Sunizade Seyit Mehmet Emin Efendi (1614 – ) est un érudit, juriste et calligraphe ottoman du XVIIᵉ siècle. Il occupe brièvement la charge de Şeyhülislam (chef religieux suprême de l'Empire ottoman) en 1662, avant d'en être destitué au bout de quelques mois dans des circonstances controversées.

Origines et filiation Mehmed Emin Efendi naît en 1614 à Istanbul. Il est le fils de Sun'ullah Efendi, connu sous le surnom de Kara Sun'î (« le Noir Sun'î »), qui exerce la charge de cadi (juge islamique) d'Alep sous le règne du sultan Ahmed Ier. De son patronyme paternel découle le terme Sunizade, qui signifie littéralement « fils de Sun'î ».

Par sa lignée maternelle, les sources de l'époque rapportent qu'il descend d'Émir Sultan, le saint soufi Şemseddin Mehmed Ali al-Hüseyni, originaire de Boukhara, gendre du sultan Yıldırım Bayezid et personnalité spirituelle majeure de Bursa au tournant du XVe siècle. C'est précisément en raison de cette ascendance prophétique revendiquée que Mehmed Emin porte le titre honorifique de seyit (ou seyyid), désignant dans la tradition ottomane un descendant du Prophète Mahomet.

Formation Après avoir reçu une première instruction de son père, Mehmed Emin Efendi se rend à Istanbul pour parfaire sa formation auprès des grands savants de son époque. Il suit notamment l'enseignement d'Azmîzâde Efendi, juriste et poète réputé de la capitale impériale. Il intègre ensuite le cursus des mülazims, ces assistants ou novices qui s'attachent à un maître accrédité pour obtenir leur habilitation à enseigner. Il est ainsi rattaché à Osman Hânî Ömer Efendi.

Ce parcours suit rigoureusement la hiérarchie de l'ilmiyye, la classe savante de l'Empire ottoman, dont les degrés successifs conduisent pour les plus méritants jusqu'aux plus hautes fonctions religieuses et judiciaires de l'État.

Carrière d'enseignant (müderris) En (Safer 1037 selon le calendrier hégirienne), Mehmed Emin Efendi est nommé professeur (müderris) à la médersa Nişancı Mehmed Paşa dite Nişancı Paşay-ı Atîk à Istanbul.

En , il est affecté à la médersa Yahyâ Efendi ; en , à la médersa Murad Paşa (dite Murad Paşay-ı Cedîd) ; en , au Sahn-ı Semân, l'ensemble de huit medersa fondé par Mehmed II au sein du complexe de la mosquée Fatih, qui constitue l'un des établissements d'enseignement les plus prestigieux de l'Empire. En 1637, il rejoint la médersa Şâh Sultan, puis celle d'Aya Sofya (Sainte-Sophie) en 1639, et enfin la médersa de la Süleymaniye en 1640.

Carrière judiciaire Mehmed Emin Efendi embrasse la carrière de cadi. En 1641, il est nommé cadi de Thessalonique (Selanik), mais est destitué de ce poste en 1643. Il est ensuite désigné cadi d'Alep en 1646 ville que son père avait autrefois administrée, puis cadi du Caire en 1647, mais est destitué de ce second poste en moins d'un an.

En 1649, il accède à la charge de cadi d'Istanbul, l'une des magistratures les plus importantes de l'Empire. Il en est relevé en 1650. En 1654, il est nommé kazasker (grand juge) d'Anatolie, mais se retire en 1655. Il obtient ensuite la dignité de paye de Roumélie (Rumeli pâyesi) et est nommé kazasker de Roumélie en 1657. Destitué à nouveau en , il se retire en isolement (inziva) pendant une période. Il est cependant rappelé et nommé une seconde fois kazasker de Roumélie en 1660-1661.

Le (13 Cemâziyelâhir 1072), à l'occasion de la destitution de son prédécesseur Esîrî Mehmed Efendi qui s'était opposé au grand vizir Köprülü Fâzıl Ahmed Paşa, Sunizade Seyit Mehmet Emin Efendi est nommé Şeyhülislam par le sultan.

Destitution et controverses Après environ dix mois de fonctions, le (9 Rebîülâhir 1073), Mehmed Emin Efendi est révoqué lors d'une séance du divan impérial. La raison officielle invoquée est la sénilité. Les chroniqueurs contemporains, notamment Naîmâ dans son Târih, décrivent Mehmed Emin comme un individu « léger de caractère » (hafifmeşrep), incapable de maintenir la dignité et la gravité qu'exige la fonction de Şeyhülislam. D'autres accusations font état d'une incapacité à gérer les affaires extérieures (umûr-ı hâriciyye) et de la réception de pots-de-vin.

Une troisième raison, également mentionnée par les sources, concerne une fatwa particulièrement sensible : Mehmed Emin aurait délivré un avis juridique autorisant l'exécution de Sütçü Beşir Ağa considéré comme le qutb (pôle spirituel) de la confrérie soufie des Melâmiyye ainsi que celle de ses disciples.

Talents calligraphiques Au-delà de ses fonctions juridiques et académiques, Mehmed Emin Efendi est réputé pour sa maîtrise de la calligraphie dans le style ta'lîq (également orthographié taliq ou nasta'liq), script cursif d'origine persane très répandu dans les milieux lettrés ottomans. Il aurait appris cet art auprès de Derviş Abdî-i Mevlevî, maître calligraphe appartenant à l'ordre des Mevlevis.

Mort et sépulture Sunizade Seyit Mehmet Emin Efendi meurt en (Muharrem 1076) dans son yalı (résidence sur le Bosphore) à Beşiktaş. Il est inhumé dans le quartier d'Üsküdar, à proximité du Dergâh d'Aziz Mahmud Hüdâyî, complexe soufi fondé par le grand saint ottoman du même nom.

Sa tombe est surmontée d'une large pierre tombale couronnée d'un kavuk (turban), insigne traditionnel des dignitaires religieux ottomans. Selon l'historien Mehmet Nermi Haskan, à la suite du tremblement de terre de 1894 et des réparations qui entraînèrent l'agrandissement de la mosquée du dergâh, la sépulture de Mehmed Emin Efendi se trouverait désormais sous le sol de l'édifice rénové.

Héritage et place dans l'histoire ottomane Sunizade Seyit Mehmet Emin Efendi incarne le profil type du savant ottoman de carrière : formé à Istanbul, progressant méthodiquement à travers les medersa et les tribunaux, avant d'atteindre le sommet de la hiérarchie islamique. Son passage bref et mouvementé à la tête du Şeyhülislamat illustre les rapports de force qui régissent l'Empire ottoman au milieu du XVIIᵉ siècle, période marquée par la toute-puissance des grands vizirs de la famille Köprülü et la fragilité des équilibres entre pouvoir politique et autorité religieuse.

Références

Catégorie:Naissance en 1614 Catégorie:Décès en 1653 Catégorie:Naissance à Constantinople