Labri de Pié Lombard, ou abri de Pié-Lombard, est un site préhistorique localisé sur le territoire communal de Tourrettes-sur-Loup, au sein de l'arrière-pays niçois, dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
L'abri sous roche a été occupé au cours du Paléolithique moyen et du Paléolithique supérieur-Épipaléolithique. La cavité de Pié Lombard a été découverte en 1962 par Armand Mellira, un archéologue amateur local.
Les fouilles opérées sur le site préhistorique ont permis de délivrer notamment du matériel lithique à faciès moustérien typique à forte proportion de racloirs et, en plus petite quantité et présentant une forte dégradation et érosion, du matériel lithique à faciès attribuable à l'Épigravettien. Les excavations réalisées à l'abri du Pié Lombard ont également permis de mettre en évidence deux incives d'un enfant néandertalien et des restes fauniques .
Contexte géographique L'abri de Pié Lombard est situé sur le territoire communal de Tourrettes-sur-Loup, distant de , en axe sud-ouest, de son centre historique. Le site préhistorique se place à une dizaine de kilomètres du littoral méditerranéen et à des premiers contreforts alpins..
Creusée par processus d'érosion, l'entrée de l'abri sous roche trouve son emplacement à mi-hauteur d'un escarpement karstique formé au Jurassique ; elle est couronnée d'environ par les terrains à litage grèseux transgressifs du Miocène avoisinant l'ancienne gare de Tourrettes-sur-Loup et surplombe la vallée du Loup d'une centaine de mètres. Perchée à environ d'altitude, la fenêtre du site du Pié Lombard est également à l'aplomb d'environ de la .
L'accès à l'abri, peu praticable, s'effectue via le Chemin de Saint-Martin, après avoir franchi le plateau de Camassade puis un petit massif boisé et un étroit corridor à fort dénivellé taillé dans le roc..
Description du site La cavité préhistorique, dont la surface est d'environ , est précédée d'un fossé de de long sur mètre de large rempli de dépôts jusqu'à une profondeur de et orienté selon un axe nord-sud..
La formation de l'abri de Pié Lombard est intimement liée au cours du Loup, le fleuve ayant utilisé des afin de creuser son lit et circuler au sein des séries stratigraphiques de la partie sud de l'anticlinal du Bar-sur-Loup jusqu'à atteindre les rives de la Méditerranée.
La cavité coïncide et s'apparente à une petite baie creusée durant le Quaternaire par processus d'érosion de roches karstiques évoluant à la verticale. Ces roches karstiques se sont formées au sein de calcaires dolomitiques datés du Bajocien-Bathonien (Jurassique moyen) et du Kimméridgien (Jurassique supérieur)..
Disposé à l'avant de l'abri et barrant perpendiculairement son entrée, un fossé se développe sur une longueur de pour une largeur allant de au niveau de son plancher, à un mètre au niveau de son sommet. Le fossé atteint une profondeur de . Ce fossé, créé par le passage de l'eau à travers les roches karstiques, est à sa base rempli par de gros débris stalagmitiques, datés par technique de résonance de spin électronique entre ± et ± AP. Ces débris se sont ensuite détachés du plafond de la caverne entre les stades isotopiques 5 (avant-dernière période interglacière) et 4 (dernière période glaciaire), puis ont été recouverts par des dépôts sédimentaires datés du Pléistocène supérieur.
Histoire Occupation et utilisation de l'abri Le contexte topographique de la cavité de Pié Lombard en fait un site d'établissement peu accessible et malcommode tant pour l'espèce humaine que pour les espèces animales. L'abri sous roche, durant sa principale phase d'occupation par les Hommes de Néandertal au cours du Paléolitique moyen, au début du Pléistocène supérieur., est considéré comme un (surtout à l'automne et dans une moindre mesure au printemps), voire un , essentiellement consacré à la conception par retouchage d'outils lithiques et à leur maintenance ainsi qu'à la chasse du petit gibier et des espèces ongulés. Néanmoins, la durée et la fonction exactes de chaque période d'occupation humaine du site n'ont pas pu être établis.
À cette même époque d'occupation humaine saisonnière, le site fait l'objet de visites d'espèces carnivores, bien que de manière sporadique. Les carnivores fréquentaient le Pié Lombard en alternance des phases d'occupation des Néandertaliens et l'employaient comme refuge et zone de reproduction.
L'analyse de l'industrie lithique mise en évidence au sein de l'abri sous roche montre que le site, au cours de son utilisation au Paléolithique moyen, se présentait tel occupé de façon récurrente sur courtes durées. Cependant, il représentait qui s'inscrivait .
L'analyse archéozoologique du niveau Paléolithique moyen suggère que le Pié Lombard répond à la définition une halte de chasse, un site transitoire aux activités spécialisées tournées vers la prédation et consacrées ... Toutefois, l'absence de données montrant une consommation ex situ de restes de proies confirme que la fonction de l'abri correspond bien plus à un campement saisonnier qu'à une halte de chasse. À l'instar de l'analyse de la typologie lithique, l'étude archéozoologique montre que le Pié Lombard, bien que situé en marge territoriale, dans un arrière-pays de contreforts alpins et de moyenne montagne, devait très probablement jouer un rôle stratégique étendue au sein de l'organisation spatiale de la région, indiquant une forte mobilité de ses occupants.
