Fatou Jagne Senghore, née le , est une juriste gambienne, reconnue pour son engagement en faveur des droits humains, de la liberté d’expression et des droits des femmes en Afrique de l’Ouest. Elle exerce principalement dans les domaines du droit international des droits de l’homme et du plaidoyer auprès des institutions régionales et internationales. Surnommée la « Dame de fer sénégambienne », elle se bat en faveur de la défense des droits de l'homme en Gambie sous le régime de Yahya Jammeh.
Biographie
Enfance, jeunesse et formation Née en Gambie, Fatou Jagne Senghore est née d’un père sénégalais originaire de Rufisque et d’une mère gambienne, arrière-petite-fille de Konko Abari Gaye, également connue sous le nom de Pompeh Gaye. Après son installation au Sénégal, elle fréquente l’école primaire à Rufisque. Elle épouse ensuite Alasan Senghore, qui travaille pour la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. À l’issue de ses études primaires au Sénégal, elle retourne en Gambie où elle obtient un baccalauréat A au Lycée sénégalais de Banjul. En 1991, elle entame brièvement des études de droit à l’Université Cheikh Anta Diop, avant de s’installer en France en 1992. Elle obtient une licence en droit à l’université de Toulouse, en France. La même année, elle obtient par ailleurs un diplôme en relations internationales et études du développement, ainsi qu’une licence en langues avec une spécialisation en droit anglais (Cambridge). En 1997, elle obtient un master en droit international et européen, puis, en 1998, un Master of Laws de l’économie et des communications grâce à une bourse de l’université de Toulouse.
Carrière professionnelle Fatou Jagne Senghore possède plus de 25 ans d’expérience dans le domaine des droits de l’homme en Afrique, où elle développe une expertise en matière de liberté d’expression, d’accès à l’information, de réglementation des médias et du système régional africain des droits de l’homme. En 1998, elle retourne en Gambie. De 1999 à 2001, elle exerce comme chargée de programme à l’Institut pour les droits de l’homme et le développement en Afrique à Banjul. Elle contribue au lancement de plusieurs programmes de formation destinés aux avocats et aux magistrats et initie la première compilation des décisions de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Elle travaille également comme journaliste indépendante et assure la présentation du journal hebdomadaire en français pour la télévision gambienne (GRTS).
En 2019, elle est nommée présidente du conseil d’administration des Services de radio et de télévision de Gambie par le président Adama Barrow.
En , elle figure parmi les quatre candidates au poste de rapporteuse spéciale des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, aux côtés d’Irene Khan, Nani Jansen Reventlow et Agustina del Campo. Le poste est finalement attribué à Irene Khan.
En 2022, elle est élue présidente du conseil d’administration du Centre africain pour la liberté d’information (AFIC).
Militantisme
Engagement pour les droits des femmes En , Fatou Jagne Senghore rejoint l’organisation britannique de défense des droits humains Article 19 comme chargée de programme pour l’Afrique à Johannesburg. Elle collabore avec divers gouvernements et organisations non gouvernementales sur la réforme des politiques relatives aux médias et à la liberté d’expression en Afrique. Elle participe aussi à plusieurs litiges et campagnes en faveur de victimes de violations des droits de l’homme dans différents pays africains, notamment au Sénégal, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, en Guinée, au Zimbabwe, en Mauritanie, en Érythrée et en Gambie.
Elle collabore avec des organisations de femmes au Sénégal afin de sensibiliser le public à la loi sur la parité adoptée en 2010 et visant à faciliter l’accès des femmes aux médias. Elle participe également à l’élaboration de programmes de soutien pour Article 19 en Tunisie ainsi que pour le Tunisia Monitoring Group. Elle mène des enquêtes sur les restrictions à la liberté d’expression en Tunisie au nom d’Article 19, membre fondateur de l’International Freedom of Expression Exchange. En 2010, elle crée la branche ouest-africaine d’Article 19 au Sénégal et accède au poste de directrice régionale en 2013.
Pendant deux décennies, elle soutient les travaux de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et mène une campagne en faveur de l’adoption d’une déclaration de principes sur la liberté d’expression en Afrique. Elle contribue également à l’élaboration du cadre ayant conduit, en 2015, à la création du mécanisme du Rapporteur spécial sur la liberté d’expression en Afrique.
En 2022, elle quitte ses fonctions de directrice régionale d’Article 19 et retourne en Gambie, où elle continue de soutenir le processus de justice transitionnelle. Elle fonde le Centre pour les droits des femmes et le leadership (CWRL), une plateforme dédiée à la promotion des droits des femmes, de leur participation politique et de leur leadership en Gambie.
En 2023, elle est désignée par le procureur général et ministre de la Justice, aux côtés de deux personnalités, comme garante morale afin de soutenir le processus de médiation en vue de l’adoption d’une nouvelle Constitution pour la Gambie. L’équipe est dirigée par le médiateur international Mohamed Ibn Chambas.
Plaidoyer pour la liberté d’expression Elle mène des actions de plaidoyer en faveur de la dépénalisation des délits de presse et de la protection des défenseurs des droits humains. Elle intervient régulièrement dans des forums régionaux et internationaux afin de promouvoir des cadres juridiques respectueux des libertés fondamentales.
Distinctions
Chevalier de l’Ordre national du Mérite français (2018) En 2019, elle figure parmi les 100 femmes africaines les plus influentes et reçoit, en juin de la même année, le West African Shield Award décerné par le Réseau panafricain des défenseurs des droits de l’homme. prix « Héros de la liberté de la presse » (2019) Prix Deyda Hydara pour la liberté de la presse (2021) prix « Legacy in Activism » (2023) Elle fait partie de la promotion 2023 du programme Amujae Leader du Centre présidentiel Ellen Johnson Sirleaf pour les femmes et le développement.
Notes et références
Catégorie:Naissance en Gambie Catégorie:Naissance en avril 1970