C'est la faute du mari est une pièce de théâtre écrite par Delphine de Girardin et jouée pour la première fois au Théâtre-Français le . Elle fera l'objet de . La pièce appartient au genre du proverbe ou de la comédie-proverbe qui consiste à illustrer une maxime grâce au théâtre. La maxime en question est ici : les bons maris font les bonnes femmes, plaçant ainsi la totale responsabilité sur le mari.
La pièce, inspirée d'Un caprice d'Alfred de Musset et de l'École des femmes de Molière, sera reçue avec un certain succès, et les critiques seront plutôt élogieuses, affirmant qu'avec la comédie, Delphine de Girardin a trouvé sa voix. Ce succès est attesté par plusieurs mentions ponctuelles de la pièce entre les années 1860 et 1890 et avec une représentation plus tardive au théâtre Michel en 1885, confirmant ainsi l'influence de la dramaturge à son époque.
Contexte de création C'est la faute du mari marque tout d'abord le retour dramaturgique de Delphine de Girardin après l'interruption dans sa production à cause des évènements politiques de 1848, mais la comédie-proverbe marque également sa deuxième tentative dans le domaine de la comédie après L'École des journalistes, pièce écrite en 1839 qui avait été censurée et privée de représentation. Selon la professeure Joyce Johnston, la censure de sa première comédie s'est révélée formatrice pour Delphine de Girardin, lui faisant comprendre le risque lié à la présentation d'une critique ouverte de la société contemporaine.
La décision de se tourner vers la comédie est motivée par la volonté d'oublier les problèmes personnels et politiques de la période : en effet, selon Madeleine Lassère, Delphine de Girardin, fatiguée des « faux-semblants » politiques et du « mal insidieux qu’elle sentait à l’œuvre dans ses entrailles », aurait choisi de composer C’est la faute du mari pour oublier ces divers troubles et « tenir les malheurs à distance » par le rire. La direction comique de son œuvre se confirmera au fil de sa carrière : bien que Delphine de Girardin se soit déjà fait un nom avec ses deux tragédies, Judith (1843) et Cléopâtre (1847), C'est la faute du mari marque un tournant dans sa carrière qui sera, dès les années 1850, axée sur la comédie. Après ce proverbe, la dramaturge écrira Lady Tartuffe (1853), La joie fait peur (1854), Le chapeau d'un horloger (1854) et Une femme qui déteste son mari (1856), quatre comédies. Les trois dernières pièces marquent la préférence de Delphine de Girardin pour « la pièce brève, composée d'un seul acte, qui peut prendre l’allure du proverbe ou du vaudeville, et dans laquelle [elle] donne, de l’avis général, les meilleurs exemples de son théâtre ». Avec ce proverbe en un acte, Delphine de Girardin se conforme aux stéréotypes de genre concernant l'écriture dite « féminine » : elle aborde en effet le théâtre avec un genre mineur, en format bref, traitant de « questions sentimentales, domestiques, relatives à l'espace privé, comme le mariage [et] le spectre de l'adultère ». Ce choix se révèle être une stratégie partagée par de nombreuses femmes artistes, souvent contraintes d'adopter une posture plus féminine afin d'éviter la censure et de pouvoir faire entendre leurs voix. Les genres mineurs tels que les petites comédies, les proverbes et les vaudevilles sont généralement une bonne alternative pour échapper à la censure : considérés comme des « distractions », ils ne peuvent contenir des messages politiques subversifs.
Dans la presse contemporaine, la pièce apparaît généralement sous le titre C'est la faute du mari ou Les Bons maris font les bonnes femmes. Cette appellation est représentative des deux traditions liées au genre du proverbe : la première, typique du théâtre de société du à l'origine du genre, qui consiste à laisser deviner aux spectateurs la maxime illustrée par le proverbe; la deuxième, qui consiste à mettre la maxime comme titre ou sous-titre de la pièce ou à la faire prononcer par un personnage en guise de conclusion lors de la scène finale. Dans C'est la faute du mari, c'est la marquise d'Arcueil qui prononce le mot du proverbe, la morale à la fin de la pièce.
