline Doctors ; Ethics of Data and Analytics, 1st Edition ; Imprint Auerbach Publications .. En mars (2022) elle a été embauchée par The Wall Street Journal pour couvrir la technologie et la société chinoises, tout en étant basée à Hong Kong. ; elle quitte le WSJ en 2023 pour se consacrer entièrement à un livre qu'elle préparait sur ce qu'elle nomme l'« empire de l'IA » et Sam Altman (le patron d'OpenAI dont elle avait déjà publié, en 2019, après 3 jours d'immersion chez Open AI un portrait pour le au MIT Technology Review).
En , elle publie son livre, intitulé Empire of AI: Dreams and Nightmares in Sam Altman's OpenAI, basé sur plus de 150 entretiens faits avec 260 employé·es d’OpenAI (actuel·les et ancien·nes)..., qui a été un best-seller du New York Times, et nommé Livre de l'année par le Financial Times...
Prix et distinctions sélectionnés Nommée aux Webby Awards 2019 pour la meilleure newsletter, en tant qu'auteur de The Algorithm ; Prix Front Page 2021 du journalisme d'investigation, en tant que coproducteur de In Machines We Trust ; Nommée aux Ambies Awards 2021 dans la catégorie meilleur podcast de connaissances et de sciences, en tant que coproducteur de In Machines We Trust. ; Nommée aux Webby Awards 2021 pour le meilleur podcast technologique, en tant que coproducteur de In Machines We Trust. ; Prix des médias humanistes américains 2024. ; 2025 TIME100 AI, nommée par le magazine TIME comme l'une des 100 personnes les plus influentes dans le domaine de l'intelligence artificielle..
Concept d'un nouvel impérialisme, basé sur l'IA Dans une série de quatre articles sur le « colonialisme de l’IA », Karen Hao a décrit la façon dont les systèmes d’IA construits dans les pays riches dépendent des ressources et des personnes de pays ou de communautés pauvres. Elle décrit des schémas d’extraction et d’inégalité qui sont familiers pour ceux qui étudient les impérialismes. Elle approfondit ses arguments dans son livre, et dans diverses interviews, elle montre que l'industrie américaine de l'intelligence artificielle ne relève pas seulement d'un capitalisme technologique classique, mais qu'il renoue avec des formes de pouvoir comparables à celles des grands empires coloniaux.
Dans ses travaux, notamment dans son ouvrage Empire of AI: Dreams and Nightmares in Sam Altman's OpenAI (2025) et dans ses articles pour The Atlantic et MIT Technology Review, elle décrit les grandes entreprises d'IA, en particulier OpenAI, comme des organisations qui cherchent à rapidement et mondialement étendre leur emprise, dans le contexte de leur course à l'IA générale.