Dans l'univers du graphisme, Emigre est à la fois une fonderie de caractères typographiques, Emigre Graphics, et un magazine, Emigre Magazine.

Emigre Graphics

Emigre Graphics est une fonderie digitale de caractères typographiques située à Berkeley (Californie, États-Unis), fondée en 1984 par Rudy VanderLans et Zuzana Licko, dessinateurs de caractères et graphistes.

Emigre nait avec l'essor de la PAO : le premier Macintosh de la société Apple sort la même année, en 1984 (le d’Emigre Magazine est exclusivement consacré aux Macintosh) ; le langage PostScript date de 1982. La vulgarisation des outils de fabrication du design graphique est en relation directe avec le succès d'Emigre.

Une vingtaine de créateurs contemporains ont dessiné des polices de caractères pour Emigre. Leur travail s'inscrit dans un courant résolument novateur. Barry Deck, qui a réalisé les polices Template Gothic et Arbitrary, résume l'esprit qui habite cette avant-garde : « Ce qui m'intéresse dans une police est qu'elle ne soit pas parfaite. Une police qui reflète plus le langage imparfait d'un monde imparfait habité par des êtres imparfaits ».

Les critiques des tenants du traditionalisme moderniste furent très virulentes, notamment du designer Massimo Vignelli qui qualifia les polices de « déchets, manquant de profondeur, d'amélioration, d'élégance et de sens de l'histoire » ! Selon le graphiste et universitaire Chuck Byrne, cette inimitié s'explique : « les 50 dernières années, se faire une réputation consistait principalement à gagner des concours, à obtenir que votre travail soit édité et à répandre votre grandeur à travers le Monde. Ce qui a rendu fou l'establishment, c'est que Rudy et Zuzana ont totalement court-circuité cet apprentissage et sont devenus célèbres en travaillant simplement pour un groupe international d'admirateurs ».

Car si Emigre est sous le feu de la critique, le succès est énorme. Ses polices de caractères sont plébiscitées par la génération montante de graphistes et la réussite est aussi commerciale. Cela prend l'allure d'une invasion, au point que d'autres critiques prennent le contre-pied des précédentes : polices trop connues, trop aisément identifiables donc inutilisables. Le magazine Beach Culture (où collabora David Carson) publie ainsi un numéro estampillé « sans polices Emigre » en couverture !

De subversif et avant-gardiste, Emigre Graphics rentre dans le rang à partir du milieu des années 1990.

Début 2006, les 10 polices Emigre les plus achetées sont Mrs Eaves, puis Vista sans, Cholla, Dalliance, Filosofia, Fairplex, Priori, Matrix, Solex et Tarzana.

Prix Chrysler Award for Innovation in Design, 1994 Publish Magazine Impact Award, 1996 AIGA Gold Medal Award, 1997 Charles Nyples Award, 1998

Créations typographiques

Plus de 300 polices de caractères ou pictogrammes sont sous licence Emigre Graphics. Une sélection issue du catalogue (nom, créateur, année de création) :

Apollo - Elliott Peter Earls, 1993 et 1998 Arbitrary - Barry Deck, 1990 Backspacer - Nancy Mazzei et Brian Kelly de Smoke Bomb Studio, 1993 Base 9 - Zuzana Licko, 1995 Base 12 - Zuzana Licko, 1995 Base Monospace - Zuzana Licko, 1997 Big Cheese - pictogrammes, Eric Donelan et Bob Aufuldish, 1992 Blockhead - John Hersey, 1995 Blockhead - pictogrammes, John Hersey, 1995 Brothers - John Downer, 1999 Cholla - Sibylle Hagmann, 1999 Citizen - Zuzana Licko, 1986 Council - John Downer, 1999 Dalliance - Frank Heine, 2000 Dead History - P. Scott Makela, 1990 Democratica - Miles Newlyn, 1991 Dogma - Zuzana Licko, 1994 Eidetic - Rodrigo Cavazos, 2000 Elektrix - Zuzana Licko, 1989 Elliott's - Elliott Peter Earls, 1993 et 1998 Exocet - Jonathan Barnbrook, 1991 Fairplex - Zuzana Licko, 2002 FellaParts - pictogrammes, Edward Fella, 1993 Filosofia - Zuzana Licko, 1996 Hypnopaedia - pictogrammes, Zuzana Licko, 1997 Journal - Zuzana Licko, 1990 Keedy - Jeffery Keedy, 1989 Lo - Res - Zuzana Licko, 1985 et 2001 Los Feliz - Christian Schwartz, 2001 Lunatix - Zuzana Licko, 1988 Mason - Jonathan Barnbrook, 1992 Matrix - Zuzana Licko, 1986 Matrix Script - Zuzana Licko, 1992 Missionary - Miles Newlyn, 1991 Modula - Zuzana Licko, 1985