Inspirations Comme le note Sylvain Ledda, spécialiste du théâtre romantique, le proverbe et la comédie «reviennent discrètement au goût du jour, jusqu'à envahir les théâtres à la suite du succès dUn caprice [d'Alfred de Musset] en 1847 ». Delphine de Girardin s'installe donc dans cette nouvelle mode du proverbe lancée par Musset quelques années auparavant. Sylvain Ledda n'est d'ailleurs pas le seul critique à évoquer les similitudes entre C'est la faute du mari et Un caprice : Giovanna Bellati note aussi que « les thématiques et la situation sont proches » entre le proverbe de Delphine de Girardin et celui de Musset.
Dans la littérature critique, C'est la faute du mari est souvent rapprochée de la pièce de Molière, L’École des femmes. Joyce Johnston montre le parallèle entre les propos de Fernand et ceux d'Arnolphe concernant la dynamique des relations amoureuses entre homme et femme, soulignant le retournement de cette dynamique dans la pièce de Delphine de Girardin. Alors qu'Arnolphe, mari autoritaire par excellence, conçoit le couple comme un contrat de subordination de la femme envers l'homme, Fernand inverse cette idée en expliquant qu'il faut de l'amour réciproque entre les deux époux, dont découlera une soumission mutuelle et volontaire entre eux. Ainsi, tout comme Delphine de Girardin s'inspirera du Tartuffe de Molière pour créer Lady Tartuffe, il est possible qu'elle se soit déjà inspirée de son œuvre L’École des femmes pour créer ce proverbe. C'est la faute du mari, pièce qui traite des relations maritales et familiales, revêt un « aspect autobiographique » : en premier lieu, à travers la supériorité de l'amour maternel de la marquise d'Arcueil pour sa fille Marguerite, qui rappelle la figure essentielle que fut Sophie Gay pour Delphine de Girardin. Dans un second temps, son mariage avec Emile de Girardin, « dans lequel elle eut à souffrir des absences, de la désaffection et des nombreuses infidélités de son mari » pourraient avoir inspiré les conflits des couples dans ses pièces.
Tout comme la collaboration entre Delphine de Girardin et Mademoiselle Rachel a inspiré la création des rôles de Judith et Lady Tartuffe, il est possible que Madame Allan ait inspiré Delphine de Girardin pour la création du rôle de la marquise d’Arcueil. C'est notamment ce que suggère Mathurin-Joseph Brisset dans le numéro du 5 mai 1851 dans La Gazette de France 05 mai 1851:
Pour ce dramaturge français, il apparaît clair que Madame Allan est la source d'inspiration pour le rôle de la marquise. Dans l'article, il qualifie d'ailleurs l'actrice d'« héroïne des dévoûmens intimes », ce qui convient pour ce proverbe restreint à la sphère privée, autrement dit, dans le domaine domestique. En considérant le rapport de Madame Allan avec le proverbe Un caprice de Musset, l'hypothèse qu'elle ait pu inspirer Delphine de Girardin pour un autre proverbe semble possible. En effet, Madame Allan a eu de l'influence sur le retour en force d'''Un caprice : ayant assisté à une représentation du proverbe de Musset en Russie, au théâtre Michel de Saint-Pétersbourg, et ayant été impressionnée par la performance de l'actrice Alexandra Karatyguina dans le rôle de de Léry, elle avait souhaité reprendre le rôle à son tour, ce qui arrivera lors de son retour à Paris en 1847. La pièce
