Dayr Sunayd (, également transcrit Deir Suneid, Deir Sineid, Der Esned) est un village palestinien du sous-district de Gaza, situé à 12 kilomètres au nord-est de Gaza. Comme des centaines d’autres villes et villages palestiniens, il a été dépeuplé lors de la première guerre israélo-arabe de 1948.

Géographie

Le village de Dayr Sunayd était situé sur une élévation au milieu de la plaine côtière, à environ d‘altitude, à proximité du cordon dunaire et à 12 km au nord de Gaza« Dayr Sunayd — دَيْر سُنَيْد », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 17 avril 2026..

Les villages voisins étaient au nord, Simsim à l’est, au sud et Beit Lahia au sud-ouest, ce dernier village faisant actuellement partie de la bande de Gaza. Les trois autres villages ont été complètement dépeuplés lors de la Nakba en 1948. La grande route côtière traversait le village, ainsi la ligne des chemins de fer de Palestine reliant Haïfa à gare d'El Qantara Est sur le canal de Suez par Gaza. La gare de Dayr Sunayd se trouvait au sud du village. Le village était ainsi relié à Gaza au sud et al-Majdal au nord.

Le village était situé entre deux wadis, le Wadi al-Hasi au sud (aujourd’hui nommé Nahal Shiqma)Jeffrey A. Blakely, Dror Czitron, « The Mamluk Bridge at Dayr Sunayd », Journal of Islamic Archaeology, 2020, Vol. 7, 1. et le Wadi al-Abd au nord.

La superficie totale des terres du village était de 6081 dounams (6,1 km²)Khalidi, 1992, 92.Khalidi, 1992, 93. dont 5089 dounams (509 hectares) appartenant à des Arabes, 483 dounams (48 hectares) appartenant à des Juifs et 509 dounams (51 hectares) de terres publiques. Les terre incultes représentaient 548 dounams (55 hectares). Les terres cultivables étaient, en 1945, réparties entre 158 dounams (16 hectares) de plantations d’agrumes et de bananiers, 512 dounams (51 hectares) étaient classés comme plantations et terres irrigables et 4863 dounams étaient consacrés aux céréalesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 86..

Histoire

La première partie du nom du village, "Dayr", est le mot arabe pour "monastère", ce qui suggère qu’il y a eu un monastère ou qu‘une communauté chrétienne a vécu ici à un moment donné. "Sunayd" est le nom d’une tribu arabe des environs.

Empire ottoman

Le sultant d’Égypte Baybars fait construire un pont vers 1270 sur le ouadi al-Hasi, selon Izz al-Dīn Muḥammad b. `Alī, Ibn Shaddâdal-Ḥalabī. À cette période, Baybars fait entreprendre des travaux de remise en état de la route et du système postal () entre l’Égypte et la Syrie, et plusieurs ponts sont construits sur cette route. Dans le cas du pont de Dayr Sunayd, la volonté de restaurer les systèmes agricoles autour de Gaza ont aussi dû favoriser la décision de sa construction.

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

Dans le defter (registre fiscal) de 1596, Dayr Sunayd est indiqué comme relevant de la nahié de Gaza et du sandjak de Gaza, et recense 12 foyers, soit environ 66 personnes, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3% sur leurs productions, dont le blé, l’orge, les fruits, les ruches et les chèvres, pour un total de 4600 akçeHütteroth, Abdulfattah, 1977, 147. Cité par Khalidi, 1992, 93..

Aux s, la région de Dayr Sunayd connait un processus de déclin de l’occupation à cause de la pression des nomades sur les communautés villageoises. Les habitants de certains villages abandonnaient leurs maisons pour se réfugier dans d’autres villages, tout en continuant à cultiver leurs terres. Le village survit pour apparaître sous le nom de Deir Esni sur la carte de Pierre Jacotin, dressée à partir des données collectées en 1799, lors de la campagne d'Égypte du général BonaparteKarmon, 1960, 173 .

En 1838, Edward Robinson le note sous le nom de Deir EsneidRobinson, Smith, 1841, vol. 2, 371. comme un village musulman, situé dans le district de GazaRobinson, Smith, vol 3, 2nd appendix, 118..

En 1863, Victor Guérin note le nom du village sous la forme Deir Essneid et estime sa population à 150 habitants. Ses jardins sont plantés principalement de figuiers. Il décrit les importants troupeaux de chameaux, de bât et de monte. Il franchit et décrit le pont de Baybars, construit vers 1270 au sud du village, sur le wadi el-Hesi (dont il donne trois noms : oued el-Safieh, Nahr Eribiah et ''Nahr A'skoulan)Guérin, 1869, 173-174.. Une liste de villages ottomane de 1870 recense 144 hommes et 51 maisons, les femmes n’étant pas comptabiliséesSocin, 1879, 152.Hartmann, 1883, 130 note lui aussi 51 maisons habitées..

À la fin du , Dayr Sunayd est décrit comme un petit village, de forme rectangulaire, divisé en quatre quartiers par deux routes qui se croisent à angle droit. Ses maisons sont construites en adobe ; il y a huit puits, des jardins, une citerne et une mosquée au centre du villageConder, Kitchener, 1883, SWP III, 234, cité par Khalidi, 1992, 93..

Lors de la troisième bataille de Gaza, deux obus de 305 mm de la marine britannique touchent le pont de Baybars, à une distance de 9 miles. Le pont ferroviaire est aussi détruit. Lors de leur avancée, les troupes coloniales britanniques franchissent le ouadi en marchant dans son lit.

Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Dayr Sunayd est conquise début novembre 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

En novembre 1917-janvier 1918, un camp du détachement français de Palestine se trouve à Deir Sineid. Il était auparavant stationné à Khan Younous et fut ensuite déplacé à Ramle en janvier 1918. Ses effectifs ont varié de 2750 à 8400 hommes, et il ne prend part aux combats qu’à partir de septembre 1918J. Frémeaux, « Les interventions militaires françaises au Levant pendant la Grande Guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, 262 (2), 49-72. https://doi.org/10.3917/gmcc.262.0049.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Dair Sunait a une population de 356 habitants, tous musulmansBarron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, 8., qui augmente au recensement de 1931 à 475 habitants, tous musulmans, dans 103 maisonsMills, 1932, 3..

Sous le mandat britannique, Dayr Sunayd s‘étend vers l’ouest et la grande route côtière. Une école ouvre en 1945 avec 63 élèves inscrits. Plusieurs commerces avaient aussi ouvert. L’agriculture (céréales, fruits, légumes) était la principale activité du village, avec le commerce.

En 1943, la colonie sioniste de Yad Mordechai est fondée au nord du village.

Dans les statistiques de Village de 1945, Dayr Sunayd a une population estimée à 730 habitants, tous musulmansDepartment of Statistics, 1945, 31.Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 45..

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Dayr Sunayd est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Dayr Sunayd voit des combats dès le début de la guerre entre les armées égyptienne et israélienne, à la fois pour le contrôle de Dayr Sunayd et celui du kibboutz de Yad Mordechai, peu après le 15 mai 1948. Le futur président égyptien, Gamal Abdel Nasser, écrit qu’il passa la nuit à l’hôpital militaire, . Nasser était critique vis-à-vis de la stratégie adoptée pour la bataille, même si elle se finit par une victoire égyptienne . Abdel Hakim Amer a aussi participé à la bataille. L’arche principale du pont de Baybars est sabotée par le Palmah en octobre 1948.

Pour la plupart des auteurs, la date de la chute de Dayr Sunayd durant la guerre israélo-arabe de 1948 ne peut être précisée, mais l’armée israélienne s’empare probablement du village fin octobre ou début novembre 1948. Le village subit des bombardements aériens les 15-16 octobre, selon Benny Morris. The New York Times indique que le village a été le 21 octobre. L’avancée des troupes israéliennes se fait en suivant la retraite égyptienne : Al-Majdal, au nord, est occupée le 4 novembre. Selon Sherene Seikaly, Dayr Sunayd tombe le même jour. Les habitants sont expulsés sous la menace des armes. Les habitants fuient et se cachent dans les champs, autour du village. Lorsque les soldats israéliens les trouvent, ils sont expulsésSherene Seikaly, « From the Editor », Journal of Palestine Studies, Vol. 53 3, 1–10. https://doi.org/10.1080/0377919X.2024.2428118..

Période israélienne

L'accord d'armistice israélo-égyptien signé à Rhodes le 24 février 1949 place Dayr Sunayd dans le no man's land entre Israël et la bande de Gaza administrée par l'Égypte. Dès l'année suivante, l'accord dit de modus vivendi (22 février 1950). redessine la délimitation entre Israël et la zone sous administration égyptienne. Le no man's land est partagé, les villages de Dayr Sunayd et passant sous contrôle israélien, qui en expulse les derniers habitantsArnon Golan, (2024). Foundations of a geopolitical entity - the Gaza Strip 1947–1950. Middle Eastern Studies, 60(2), 271–283. https://doi.org/10.1080/00263206.2023.2195635..

Les terres du village restent sous-utilisées. Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste du village en 1992 : .

En 1973, les chemins de fer israéliens ferment la gare de Dayr Sunayd.

Pont de Baybars

Le pont de Baybars, construit vers 1270, est mentionné et décrit par de multiples voyageurs. Il se situe au sud de Yad Mordechai. Il est indiqué sur la carte de Jacotin, réalisée en 1818 à partir de relevés effectués lors de la campagne d'Égypte, en 1799. Il est photographié par les Suisses Ernest et Frédéric Thévoz dans les années 1880. Il apparaît dans les cartes d’état-major dressées pour le corps expéditionnaire d’Égypte britannique en 1917. Il est peint par le peintre de guerre James McBey juste après sa destrution. Il est réparé très rapidement, et asphalté au début des années 1930.

Il est construit avec une orientation nord-sud en pierre locale de kurkar liées par un mortier calcaire. Ses dimensions sont de 25 mètres de long sur dix de large. Il comporte deux voûtes en ogive, une singulièrement plus longue que l’autre, séparées par une pile de 3 mètres de large. La pile est protégée par un avant et un arrière-becs. Les culées sont prolongées en aval par des murs de soutien. Le tablier a deux pentes. Tout ces éléments architecturaux l’intègrent dans la série de ponts construits sous le règne de Baybars, bien qu’il soit le plus petit de la série. Il est aussi le seul à être doté d‘arrière-bec.

Annexes

Bibliographie complémentaire Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. Abdulhalim Masoud, “My Village (Dayr Sunayd)”, Dunya al-Watan, 14 janvier 2010, https://pulpit.alwatanvoice.com/articles/2010/01/14/186227.html.

Articles connexes Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948

Liens externes Welcome To Dayr Sunayd Dayr Sunayd, Zochrot Survey of Western Palestine, Map 19: IAA, Wikimedia commons

Notes

Bibliographie

Nasser, G.A. (1955/1973): "Memoirs" in Journal of Palestine Studies in 2, no. 2 (Win. 73): 3–32]

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