vignette|Carte de la zone-tampon (délimitée par la ligne jaune).

La ligne jaune au Liban est une limite établie unilatéralement par Israël le 18 avril 2026 au nord de sa frontière avec le Liban, au cours de la guerre contre le Hezbollah« Guerre au Moyen-Orient, jour 50 : un militaire français tué au Liban… Le bilan du samedi 18 avril », La Croix, § « L’armée israélienne annonce avoir établi une « ligne jaune » de démarcation au Liban », 18 avril 2026., délimitant une zone d’occupation le long de sa frontière où les localités libanaises musulmanes chiites sont systématiquement raséesVoir le dossier de L'Orient-Le Jour, « Ce que les villages du Liban-Sud, détruits par Israël, représentent pour ceux qui en sont originaires », constitué le 29 avril 2026..

Le 18 juin, Israël étend ses revendications sur une zone contrôlée plus grande« Israel plans expanded occupation of Lebanon in defiance of US-Iran pact », Middle East Eye, 18 juin 2026..

Début septembre, pendant le cessez-le-feu, Israël conquit la colline d'Ali el-Taher, bastion du Hezbollah.

Le 9 septembre 2026, Israël fait exploser les tunnels du Hezbollah à Ali el-Taher avec 1100 tonnes d'explosifs provoquant une secousse de magnitude 4,1 dans la régionGiula della Michelina, « Sud-Liban-A-Zawtar-El-Gharbiyeh-la-vie-suspendueSud-Liban. À Zawtar El-Gharbiyeh, la vie suspendue », Orient XXI, 22 septembre 2026.

Contexte

Israël a mené cinq guerres contre ou au Liban depuis sa création : guerre israélo-arabe de 1948, le Liban étant partie prenante de la coalition arabe ; invasion de 1982 suivie d’une occupation de 18 ans ; conflit israélo-libanais de 2006 ; guerre contre le Hezbollah depuis 2023 ; nouvelle guerre contre le Hezbollah en 2026.

Il a aussi occupé une zone de taille variable dans le sud du Liban de 1982 à 2000 (voir Occupation israélienne du Sud-Liban). Le Hezbollah est sorti renforcé, même sans obtenir de victoire en tant que telle, de chacune des interventions israéliennesMarc Daou, « Comment les occupations israéliennes du Sud-Liban ont renforcé le Hezbollah », France 24, 7 avril 2024..

Depuis 2023, la région est secouée par une crise qui commence après les attaques du Hamas du 7 octobre. Depuis, Israël a mené des guerres sur de multiples fronts.

Création et extension

La création d’une ligne jaune au Liban, similaire à celle créée à Gaza à l’automne 2025, était en débat public en Israël depuis début avril, notamment parce que l’objectif initial de désarmement du Hezbollah paraissait inatteignable. Le modèle implique de détruire toutes les habitations de la zone« Israel plans 'Yellow Line' model in Lebanon by razing southern villages », Middle East Eye, 3 avril 2026. et de la vider de sa population (entièrement selon le Monde diplomatiqueAkram Belkaïd, « Le Liban sous le feu », Le Monde diplomatique, avril 2026, 865, 13., entièrement sauf les chrétiens selon Israël).

En même temps qu’elle annonçait sa mise en place, l’armée israélienne a annoncé tirer sur les personnes qui s‘approchent de ses troupes« Liban : ce que l’on sait de la ligne jaune de démarcation établie par Israël », France 24, 20 avril 2026.. Selon l’armée israélienne, il s‘agit de défendre le nord d’Israël contre les tirs du Hezbollah.

Selon l’agence de presse AA, elle fonctionne comme une ligne de défense avancée pour Israël : il s’agit d’une ligne parallèle à la ligne bleue établie en 2000. Elle part de la mer Méditerranée vers Naqoura et va jusqu’à la frontière syro-libanaise, au niveau de la (Anti-Liban), d’où elle surplombe la route entre Beyrouth et Damas. Selon la carte diffusée par Israël, elle se trouve de 4 à 10 kilomètres de la frontière à l’intérieur du Liban. Cinq divisions la défendent. Placée au sud du fleuve Litani, elle le franchit à l’est. Le terme de crête Crisfofani est un terme inventé par Israël pour désigner le sud de l’Anti-Liban dans la zone proche du Mont Hermon. Ce remplacement du nom libanais des monts orientaux par une création israélienne est dénoncée par la commission nationale des droits humains libanaise comme une tentative d’israéliser la géographie libanaise, qui dénonce aussi son occupation quelques minutes avant l‘entrée en vigueur du cessez-le-feu comme un acte de mauvaise foi« “Christophini”: Phantom Mountains on the Occupation’s Map – An Attempt to “Israelize” Lebanese Geography », Commission nationale des droits humains du Liban, 17 avril 2026..

De fait, elle place 62 villes et villages libanais sous domination israélienne« Comme à Gaza, Israël cherche à imposer une “ligne jaune” dans le sud du Liban », Courrier international, 21 avril 2026.. Le journal L’Orient-Le Jour estime qu’elle fonctionne comme une annexion d’un territoireMounir Rabih, « "Ligne jaune" israélienne, du Sud à la Syrie : Gaza comme mode d’emploi au Liban », L'Orient-Le Jour, 19 avril 2026. qu’il estime à 602 km².