Intrigue L'histoire se passe en 1847. La pièce s'ouvre sur une scène muette dans laquelle le comte Edgar d'Hauterive s'agite. Lorsque sa femme Laurence entre dans le salon, il l'ignore froidement, car il pense qu'elle le trompe avec Fernand, son pupille. De son côté, Laurence pense que son mari ne l'aime pas, c'est pourquoi elle reçoit les attentions de Fernand avec plaisir. La marquise d'Arcueil, ancienne maîtresse du comte, comprend qu'il y a un problème entre les deux époux et désire les aider. Lors d'une discussion avec Edgar dans laquelle celui-ci lui demande comment elle a fait pour l'oublier, la marquise le confronte en l'accusant d'être responsable de son malheur et expose la jalousie d'Edgar envers sa femme. La marquise parle également avec Laurence et lui apprend qu'elle a aimé le comte : elle présente un portrait de lui totalement différent de celui de Laurence. Cette dernière, en apprenant que son mari est jaloux, est ravie. Les deux femmes écoutent non sans crainte la confrontation entre le comte et Fernand : ce dernier juge aussi que le comte est coupable, et il lui explique qu'il devrait abandonner sa froideur et aimer sa femme au grand jour, ce que le comte accepte. Ayant entendu cela, la marquise et Laurence paraissent à la porte-fenêtre, les deux époux reconnaissent leurs torts respectifs et Laurence décide de marier Fernand à Marguerite, la fille de la marquise. Fernand s'en va, le comte demande à la marquise s'il est vrai qu'elle ne l'aime plus, ce qu'elle affirme sur son honneur, puis elle termine par le mot du proverbe : « ce sont les bons maris qui font les bonnes femmes ».
Thèmes Relations maritales
Le titre même de la pièce, à travers le terme de mari, indique la thématique conjugale du proverbe : bien qu'il annonce une accusation directe du mari, la légèreté de ce même titre crée une certaine ambiguïté, rendant ainsi plus difficile de discerner quelle importance lui donner. Ce choix de thématique correspond à la tendance de la première moitié du qui voit apparaître la création de nombreuses œuvres théâtrales au sujet des relations maritales, de la question de l'adultère, et plus largement au sujet des rapports entre les hommes et les femmes. Le mariage se présente comme un thème adapté pour les femmes : dans Le Constitutionnel du 5 mai 1851, Auguste Lireux félicite Delphine de Girardin d'avoir eu « la conscience de choisir un véritable sujet de femme mariée » en soulignant que « son expérience propre » a pu lui servir pour en parler. Le mariage, sujet propice à l'écriture féminine, constitue également un lieu privilégié pour parler des rapports entre les deux sexes : les femmes dramaturges utilisent bien souvent cette thématique dans une tentative de « rééquilibrer le rapport des forces entre les sexes […] afin d'offrir des figures féminines et masculines plus libres dans leurs conduites sociales et affectives ».
En plus de présenter son opinion personnelle sur le mariage, le proverbe permet plus généralement de remettre en question la vision du mariage dans laquelle la femme est soumise au mari : la pièce s'y attelle en se moquant de l'attitude du comte Edgar d'Hauterive, tout en le rendant sympathique aux yeux du public en lui faisant avouer ses peurs. De plus, au-delà de l'usage de l'humour, Delphine de Girardin met dans la bouche de son personnage des paroles faisant écho à ses propres propos tenus sous le pseudonyme du Vicomte de Launay dans Le Courrier de Paris du 13 mai 1848 qui sont les suivants:
Ce passage provient d'une lettre politique dans laquelle Delphine de Girardin critique la République d’avoir, entre autres, ignoré les droits des femmes. En plaçant des propos similaires dans C'est la faute du mari, la dramaturge attire ainsi l'attention sur le rôle des femmes dans la sphère domestique ainsi que leur rôle dans la société.AmourÀ partir des années 1830, l’amour dans le mariage est un objectif à atteindre, une idée que de nombreuses personnes chérissent : des romans contre le mariage de raison, à l'image des premiers de Georges Sand, voient le jour, reflétant ainsi l’évolution des pensées sur le sujet. Laurence, la femme du comte, fait partie de ces gens qui rêvent d’amour au sein du mariage, et elle devient toute heureuse d’apprendre que son mari est jaloux, ce qui prouve son attachement envers elle.