La bataille de la Roche de Mûrs, aussi appelée bataille des buttes d'Erigné, se déroule le lors de la guerre de Vendée. Elle oppose les forces républicaines de l'Armée des côtes de La Rochelle commandées par le général Charles Duhoux d'Hauterive aux Vendéens de l'Armée d'Anjou, menés par Charles de Beaumont d'Autichamp.

L'attaque est lancée par l'armée vendéenne avec pour objectif de s'emparer du pont sur le Louet à Erigné, puis des ponts sur la Loire aux Ponts-de-Cé, pour ensuite prendre Angers et provoquer de nouvelles insurrections dans le nord de l'Anjou, le Maine et la Bretagne.

La bataille s'achève par la victoire des Vendéens, qui prennent d'assaut le camp de la Roche de Mûrs et les redoutes de la Roche d'Erigné, près des bourgs de Mûrs et d'Erigné, puis qui investissent la ville des Ponts-de-Cé, abandonnée par les républicains après un mouvement de panique. Leur progression n'est arrêtée qu'en fin de journée, aux abords d'Angers.

À partir du , le récit de la bataille est mythifié par différents auteurs qui transforment la retraite républicaine à la Roche de Mûrs en une résistance héroïque s'achevant par la destruction complète d'un bataillon et le suicide de l'épouse du commandant Bourgeois, préférant se jeter dans la rivière avec son enfant plutôt que de se rendre aux Vendéens.

En 1891, peu après le centenaire de la Révolution, dans un contexte de lutte politique et mémorielle opposant droite royaliste et catholique à gauche républicaine et anticléricale, un monument est érigé à la Roche de Mûrs, en hommage aux soldats du bataillon de volontaires de Paris tués lors des combats.

Prélude Au printemps et à l'été 1793, les forces vendéennes de l'Armée catholique et royale remportent une série de victoires sur les forces républicaines, mais leur élan est brisé fin juin devant les murs de Nantes. Les patriotes tentent alors de reprendre l'initiative en menant des offensives sur le territoire insurgé, mais ils subissent à leur tour des revers. Après un succès le 15 juillet à la bataille de Martigné-Briand, les troupes républicaines de l'Armée des côtes de La Rochelle sont battues le 18 à la bataille de Vihiers. Le 23, la ville d'Angers est mise en état de siège sur proposition du général Duhoux.. Le 24, elle est informée de la nomination par le Conseil exécutif du général Rossignol à la tête de l'Armée des côtes de La Rochelle.

De son côté, le général royaliste Charles de Bonchamps, chef de la division d'Anjou de l'Armée catholique et royale, décide de profiter de la débâcle des troupes républicaines pour pousser en direction d'Angers. Son objectif est alors d'occuper cette ville pour pouvoir faire passer une partie de ses troupes au nord de Loire et ranimer l'insurrection dans le nord de l'Anjou, le Maine et la Bretagne. Cependant pour atteindre Angers, les Vendéens doivent franchir le Louet à Mûrs-Erigné, puis la Loire aux Ponts-de-Cé.

Le 19 ou le , les républicains s'emparent de Mûrs après une escarmouche contre les forces vendéennes. Le 20 ou le 21, ils commencent l'édification d'un camp retranché à la Roche de Mûrs. Le 22, républicains sortent du poste de Grande Claye et surprennent 700 à retranchés dans le château de la Crossonnière, près de Mozé. Celui-ci est partiellement détruit ou incendié par l'artillerie républicaine qui tire à boulet rouge. Selon les patriotes, les Vendéens laissent sur place une centaine de tués, dont plusieurs brûlés. Trois paysans sans arme sont également fusillés. Dans la soirée, les républicains incendient le château de la Morinière, près de Soulaines et une partie du bourg de Mozé. Le lendemain, le château de Haute Berge, au sud de Mozé, est incendié à son tour. Le 24 juillet, un détachement d'une centaine d'hommes mené par le commandant Bourgeois est mis en fuite à Denée et se replie sur Mûrs. Le 25 juillet, les forces vendéennes de l'Armée d'Anjou arrivent à Saint-Lambert-du-Lattay. Le 26, elles lancent l'attaque sur Mûrs-Erigné et Les Ponts-de-Cé.