Le 18 juin, Israël étend la zone revendiquée, repoussant la ligne jaune d'une dizaine de kilomètres à certains endroits (voir plus bas les villages concernés).

Destructions systématiques

Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a annoncé que les villages ci-après, se trouvant entre la frontière israélo-libanaise et la ligne jaune, seraient intégralement démolis, sauf les villages chrétiensEmanuel Fabian, « 26 ans après, Tsahal rétablit sa zone de sécurité dans le sud-Liban, avec des différences notables », Times of Israel, 20 avril 2026. et occupés après la guerre, et que leurs habitants ne seraient pas autorisés à y rentrer. Des dizaines de villages ont déjà été rasés totalementPhilippe Pernot, « "C’est comme à Gaza" : Israël veut rendre le Sud-Liban invivable », Reporterre, 20 avril 2026. ou partiellement, comme à Blida, dont la mosquée remarquable a aussi été bulldozéeHussein Shaaban, « Erasing History : The systematic Destruction of Lebanon's Heritage », Osint. Plusieurs zones ont été bombardées au phosphore blanc (arme illégale) en 2024 et avec du glyphosate en 2026. Les vergers et les oliveraies ont aussi été arrachés.

Le 4 mai, une source ministérielle estimait à 17 le nombre de villages totalement détruits, et à 22 ceux en cours de destruction ; le même jour, Ziad Majed, de l’université américaine de Paris, donnait le chiffre de 55 villes et villages sur lesquels on avait des informationsCanterer, Majed, , 1'50".

Les localités occupées sont l’objet d’une politique de destruction totale, qui ne tient pas compte des cessez-le-feu ; durant la première phase de la guerre, l’ONG libanaise Legal Agenda a documenté 28 destructions planifiées à l’explosif jusqu‘à novembre 2024 ; et 421 de novembre 2024 à novembre 2025, soit pendant le cessez-le-feu. Selon Orient XXI, au 4 maiGiulia Della Michelina, « Sud-Liban. Un retour sous les bombes pour les déplacés de Nabatiyeh », Orient XXI, 4 mai 2026.. Arthur Sarradin note également le caractère systématique de ces destructionsArthur Sarradin, « Guerre La ligne jaune imposée par Israël, un coup de cutter dans la carte du Sud-Liban », Libération, 23 avril 2026.. L‘ampleur des destructions a poussé certains à les qualifier de domicidePaul Khalifeh, « Sud du Liban: avec la destruction méthodique des habitations par Israël, une mémoire qui s'efface », RFI, 2 mai 2025. ou d’urbicideAnne Canterer, Ziad Majed, « Au Liban comme à Gaza, la méthode de la terre brûlée est "une politique israélienne d'État" », RFI, 4 mai 2025, à 0 minutes 50 sec.., qui rend tout retour impossible et peut porter atteinte à l’identité libanaise en détruisant tout ce qui raconte un souvenir des habitants. Ce qui en fait un crime de guerre selon Ziad Majed.

Ces destructions systématiques ont poussé les Libanais obligés de quitter les lieux et les administrations à prendre certaines précautions : les mairies ont transféré les fichiers informatiques du cadastre, les maires ont emporté les fichiers de l’état-civil, et les habitants ont emporté leurs titres de propriété, évoquant le précédent du nettoyage ethnique de la Palestine en 1948 (ou Nakba).

Influence sur la frontière maritime

Dans la carte diffusée par Israël, la ligne jaune se prolonge en mer, ce qui a soulevé des inquiétudes au Liban à propos de la délimitation des zones économiques exclusives entre les deux pays. Le différend frontalier maritime israélo-libanais avait été résolu par la négociation le 27 octobre 2002, attribuant un champ gazier offshore à chacun des deux pays« Israël redessine-t-il les contours de sa frontière maritime avec le Liban ? », L’Orient-Le Jour, 24 avril 2026..

Listes des localités libanaises concernées Voir aussi :Catégorie:Localité libanaise détruite par Israël

Note : en fonction des cartes utilisées, les localités d’, Rchaf, Zaoutar al-Charqiyé, , Slaiyeb, Darjat et Halta sont incluses ou non dans la zone de sécurité désirée par Israël avant le 18 juin.

Le 26 avril, Israël continue sa politique de nettoyage du Sud-Liban par le vide en appelant les habitants de dizaines de villages à partir avant les bombardements, et à ne pas revenir pour ceux déjà partis. Les villages concernés, outre ceux déjà inclus dans la ligne jaune, sont Meifdoun, Choukine, Arnoun, Zaoutar el-Gharbiyé, Zaoutar el-Charkiyé, Kfar Tebnit, Oum el-Tout, Qalaat Daba, Qousair« Frappe sur Kfar Tebnit, l'un des sept villages du nord du Litani menacés par l'armée israélienne ; des habitants de la région de Nabatiyé fuient la zone | Direct», L’Orient-Le Jour, 26 avril 2026.

L'extension de la zone revendiquée le 18 juin place les huit villages de Mazraat Byout El Saiyad, , , , Zaoutar al-Charqiyé, , Yohmor et en zone dite tampon (voir carte sur X).

Note : Il n’y a pas eu de recensement officiel au Liban depuis 1932 : les chiffres de population sont donc ceux des listes électorales, les mineurs de moins de 21 ans ne sont pas comptabilisés.