Les manifestations de 1933 en Palestine sont une série de manifestations interdites en Palestine gouvernée par l'Empire britannique, dans le cadre de la lutte nationale palestinienne pour l'autodétermination contre les colonisateurs britannique et sionistes. Elles ont lieu alors que le ressentiment arabe contre l'immigration juive culmine avec l'arrivée au pouvoir du nazisme en Allemagne et contre les autorités britanniques qui facilitent les achats de terres par les Juifs. Les manifestants s'opposent aussi à l'armement des milices sionistesMaher al-Sharif, « Palestine. Une histoire rythmée par les intifadas », Orient XXI, 29 septembre 2020..
Elles débutent le 8 octobre« General Strike and Demonstrations in Palestine », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question. et sont marquées le 13 octobre 1933 par une manifestation à Jérusalem dispersée violemment par la police pour s'achever début novembre. La deuxième manifestation, à Jaffa, tourne au bain de sang avec au moins 19 personnes tuées par la police. Ce "massacre de Jaffa" entraîne d'autres actes de protestation au cours desquels 7 autres Palestiniens sont abattus par la police.
Contexte
L'Empire britannique s'est engagé par la déclaration Balfour à soutenir les buts du mouvement sioniste. La population palestinienne, qui subissait déjà cette colonisation depuis quinze ans et s'y opposait depuis une dizaine d'années, réagit violemment par des émeutes en 1920, 1921 et 1929. Une organisation politique nait aussi au sein du congrès national arabe palestinien qui lance plusieurs opérations de boycott dans les années 1920..
Les tensions entre Juifs et Arabes sont renforcées par des idéologies affirmant leurs droits sur la Palestine..... L'immigration juive croissante et les achats de terres (suivis d'expulsions) nourrissent les craintes des Palestiniens, tant chrétiens que musulmans..
Avec l'arrivée du nazisme au pouvoir en Allemagne, l'immigration juive augmente et avec elle les achats de terres. Les huit premiers mois de 1933, inmigrants juifs entrent légalement en Palestine contre dix mille en 1932 et 4000 en 1931. Les compte-rendus du congrès sioniste de Prague, qui débat de l'immigration, alarment l'opinion arabe palestinienne. Fin août, la presse palestinienne entame une campagne contre l'immigration juive, accusant le gouvernement britannique de fomenter une immigration massive pour obtenir une majorité juive au conseil législatif palestinien dont la création était prévue.
Selon Simha Flapan, en 1933, l'organisation sioniste Histadrout lance sa première campagne d'expulsion des travailleurs arabes des villes. Dans de nombreux cas, ces expulsions .
L'affaire de l'expulsion des paysans de Wadi al-Hawarith, qui durait depuis des années, arrive également à son terme pendant l'été 1933. Devenue une cause nationale, elle se solde par l'expulsion des habitants du village et des villages voisins (plusieurs milliers de personnes) au profit du fonds national juif qui récupère plus de 2000 hectares de terres« Wadi al-Hawarith — وادي الحوارث », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question], consulté le 11 novembre 2025.Matthews, Weldon C. Confronting an Empire, Constructing a Nation Arab Nationalists and Popular Politics in Mandate Palestine. Library of Middle East History ; v. 10. London ; I.B. Tauris, 2006, 189–190..
Déroulement
Selon le rapport d'enquête officiel, les manifestations se déroulent en cinq phasesJ. W. Murison and H. H. Trusted, Report of the Commission appointed by His Excellency the High Commissioner for Palestine by Notification No. 1561 published in the Palestine Gazette dated 16 November 1933. The Palestine Gazette, No. 420, 7 February 1934, pages 87–105. : manifestation de Jérusalem le 13 octobre ; manifestation à Jaffa le 27 octobre ; manifestations à Haïfa les 27–28 octobre ; manifestation à Naplouse le 27 octobre ; dernière manifestation à Jérusalem les 28–29 octobre.
En réponse aux appels des sionistes à une immigration sans restrictions et au vote d'une loi les favorisant, le comité exécutif arabe appelle, le 8 octobre, à une grève générale et à des manifestations pour le 13. Malgré le rappel officiel de l'interdiction des manifestations depuis les émeutes de 1929, le comité exécutif ne revient pas sur son appel.
