La bataille de Mobile Bay est une bataille navale de la guerre de Sécession qui a été disputée le .

Elle voit une escadre nordiste, sous les ordres du contre-amiral David Farragut, forcer l'entrée de la baie de Mobile et l'emporter sur une escadre sudiste menée par le cuirassé CSS Tennessee. La conséquence de cette action est la neutralisation du dernier port de la Confédération sudiste assurant le passage des forceurs de blocus, contribuant à la défaite finale du Sud.

Situation militaire En , les nordistes s'approchent d'Atlanta. Conformément au plan dit « de l'anaconda », qui visait à étrangler le Sud, l'un des objectifs restant, après la capture de La Nouvelle-Orléans et Pensacola, était Mobile, dernier bastion des forceurs de blocus sudistesK Dougherty, Strangling the Confederacy, Coastal Operations in the American Civil War, 2010, Casemate Publishers, page 155..

L'escadre de blocus de l'Ouest du golfe du Mexique (West Gulf Blockade Squadron) de l'Union Navy est chargée de l'opération.

Disposition des lieux

La baie de Mobile, à 150 milles à l'Est du delta du Mississippi, a une longueur de 30 milles, pour une largeur de 6 milles environ à son embouchure. La profondeur de l'eau est faibleQuand le Tennessee descendra de Mobile vers l'entrée de la baie, il devra être accompagné de deux vapeurs, portant respectivement ses munitions et son charbon. Chargé normalement, il n'aurait pas pu passer sans s'échouer..

La ville de Mobile, est au fond de la baie, au nord.

vignette|gauche|Fort Morgan (vu du S.O.), après sa capture par les forces nordistes (). L'entrée de la baie est barrée par des îles peu élevées, portant des forts en maçonnerie. À l'est, le fort Morgan, 38 canons7 de 10", 3 de 8" et 22 32 livres ; 2 rayés de 6,5", 4 rayés de 5,8". En plus, le commandant du fort, le brigadier Richard L. Page, avait établi 29 autres pièces dans des batteries extérieures. La plus formidable armée des columbiads de 10", un 8" rayé et deux 32 livres rayés. Les renseignements fournis à Farragut étaient encore plus alarmants, attribuant « de 120 à 125 bouches à feu » au lieu des 70 pouvant réellement battre le chenal. ; à l'Ouest, sur l'île Dauphine, le fort Gaines, 25 canons3 columbiads de 10", 5 de 30 livres, 2 de 24 livres et 2 de 18 livres ; il avait aussi 4 de 32 livres rayés. Il disposait en plus de 11 obusiers de 24 livres mais qui devaient plutôt servir à la défense du fort..

Le chenal principal, entre les îles, les bancs de sable et les obstructions, est sur le côté Est de la passe, sous les canons du fort Morgan.

Adversaires Nordistes Les forces navales nordistes sont sous les ordres du contre amiral David G. Farragut. En , il dirige l'escadre qui fait le blocus de la baie de Mobile.

Son escadre comprend 26 navires. Ils seront repartis en trois groupes.

Forces d'attaque

Leur but est de forcer le passage.

4 monitors, navires cuirassés dont la forme générale ressemble à celle de celui qui est à l'origine du nom : « une boîte à fromage posée sur une planche »On se reportera à l'article pour plus de détails sur ces curieux navires..

, , , 2 canons de 15"En système métrique, cela donne un calibre de 381 mm. C'est-à-dire le calibre, sinon la puissance, des canons des cuirassés britanniques qui affronteront les navires allemands, lors de la Jutland, en 1917. ; , idem ; , classe Milwaukee, , 4 canons de 11"En système métrique, cela donne un calibre de 280 mm. C'est-à-dire le calibre, sinon la puissance, des canons du Graf Spee à la Bataille du Rio de la Plata, en 1940. ; , idem.

Les deux premiers sont des monitors « de haute mer » (en anglais : "sea-going monitors"). Ils ont une tourelle cylindrique portant 2 canons Dahlgren de .

Les deux derniers sont des monitors fluviaux. Ils portent deux tourelles cylindriques ayant chacune deux canons Dahlgren de .