Le site est ensuite occupé au cours du Paléolithique supérieur-Épipaléolithique. Néanmoins la fonction précise de l'abri à cette époque, bien qu'apparaissant vis-à-vis d'autres sites de la région liguro-provençale occupés à cette même période, n'a pas été établie en raison du manque d'éléments d'analyse archéozoologique et de la faible quantité de mobilier lithique recueilli. Pour autant, l'analyse typologique du matériel lithique excavé du niveau Paléolithique supérieur-Épipaléolithique tend à fonder l'hypothèse que la cavité aurait été utilisée pour des activités spécialisées durant des laps de temps relativement courts.
Historique des fouilles et recherches Les premières fouilles et sondage de l'abri sous roche ont été exécutées par Armand Mellira, un archéologue amateur originaire de Vence, inventeur découvreur du site préhistorique en 1962. La découverte de l'archéologue amateur Vençois signalée, Henry de Lumley-Woodyear entreprend plusieurs prospections sur le site préhistorique et analyse le gisement lithique et osseux recueilli lors de l'excavation de 1962. En 1969, de Lumley-Woodyear, reprenant les travaux de Mellira, publie le résultat de travaux d'identification du matériel archéologique ainsi que l'expertise de la coupe stratigraphique du site, qu'il date des phases Würm I et II. En , à la suite de l'excavation réalisée par Mellira, Jean-Pierre Texier entreprend une deuxième fouille de l'abri sous roche. Les travaux de Texier permettent d'identifier et de distinguer trois niveaux au sein de la séquence stratigraphique du fossé (, et un niveau basal sédimento-concrétionnel). La deuxième campagne de fouilles permet également de mettre en évidence d'autres vestiges lithiques et osseux ainsi que d'exhumer deux incisives humaines..
Le site a fait l'objet de deux principales campagnes d'opérations archéologiques : une campagne de fouilles, relativement exhaustive, conduite dans la première moitié des années 1970, entre 1971 et 1975 ; parachevée de plusieurs opérations entreprises dans la première moitié des années 1980, entre 1983 et 1985. Consécutivement à une fouille clandestine, une opération s'est déroulée au Pié Lombard en 1996.
Les recherches archéologiques ont essentiellement porté le fossé qui précède l'abri, lieu de déposition de ses occupants au cours du Pléistocène. Les fouilles du fond de l'abri, au sein d'un creusement ou diverticule de la roche karstique, ont permis de mettre en évidence un dépôt contenant du matériel assigné à l'Âge du bronze... Ce matériel, à probable caractère funéraire, a été retrouvé associé à des fragments de concrétions stalagmitiques et comprend des tessons de céramiques ainsi que des restes humains.
Le mobilier archéologique collecté au Pié Lombard est actuellement conservé au sein de la Maison méditerranéenne des sciences humaines et sociales.
Mobilier lithique Un total de lithiques comprenant de faciès moustérien et conçues au Paléolithique supérieur/Épipaléolithique ont été mis en évidence sur le site. L'analyse par technique de microscopie électronique à balayage du sable contenu dans les couches sédimentaires a permis de montrer qu'une partie du mobilier lithique du Pié Lombard a été altérée par processus de désilicification. Ce phénomène, dû aux variations de température, aux incidences chimiques d'éléments allogènes (eau, matière organique, racines végétales) et à la porosité du matériau taillé a affecté les pièces faites en silex, probablement par dissolution des cristallites qui le compose.
Assemblage moustérien L'industrie moustérienne du Pié Lombard, composée d'un corpus de comprenant et de taille inférieure à , est identifiée comme étant à faciès typique et faible en denticulés. Cet ensemble est daté par thermoluminescence d'environ AP en moyenne . La quasi-totalité des outils lithiques sont finis. Par ailleurs, l'outillage présente une nette prévalence de débitage réalisé au moyen d'une technologie Levallois..
L'analyse typologique a permis de mettre en évidence que le mobilier lithique du niveau moustérien comprend latéraux, , , convergents, et . L'assemblage lithique moustérien comporte également des pointes de Quinson , une et issus de retouches. Afin d'améliorer leur qualité pétrographiques pour la taille, quelques outils en silex, présentant une surface partiellement graisseuse, auraient été préalablement chauffés à de fortes températures (entre et ) au sein d'un bain de sable avant d'être retouchés..
Le silex constitue le matériau le plus souvent employé dans la conception des artefacts moustériens quoique d'origines géographiques diverses. Dans une moindre mesure, le jaspe, la chaille, le grès, le quartzite et/ou microquartzite ainsi que le rhyolite font également partie des matières premières utilisées dans la fabrication des outils. Selon leur nature géologique, ces matériaux sont datés du Bajocien, de l'Éocène ou du Jurassique supérieur. La plupart de ces matières premières ont été recueillies dans une zone relativement locale, au sein d'un périmètre de autour de la cavité, leurs gisements se trouvant invariablement à l'ouest du cours du Var. Ces matériaux ont été utilisés pour retoucher sur place des produits finis. Les quelques outils faits en jaspe et en microquartzite ont été fabriqués sur des sites localisés à l'est du Var ; certains se trouvant à une distance de (au voisinage de Sanremo) de l'abri du Pié Lombard, d'autres jusqu'à une distance pouvant atteindre , dans l'Est de la Ligurie. La grande variété et la qualité des matériaux employés met en évidence que les occupants de l'abri disposent d'une bonne appréhension des ressources lithiques disponibles au sein des régions provençale et ligurienne et de leur cadre géographique.. Par ailleurs, l'acheminement de produits déjà débités par les Néandertaliens souligne la difficulté des occupants du Pié Lombard à s'approvisionner en matière première brute, manifestant la carence de gisements de roches affleurantes au sein de la région provençale.