Modula Round - Zuzana Licko, 1995 Motion - Frank Heine, 1992 Mrs Eaves - Zuzana Licko, 1996 Mrs Eaves Ligatures - Zuzana Licko, 1996 Narly - Zuzana Licko, 1993 NotCaslon - Mark Andresen, 1991 Oblong - Rudy VanderLans et Zuzana Licko, 1988 Ottomat - Claudio Piccinini, 1995 OutWest - Edward Fella, 1993 Platelet - Conor Mangat, 1993 Poppi - pictogrammes, Martin Friedl, 2003 Priori - Jonathan Barnbrook, 2003 Puzzler - pictogrammes, Zuzana Licko, 2005 Remedy - Frank Heine, 1991 Sabbath Black - Miles Newlyn, 1992 Senator - Zuzana Licko, 1988 Soda Script - Zuzana Licko, 1995 Solex - Zuzana Licko, 2000 Suburban - Rudy VanderLans, 1993 Tall Pack - versions condensées des polices de Zuzana Licko, 1990 Tarzana - Zuzana Licko, 1998 Template Gothic - Barry Deck, 1990 Thingbat - pictogrammes, John Hersey, 1993 Totally Gothic - Zuzana Licko, 1990 Tribute - Frank Heine, 2003 Triplex - Zuzana Licko, 1989 Triplex Italic - John Downer, 1985 Variex - Rudy VanderLans et Zuzana Licko, 1988 Vendetta - John Downer, 1999 Vista - Xavier Dupré, 2004 Whirligig - pictogrammes, Zuzana Licko, 1994 ZeitGuys - pictogrammes, Eric Donelan et Bob Aufuldish, 1994

Emigre Magazine Emigre est une revue américaine trimestrielle sur le design graphique qui parut de 1984 à 2005 (69 numéros), fondée par Rudy VanderLans et d'autres expatriés hollandais. Elle suit les exemples d'U&lc de la fonderie ITC (sous la direction artistique d'Herb Lubalin) et Hard Werken du studio graphique hollandais du même nom, dont Emigre reprend d'ailleurs les formats. Édités sans aucun budget (des caractères de machine à écrire sont redimensionnés à la photocopieuse), les premiers exemplaires sont placés directement auprès des revendeurs.

Emigre sert de support de diffusion aux expérimentations typographiques et graphiques d'Emigre Graphics. Des graphistes contemporains y sont conviés, prenant le pouls de la vague postmoderne qui émerge.

Chaque numéro est construit autour d'un thème (Made in Holland, Sound design, Redesigning stereotype etc.) L'infographie permet de réinventer le graphisme du magazine à chaque numéro, y compris le format. Même le logo est revisité. Les formats normalisés sont rejetés en faveur de structures en grille organiques qui reflètent de l'enthousiasme pour le contenu. « People read best what they read most » (« Les gens lisent mieux ce qu'ils lisent plus » - VanderLans). Des articles sont mis en concurrence, d'autres recréent l'humeur et le rythme des mots parlés... expériences formelles, interviews, écrits critiques, commentaires sociologiques, inclusion de disques musicaux définissent le contenu du magazine.

VanderLans se concentre sur les travaux négligés par d'autres publications, parce qu'il n'adhèrent pas aux canons du graphisme ou sont en gestation. Il invite des graphistes tel qu'Edward Fella, Rick Valicenti, les Britanniques Vaughan Oliver, Nick Bell, The Designers Republic, le Français Philippe Apeloig, quelques Hollandais et bien d'autres encore attirés par ce laboratoire graphique. Le , est entièrement produit par les étudiants en arts du Cranbrook Academy of Art du Michigan. En invitant des graphistes populaires comme David Carson (à qui le est entièrement consacré) ou le label musical britannique 4AD (qui accorde une place de choix au graphisme, Emigre ), le magazine, dont les lecteurs ont un sens graphique sophistiqué, devient le cri de ralliement des tenants du changement.

En 1995 Emigre adopte un format fixe plus conventionnel et cherche une stabilité plus conservatrice. Le contenu aussi. « Au lieu de s'attacher aux intentions des designers et à leurs travaux, nous avons décidé de nous retourner et observer comment ce travail influence notre culture » déclare alors Rudy VanderLans. Il laisse libre cours à un de ses sujets d'étude privilégiés : la place du graphisme dans le champ social. Les typographies de Zuzana Licko s'assagissent, Emigre Magazine suit l'évolution d'Emigre Graphics ; l'avant-garde a vécu.

Après 21 ans d'activité, la revue s'arrête avec le .

Emigre ne fit pas que montrer ou parler graphisme, elle fut une référence et un baromètre de grande influence dans les années 1990.

Étymologie Emigre : le nom est issu du mot français émigré, choisi pour sa consonance (on le voit parfois écrit Emigré). Il fait référence à un état d'esprit : Emigre se définit comme « le magazine qui ignore les frontières », physiques et symboliques. Il fait aussi référence aux origines diverses des fondateurs et des graphistes qui y ont collaboré. « (...) leur confrontation à d'autres cultures a influencé leur travail en une unique saveur » (VanderLans).

Notes et références

Annexes Liens externes

Articles connexes Police d'écriture

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