Forces en présence Les troupes républicaines sont constituées du de volontaires de Paris, dit , fort d'environ et dirigé par le lieutenant-colonel Alexandre-François Quirin Laurent de Rocquigni des Londes, dit Deslondes., et le lieutenant-colonel Charles-François Bourgeois. ; du de volontaires de Paris, dit , fort de . commandés par le lieutenant-colonel Jean-Pierre Boucret ; du bataillon des chasseurs de Jemmapes, commandé par le lieutenant-colonel Bouglé ; du bataillon des volontaires de la Sarthe, commandé par le colonel Laruel ; et du . L'ensemble de ces forces est sous les ordres du général de division Charles Duhoux d'Hauterive, commandant en chef par intérim de l'Armée des côtes de La Rochelle, et du général de brigade Jacques Ollivier Desclozeaux. D'après le rapport au ministre de la guerre des commissaires Besson et Brulé, le poste des buttes d'Erigné est défendu par . Les insurgés estiment quant à eux les patriotes à , d'après un bulletin du Conseil supérieur de la Vendée.

Le nombre des Vendéens n'est pas connu. Il est estimé entre et par Bourgeois, entre et par l'adresse du à la société des jacobins et à entre et par Nicolas Poincenet, un vétéran du de Paris. Grièvement blessé à la bataille de Martigné-Briand, Bonchamps ne participe pas à l'affrontement et remet son commandement à Charles de Beaumont d'Autichamp, secondé par Jacques-Nicolas Fleuriot de La Freulière, Marie Paul de Scépeaux de Bois-Guignot, Jean-Lambert-Louis Duhoux d'Hauterive et Sébastien Cady.

Déroulement Déploiement

Le matin du , les Vendéens lancent l'attaque. Selon le lieutenant-colonel Bourgeois, les assaillants engagent le combat en poussant .

Le de Paris est alors en première ligne à Mûrs-Erigné, où il occupe le camp de la Roche de Mûrs et les redoutes de la Roche d'Erigné., qui couvrent les ponts sur le Louet et la Loire. Le bataillon de Paris et le bataillon de Jemmapes sont installés dans l'île Saint-Maurille des Ponts-de-Cé, tandis que le bataillon de la Sarthe occupe Saint-Aubin des Ponts-de-Cé, le château et l'Île-Forte. Quelques soldats des bataillons de Jemmapes et de la Sarthe sont cependant détachés aux avant-postes du Chêne rond et de Grand Claye.. Les généraux Duhoux et Desclozeaux se trouvent quant à eux au château des Ponts-de-Cé avec le régiment de dragons.

Dès l'annonce de l'arrivée des rebelles, le lieutenant-colonel Deslondes s'éclipse avec la majeure partie de son état-major pour aller rejoindre le de Paris. Mais son entrée sur l'île Saint-Maurille, où il jette l'alarme, provoque la panique des soldats du , qui prennent la fuite, sans même avoir aperçu l'ennemi, et entraînent avec eux les Belges du bataillon de Jemmapes.

Les Vendéens avancent alors sur quatre colonnes : la première sur le camp de la Roche de Mûrs, la seconde sur les moulins près du bourg d'Erigné, la troisième sur les redoutes de la Roche d'Erigné et la quatrième, plus éloignée des autres et menée par Scépeaux, sur le bourg de Brissac-Quincé. Leur cavalerie est placée sur leur aile droite.

Prise de la Roche de Mûrs et de la Roche d'Erigné

À la Roche de Mûrs, le lieutenant-colonel Bourgeois donne l'ordre à ses troupes de battre en retraite.. Pour contenir les Vendéens et protéger la retraite du bataillon, il poste une petite ligne de défense avec quelques canons entre les tentes et les épaulements de terre à l'entrée du camp. Pour se replier, les républicains n'ont alors d'autre choix que de descendre la roche, puis de franchir le Louet en contrebas.