Le 13 octobre à Jérusalem, après les prières de milieu de journée, la manifestation démarre, menée par Moussa Qazem al-Husseini. Les manifestants font face à la police, qui n'a pas d'armes à feu mais est déterminée à briser la manifestation. Des pierres sont jetées et la police charge à la matraque, y compris un groupe de femmes musulmanes. Cinq policiers et six manifestants sont blessés.
Le comité exécutif considère la manifestation comme un succès et décide d'appeler à une autre à Jaffa le 27. Après en avoir discuté avec le Haut-Commissaire , le commissaire de district informe le comité qu'il n'autorise pas un défilé mais qu'il accepte de recevoir une délégation. Cette offre est rejetée et la manifestation a lieu. La police et les manifestants se trompent sur le trajet de la manifestation. Quelques manifestants s'étaient munis de bâtons et de barres de fer. Ils font face à un cordon d'une centaine de policiers sans armes à feu, dont de nombreux policiers à cheval. Dans les affrontements, deux policiers sont poignardés dans le dos. L'agent Faraday, qui se tenait en réserve avec une quinzaine d'hommes armés, intervient. Ils tirent plusieurs salves. Dans un cas, ils de tirer sur une terrasse de café d'où ils avaient été attaqués. L'octogénaire Moussa Qazem al-Husseini est blessé au front d'un coup de massue donné par un policier à cheval. La police tire plus de 150 cartouches, tuant 15 manifestants et en blessant 39 (20 morts selon l’Encyclopédie de la question palestinienne). Un policier arabe est tué par de lourdes pierres qui lui ont été jetées. Un garçon de six ans est tué par une balle perdue qui a traversé une clôture. Ce bilan provoque une grève générale d'une semaine.
La nouvelle parvient à Haïfa dans la soirée. Une manifestation caillasse la police qui l'affronte armée de matraques et d'armes à feu, l'émeute se prolongeant le lendemain matin. Quatre civils sont tués et dix blessés pour 16 policiers blessés. C'est aussi à Haïfa que se produit la seule attaque de Juifs de ces manifestations. Le chauffeur d'un utilitaire et son passager sont blessés mais ssont défendus par des Arabes.
Une petite émeute a lieu à Naplouse le 27 où une personne est tuée par un tir de la police. Trois incidents séparés émaillent également les manifestations à Jérusalem les jours suivants, sans blessure sérieuse.
Bilan et conséquences
Le bilan s'établit à un policier tué et 56 blessés pour 26 manifestants tués et 187 blessés selon la commission Murrison, plus de 30 morts et 200 blessés selon l’Encyclopédie de la Question palestinienne. Tous les manifestants sont tués par arme à feu. Pendant les manifestations, l'armée britannique se tient en réserve sans intervenir.
Quinze des leaders des manifestants sont condamnés à de longues peines de prison mais sont libérés en appel pour bonne conduite. Contrairement aux précédentes émeutes, les manifestations ne se soldent pas par une suspension de l'immigration juive.
Le 26 mars 1934, Moussa Qazem al-Husseini meurt, la blessure reçue à Jaffa n'étant pas la cause principale de sa mort. Après sa mort, le comité exécutif arabe cesse de fonctionner« Death of Musa Kazim Husseini », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question..
Une commission d'enquête est nommée avec un cadre fixé soigneusement pour écarter tout examen de la politique gouvernementale. Le procureur général de Palestine, , et l'ancien président de la Cour suprême des Établissements des détroits, Sir James William Murison, rendent leur rapport le 4 janvier 1934« Murison Commission of Inquiry », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question., où ils affirment qu'. Ils exonèrent la police de toute responsabilité, mais notent cependant l'inquiétude suscitée par l'immigration juive croissante et les achats de terres.
Voir aussi
Déclaration Balfour de 1917 • Émeutes de Jérusalem de 1920 • Émeutes de 1921 en Palestine mandataire• Émeutes de 1929 en Palestine mandataire Antisionisme nationalisme arabe Mohammed Amin al-Husseini nationalisme palestinien
Notes
Catégorie:1933 en Palestine mandataire Catégorie:1933 en politique Catégorie:Palestine mandataire Catégorie:Massacre en Palestine Catégorie:Massacre de Palestiniens