(en amharique : , Degmawi Tewodros ; également appelé , Atsé Tewodros ), 1818 - , né Kassa Hailou (en ge'ez : ), est un militaire et un homme d'État éthiopien, roi des rois (negusse negest) du jusqu'à sa mort. Il est également connu sous son nom de cavalier Abba Tateq (en ge'ez : ). En raison de ses exploits militaires, Tewodros II est aussi surnommé Meysaw (en ge'ez : መይሳው, en français : « le courageux »).

Kassa Hailou naît en 1818 à Charghe dans la province du Qwara, vers l'ouest de Gondar, alors capitale d'un Empire éthiopien divisé par les guerres des seigneurs du Zemene Mesafent (Temps des Juges, 1769-1855)). Son père, Hailou Welde Giyorgis, est gouverneur de sa province natale et un militaire tout comme son oncle Kenfou Hailou. Après une brève éducation dans un monastère, Kassa Hailou intègre l'armée de Kenfou puis celle de Goshou Zewde du Godjam. Vers 1845, face à la fulgurante ascension de Kassa Hailou, Menen lui offre le poste de gouverneur du Qwara et la main de sa petite-fille, Tewabetch Ali.

En 1852, Kassa Hailou se lance dans une campagne pendant laquelle il bat les seigneurs du nord les uns après les autres. Le , Kassa Hailou est couronné sous le nom de . Son couronnement marque la fin du Zemene Mesafent, le début de l'histoire moderne du pays et l'initialisation du processus de centralisation achevé sous Haile Selassie . Ainsi, il ne se contente pas d'unifier le nord du pays ; il lance deux campagnes, la première vers le Wello et la seconde vers le Choa. En 1856, Tewodros II règne sur l'ensemble de l'Empire éthiopien véritablement unifié.

Durant son règne, il introduit diverses réformes de modernisation. Il publie des édits contre l'esclavage, bâtit les premières routes et organise un système politique et fiscal centralisé. Il constitue une véritable armée nationale, remplaçant les diverses forces régionales. Cette vague de réformes inquiète les seigneurs locaux, habitués à un pouvoir impérial faible et, dès 1860, plusieurs chefs entrent en rébellion.

La même année, il perd le soutien de l'Église éthiopienne orthodoxe, en ordonnant la redistribution de ses terres aux paysans. Au fur et à mesure, le negusse negest voit son pouvoir déstabilisé. Il réprime les mouvements de révolte, et il enferme des Européens à la suite d'un différend diplomatique avec le Royaume-Uni.

En , le Royaume-Uni organise une expédition menée par Robert Napier (1810-1890), afin de libérer les captifs enfermés à la forteresse de Meqdela. Le , l'ultime assaut est lancé sur le quartier général du roi des rois, qui a refusé de se soumettre formellement au Royaume-Uni. Tewodros saisit alors son revolver et se donne la mort. S'il n'a su appliquer la majorité des réformes engagées, Tewodros II reste pour les Éthiopiens un dirigeant remarquable et un grand militaire, défenseur d'une patrie unifiée et moderne.

Vie privée et familiale

Tewodros II est le fils de Hailou Welde Giyorgis, gouverneur de la province du Qwara et militaire décédé lors d'une confrontation contre les Soudanais. Sa mère vend du kossoLe kosso est un médicament contre le ténia.. Après le départ de son mari, elle entre dans les ordres et vit dans l'observance du vœu de pauvreté. Son oncle, le dejazmach Kenfon est également un militaire réputé. Tewodros est un parent du dejazmach Marou du Dembiya, un des grands chefs du Zemene Mesafent décédé en 1827, lors de la bataille de KossoberBahru Zewde, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, James Currey, Londres, 2002, .

Tewodros se marie en 1847 avec Tewabech Ali, une « jeune princesse du Yedjou » qui « avait quinze ans et se faisait remarquer tant par sa beauté que par ses qualités du cœur et d'esprit ». Il devient ainsi amatch« Gendre », en amharique. du plus puissant des ras du Zemene Mesafent : ras . Les jeunes époux s'aiment sincèrement, mais les relations avec la famille de Tewabetch sont mauvaises. Ainsi, lors de sa révolte contre Ali et Menen, grand-mère de Tewabetch, Téwodros est soutenu par son épouse.

thumb|Leul Alemayehou Téwodros, fils de .

En 1856, après sa campagne dans le Choa, Tewodros II est informé du mauvais état de santé de sa femmeC. Mondon-Vidailhet, Chronique de , roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'après un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, . Il compte la voir, mais Tewabech décède, en 1858, alors qu'il est en route ; en son honneur, Téwodros compose cette complainteC. Mondon-Vidailhet, Chronique de , roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'après un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, :

Je vous en prie, demandez-moi, avant qu'elle ne s'éloigne, Si Etégé Tewabetch ne fut pas à la fois épouse et servante ! Celle qui était dans le secret de bien des choses est morte hier ; Elle qui me servait, comme un repas, le remède [à mes préoccupations].

En , Tewodros rencontre sa deuxième épouse. Alors qu'il se repose près de l'église de Deresgé, un soldat croise une femme, dont il s'empresse de parler au roi en ces termes : « Sire, j'ai trouvé une femme dont le visage est aussi radieux que le soleilC. Mondon-Vidailhet, Chronique de , roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'après un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, . » La jeune fille, amenée au palais, est présentée à la cour. Il s'agit de Tiruwork Wube, la fille du dejazmach Wube Hayle Maryam. Téwodros la contemple et déclare : « En vérité, cette personne-là est de l'or pur ». Le mariage est également politique puisque Wube, son beau-père, est un ancien dirigeant du Tegré, région qui sort d'une rébellion.