5 frégates , , 24 canons ; , , 21 canons ; , , 20 canons ; , , 8 canons ; , , 8 canons.

3 sloops , , 5 canons ; , , 5 canons ; , , 9 canons.

Aux trois précédents s'ajoute un bâtiment, auparavant cuirassé et classé comme sloop à héliceLe Galena avait été décommissionné en 1863. Il revient au service en février 1864. De son blindage d'origine, il ne reste alors plus qu'une protection de ses machines. Mais il emporte désormais 9 pièces d'artillerie au lieu des 6 d'origine. : , , 9 canons.

5 canonnières, propulsées par des roues à aubes latérales : , , 6 canons ; , , 6 canons ; , , 6 canons ; , , 8 canons ; , , 11 canons.

Son escadre est disposée en 2 colonnes. Celle de droite, la plus proche des canons du fort Morgan, est composée des 4 monitors. Celle de gauche regroupe les navires en bois.

Pour s'assurer que ceux-ci ne seront pas désemparés et immobilisés au milieu du passage, ils sont couplés, deux à deux, avec une canonnière amarrée sur leur côté gauche.

Le premier est le Brooklyn avec, à sa gauche, l'Octorara. Farragut lui fait prendre la tête de la colonne car ce navire dispose d'un dispositif pour éviter les « torpilles ». Dispositif assez rudimentaire, puisqu'il s'agit d'un espars, placé sous le beaupré, et d'où pendent des chaînes terminées par des grappins. De la sorte, comme un râteau, les grappins sont censés accrocher les « torpilles » par leurs chaînes et les écarter de la coque. C'est aussi celui qui peut mettre « en chasse »Les canons de chasse sont ceux qui peuvent tirer sur l'avant, sur la proie que l'on chasse. Sur l'arrière, ce seraient des canons de retraite, pour tirer sur le poursuivant. le plus de canons et il paraît utile de pouvoir tirer le plus tôt possible sur le fort Morgan, ce que la disposition latérale des canons ne permettrait pas.

Derrière, on trouve, dans l'ordre, Hartford et Metacomet, Richmond et Port Royal, Lackawanna et Seminole, Monongahela et Kennebec, Ossipee et Itasca, Oneida et Galena.

Tous les navires en bois ont installé, sur leur flanc droit, des chaînes en guise de blindage improviséCela peut sembler curieux, mais dans les rapports faits après la bataille, on trouve au moins une mention d'un projectile arrêté par des chaînes (sur le Hartford) et un autre où, pour un autre bâtiment, on précise que le projectile n'a pas été arrêté par les chaînes et a pénétré la coque pour exploser à l'intérieur. L'efficacité était donc relative, mais pas symbolique..

Réserve 4 autres canonnières qui restent à l'Est de Mobile Point. Sebago, Pembina, Genesee, Bienville Ces navires doivent, en attendant, bombarder le Fort Morgan pour affaiblir la réponse qu'il donnera au passage de l'escadre nordiste.

Diversion Stockdale Estrella Narcissus JP Jackson Comenaugh

Ces navires ont pour mission de bombarder le Fort Gaines, afin de faciliter l'approche des forces du général Granger, devant attaquer ledit fort. Accessoirement, ils doivent fournir une opposition à des bâtiments sudistes venant de l'ouest.

Sudistes Les forces navales de la Confédération sont sous les ordres de l'amiral Franklin Buchanan. Celui-ci avait été le commandant du Merrimack lors du combat de Hampton Roads (1862). Aujourd'hui, il arbore sa marqueIl s'agit d'un pavillon bleu, rectangulaire, similaire à celui qu'arbore Farragut sur le mât d'artimon du Hartford. sur le cuirassé Tennessee.