Depuis les redoutes d'Erigné, les soldats voient au loin des hommes de Bourgeois effectuer leur descente et s'imaginent que ce sont des Vendéens qui tentent de les contourner. Alors que de face, ils sont pris sous le feu intense des rebelles, les défenseurs de la Roche d'Erigné, forts de seulement une centaine d'hommes avec deux canons, cèdent à la panique et prennent la fuite. Selon les sources, leur résistance a duré entre dix minutes et une demi-heure. Les fuyards se replient alors sur Les Ponts-de-Cé, mais ils perdent selon le témoignage de l'un d'entre eux, le soldat Nicolas Poincenet. D'après les mémoires de la combattante vendéenne Renée Bordereau, qui participe à la poursuite avec quelques cavaliers, certains fuyards se seraient jetés du pont et se seraient noyés dans la Loire..

Pendant ce temps, à la Roche de Mûrs, les hommes de Bourgeois poursuivent leur retraite. Mais dans l'affolement, plusieurs d'entre eux se blessent sur les rochers et quelques-uns se noient dans le Louet. La ligne de défense est prise en arc de cercle par les Vendéens et cède après une courte fusillade. Plusieurs républicains se rendent, d'autres tentent de poursuivre la descente de la roche. Selon le lieutenant-colonel Bourgeois, plusieurs volontaires se fracassent les membres ou sont fusillés lors de la descente. Quatre hommes tentent la traversée à la nage avec lui, mais deux d'entre eux sont tués et lui-même est blessé au bras gauche.

Un combattant vendéen nommé Julien Gabriel Vallée laisse un court témoignage de la prise de la Roche de Mûrs dans ses mémoires : .. Selon l'historien Philippe Candé, il est probable que Bourgeois ait fait partie de ces trois fuyards, mais ceux-ci ne sont sans doute pas les seuls rescapés, d'autres soldats républicains ayant vraisemblablement réussi la traversée avant eux.

Prise des Ponts-de-Cé

Au château des Ponts-de-Cé, les généraux Duhoux et Desclozeaux et les chefs de bataillons Bouglé et Laruel sont surpris par les combats alors qu'ils s'apprêtaient à dîner en compagnie d' travesties en aides de camp selon le témoignage d'Audouys, administrateur du district d'Angers et commissaire à la suite de l'armée. Témoins de la déroute des soldats du de Paris et du bataillon de Jemmapes, ils prennent la fuite à leur tour, sans donner le moindre ordre pour tenter de défendre le passage. Duhoux s'enfuit en berline. jusqu'à La Flèche. À moitié ivre, le général Desclozeaux tente de rallier les fuyards à Angers sur la place du Champ de Mars, mais sans grand succès.

Bourgeois et les rescapés de la Roche de Mûrs franchissent quant à eux les deux autres bras de la Loire à la nage et arrivent à Angers sans uniformes et sans armes. D'autres volontaires parisiens pillent le château de d'Autichamp à Sainte-Gemmes-sur-Loire.

De leur côté, les Vendéens passent le pont sur la Loire, long de , et occupent la ville des Ponts-de-Cé. Ils peuvent ensuite avancer jusqu'aux abords d'Angers.

Quelques éléments du bataillon de Jemmapes et peut-être de celui de la Sarthe tentent une contre-attaque sur Les Ponts-de-Cé en fin de journée, mais ils sont repoussés et poursuivis jusqu'au faubourg Bressigny. La garde nationale d'Angers intervient alors et repousse à son tour les Vendéens qui se replient sur la Loire. Les combats prennent alors fin.

Pertes Après les combats, les corps des soldats républicains tués à la Roche de Mûrs sont enterrés sur place. Le , le bulletin du Conseil supérieur de la Vendée annonce un bilan de tués, dont un grand nombre noyés après s'être précipités dans la Loire, 300 faits prisonniers, quatre canons capturés et un autre tombé dans la rivière. Le soldat du bataillon Nicolas Poincenet rapporte pour sa part que le , il se fit pour son bataillon un , et que sur un effectif initial de mille hommes, .

En 1876, l'historien républicain Célestin Port écrit que les 600 hommes de Bourgeois ont été . En 1892, Charles-Louis Chassin affirme également que pas moins de républicains ont été précipités dans la Loire. La plaque du monument de la Roche de Mûrs, érigé en 1891, fait mention de ..