Tewodros a une fille, Alitash, et un fils, Alemayehou. Il marie sa fille avec Menelik, lorsque ce dernier est élevé à Meqdela, entre 1856 et 1865Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, . Son fils est né en 1861, il grandit avec Menelik à la cour impériale. Il l'élève à la dignité de dejazmach vers 1865. Il le couronne Leul le . Après l'expédition de Napier, Alemayehou est emmené au Royaume-Uni, où il meurt en 1879.

Jeunesse de Naissance et éducation Tewodros II naît en 1818, sous le nom de Kassa Hailou, à ChargheC. Mondon-Vidailhet, Chronique de , roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'après un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, , dans la province du Qwara, gouvernée par son père Hailou Welde GiyorgisHarold G. Marcus, The life and times of : Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, . Sa mère se nomme woyzero Attetegeb. Sa région natale se trouve dans le Nord-Ouest de l'Empire éthiopien, à la frontière avec le Soudan ; elle abrite de nombreux contrebandiers et subit les raids des Égyptiens et des SoudanaisHarold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, . Son oncle est Kenfou Haylou, un militaire réputé souvent aux prises avec les Égyptiens et les SoudanaisBahru Zewde, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, James Currey, Londres, 2002, . Si ses origines familiales expliquent comment cet autodidacte s'est procuré une base territoriale - le Qwara - elles n'ont toutefois pas joué un rôle essentiel lors de son ascension au pouvoir.

Vers 1820, à la suite du départ de Hailou, Attetegeb se retrouve seule avec son fils qu'elle emmène à Gondar. Elle vend du kosso - une profession qui fait l'objet de moqueries blessantes - et son revenu modeste ne lui permet pas d'élever son enfant correctement. Elle le confie à Kenfou, oncle de Tewodros, qui l'envoie à l'école du monastère de Tekle Haymanot, entre Gonder et le Lac Tana. À la suite d'un conflit entre factions locales, le monastère est détruit et tous les élèves de l'école meurent émasculés à l'exception de TéwodrosBerhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, qui retourne chez son oncle. Dans la cour du dejazmach Kenfou, Tewodros reçoit ses premières leçons d'administration, de stratégie et tactique militaire. Il y poursuit son éducation et apprend à lire et à écrire. Téwodros est un grand lecteur, intéressé par la littérature éthiopienne, l'histoire ancienne et contemporaine de l'Europe. Il étudie l'œuvre de William Shakespeare. Marqué par sa formation religieuse, il approfondit ses connaissances de la Bible. Pour l'époque, Téwodros possède une très bonne éducation.

Sa vie de shefta Malgré sa participation aux campagnes, les relations avec Kenfou sont difficiles. Son oncle, propriétaire du fief du Dembiya, souhaite léguer ce territoire à un de ses fils et non à Tewodros. Vers 1839, Kenfou décède et ses deux fils sont défaits par le dejazmach Goshou du Damot et du Godjam. Téwodros décide de quitter le Qwara pour rejoindre les rangs de ce dernier. Frustré par l'absence de progression au sein des troupes de Goshou, il retourne dans sa province natale, la seule région où il peut revendiquer un quelconque héritage politiqueHarold G. Marcus, The life and times of : Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, . Arrivé dans le Qwara, il apprend qu'à la mort de Kenfou, Menen Liben Amade, dirigeante du BégemederRichard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, et épouse de Yohannes III, souverain de l'Empire éthiopien, s'est approprié le Dembiya. Cette usurpation a été le fait de son fils, Ras du YedjouBerhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, , un des plus puissants seigneurs de guerre du Zemene Mesafent. La présence de Tewodros ayant inquiété le gouverneur du Qwara, les officiers de Menen font pression pour qu'il quitte la provinceHarold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, . Ils arrivent à leur fin puisque Téwodros, souhaitant faire valoir son droit de successionEn tant que fils de Hailou Welde Giyorgis, ancien gouverneur du Qwara et neveu de Kenfou, propriétaire du fief du Dembiya, la légitimité de Tewodros semble acquise. décide d'entrer en rébellion ; il part vers les basses terres à l'ouest et entame une vie de sheftaShefta est l'équivalent amharique de bandit, les historiens reprennent souvent le terme éthiopien tel quel..

La décision de Tewodros d'entrer en rébellion est un moment capital de la vie du futur roi. Cette période de shefta constitue la phase « la plus formatrice de sa vie ». Durant celle-ci, il confirme certains de ses traits de caractères notables, dont la générosité ; en effet, il redistribue une partie des sommes amassées aux paysans afin qu'ils acquièrent des charrues. Le partage des gains lui assure l'établissement d'une base politique qui ne cesse de s'élargir. Ces gestes annoncent, d'après Bahru Zewde, la décision d'exproprier les terres de l'Église en faveur des paysans. Sa vie de shefta l'amène également à affronter les Égyptiens ; ces conflits le marquent et sont à l'origine de son « obsession » envers les « Turcs »À cette époque, les Éthiopiens désignent par le terme « Turcs » aussi bien les Égyptiens que les Ottomans. et de sa volonté de libérer Jérusalem de l'emprise ottomane. Ayant débuté avec à peine douze hommes, il parvient rapidement à rassembler talentueux. Ses premières expéditions militaires sont réussies. Tewodros utilise sa tactique habituelle : après avoir annoncé une incursion – jamais celle prévue en réalité – il part avec 5 à le soir, marche la nuit et arrive le matin par surprise sur l'ennemi. Il prospère au-delà de ses propres attentes ; en 1837, il va jusqu'à mener ses hommes vers la frontière soudanaiseJean Doresse, Histoire de l'Éthiopie, PUF, collection QSJ, 1970, .

Entrée en politique thumb|upright=1.2| supervisant la traversée du Nil bleu.