Le cuirassé Tennessee Le cuirasséC'est le du nom. Avant lui, un autre navire a porté ce nom. Cuirassé de type Arkansas, détruit le à Memphis, avant même d'être achevé. est mis sur cale en octobre 1862, à Selma, dans l'Alabama ; mis à l'eau fin février 1863, il est remorqué jusqu'à Mobile pour y être armé. Il y reçoit son blindage, ses machines et ses canons. Il est réceptionné le et mis sous les ordres du lieutenant James D. Johnston. Il ne comporte alors encore aucun aménagement pour accueillir l'équipage.

vignette|gauche|Aperçu du cuirassé Tennessee II. C'est un cuirassé à coque en fer de facture classique pour les Confédérés. C'est-à-dire qu'il porte une casemate aux flancs inclinés de 45°. Les plans d'après lesquels il a été construit dérivent de ceux du Columbia… qui dérivaient eux-mêmes des plans de ceux de la classe Richmond, c’est-à-dire de l'un des deux modèles de base dessinés par Porter au début du conflit.. Mais le blindage comporte trois couches, où ses prédécesseurs n'en avaient que deuxUn exemple, expliquant cette augmentation du blindage : le , devant Savannah, le CSS Atlanta combat deux monitors nordistes, les USS Weehaukeen et USS Nahant. De classe Passaic, ils portent chacun dans leur tourelle un canon de () et un autre de (). Leurs canons de infligeront au Sudiste de gros dégâts, malgré son blindage de deux couches superposées de plaques de fer de () d'épaisseur. Échoué, il amènera son pavillon plus tard.. Les plaques fournies par une fonderie d'Atlanta mesurent de long () pour une largeur de (). Leur épaisseur est de (). Sur l'avant et jusque derrière le poste de pilotage, trois épaisseurs de ces plaques sont rivetées. Ensuite, jusqu'à la fin de la casemate, le blindage comprend deux couches de plaques de sur une troisième ne faisant, elle, que (). Le pont a un blindage fait d'une couche de plaques de ().

La hauteur de la casemate est de ().

Son déplacement est de . Sa longueur de (), pour une largeur de (). Il a un tirant d'eau de ().

Ses machines viennent d'un navire de commerce, l'Alonzo Childmais cette origine est contestée par certaines sources.. Ce sont deux machines à vapeur alimentées par quatre chaudières. Le Tennessee dispose de deux hélices quadripales. Les machines manquent de puissance et ne permettront qu'une vitesse de 6 nœudsUn nœud est une mesure de vitesse donnant la distance parcourue en une heure, mesurée en milles marins, . Une vitesse de 6 nœuds, c'est 6 milles marins à l'heure ou à l'heure. Le cuirassé Tennessee est donc particulièrement lent. au cuirassé.

Un grave défaut peut être relevé. Il vient des chaînes permettant de manœuvrer le gouvernail. Elles sont à découvert sur le pont arrière et sans aucune protection.

Son équipage comprend 133 marins.

Son armement comprend six canons. Sur chaque flanc, deux canons rayés Brooke de . À l'avant et à l'arrière, un canon rayé Brooke de Les canons rayés ont, sur les canons lisses, l'avantage d'une puissance de pénétration supérieure permettant le combat à plus longue distance.. Les canons avant et arrière sont montés sur pivot et peuvent utiliser trois sabords pour tirer dans l'axe du navire ou sur un côté.

Les sabords sont protégés par des mantelets de fer de d'épaisseur (), permettant de protéger l'équipage pendant le chargement de la pièce. Sur les côtés, ces mantelets coulissent dans des glissières permettant de les remonter au-dessus du sabord. Pour les sabords des extrémités, les mantelets sont fixés sur le bas et pivotent ; des chaînes permettant de les manœuvrer.

Les trois autres navires

Les autres navires de la flottille sudiste sont des navires en bois, non blindés, équipés de roues à aubes sur les côtés. CSS Gaines, il déplace . Il dispose de 6 canons. Deux canons rayés, un et un les 4 autres sont des 32 livres (2 sont rayés).

CSS Morgan, similaire au Gaines en dimensions, il dispose aussi de 6 canons. CSS Selma : Ancien vapeur côtier Florida, construit en 1856 à Mobile, il déplace . Il servait avant guerre à faire la liaison entre Mobile, La Nouvelle-Orléans, le lac Ponchartrain. Il dispose de 4 canons, un rayé et 3 obusiers (shell guns) de .

Dispositif de défense sudiste