Théodore Munyangabe est un ancien responsable administratif rwandais, sous-préfet dans l’ancienne préfecture de Cyangugu, cité dans plusieurs sources relatives au génocide des Tutsi au Rwanda.

Il est notamment mentionné dans les événements liés aux massacres de Tutsi réfugiés à la paroisse de Shangi, dans l’ancienne commune de Gafunzo, aujourd’hui située dans le district de Nyamasheke.

Biographie

Théodore Munyangabe est le fils de Innocent Sebuhoro et de Anathalie Nyirabije, et est né dans la cellule de Nyamavugo, secteur de Bunyangurube, commune de Gafunzo, dans l’ancienne préfecture de Cyangugu.

Avant et pendant le génocide de 1994, il exerce des responsabilités administratives comme sous-préfet dans la préfecture de Cyangugu. Cette région, située dans le sud-ouest du Rwanda, comprend alors plusieurs communes où des massacres de Tutsi sont documentés, notamment à Shangi, Mibirizi, Kamembe et dans les environs de l’ancien district administratif de Cyangugu.

Génocide des Tutsi à Cyangugu

Contexte local

La paroisse catholique de Shangi, située avant le génocide dans l’ancienne commune de Gafunzo, devient en un lieu de refuge pour de nombreux Tutsi fuyant les violences.

En 1993, des miliciens Interahamwe de Gafunzo sont entraînés à l’usine à thé de Shagasha. Le rapport de la Commission nationale de lutte contre le génocide mentionne, parmi les responsables associés à cet entraînement, des autorités administratives et militaires de la préfecture de Cyangugu.

Massacres à la paroisse de Shangi

À partir du , des Tutsi se réfugient à la paroisse de Shangi. Des barrages sont établis dans la région et les premières attaques contre les personnes réfugiées à la paroisse ont lieu les 12 et . Le , une attaque plus importante est menée par des Interahamwe, notamment ceux venus de Nyamirundi et dirigés par un responsable surnommé Pima. Les miliciens obtiennent auparavant des armes et des grenades à la commune de Gafunzo, sur instruction du bourgmestre Karorero Charles.

Le , une délégation venue de la préfecture et conduite par le sous-préfet Théodore Munyangabe tient une réunion avec les conseillers locaux. Ceux-ci reçoivent la consigne d’établir la liste des Tutsi ayant fui leurs domiciles ainsi que les lieux où ils se sont réfugiés. Dans les jours suivants, le prêtre Aimé Mategeko, le sous-préfet Munyangabe et des agents communaux viennent régulièrement à la paroisse afin d’en extraire des hommes adultes, des garçons et des personnes instruites. Les personnes désignées sont présentées comme devant être conduites à Kamembe pour répondre à des accusations de détention d’armes ; selon le rapport, aucune ne revient.

Le , une attaque majeure est menée contre la paroisse de Shangi par des Interahamwe dirigés par Yusufu Munyakazi, venus de Bugarama dans plusieurs camions et armés de machettes, de gourdins, de fusils et de grenades. Les tueries se poursuivent le lendemain contre les blessés et les survivants. Les corps sont ensuite jetés dans une fosse appelée « Croix-Rouge », correspondant à d’anciennes latrines de l’école primaire de Shangi.

Procédures judiciaires

Condamnation en première instance

Théodore Munyangabe est poursuivi devant la chambre spécialisée du tribunal de première instance de Cyangugu pour plusieurs infractions liées au génocide et aux crimes contre l’humanité. Les faits reprochés portent notamment sur des événements survenus à Karambi, Mibirizi, Shangi et au stade Kamarampaka, dans l’ancienne préfecture de Cyangugu.

Le , le tribunal de première instance de Cyangugu le condamne à la peine de mort et à la dégradation civique. Il est également condamné au paiement de dommages et intérêts et de frais de justice.

Acquittement en appel

Théodore Munyangabe interjette appel le . Dans son arrêt du , la Cour d’appel de Cyangugu examine notamment les moyens tirés de la violation des droits de la défense, du défaut d’audition de témoins à décharge et d’erreurs de fait. La cour estime que l’appel est recevable et statue sur le fond.

La Cour d’appel relève que les éléments de preuve présentés par le ministère public et les parties civiles ne permettent pas d’établir avec certitude la culpabilité de l’appelant. Elle considère notamment qu’il subsiste un doute sérieux sur les faits qui lui sont reprochés à Karambi, Mibirizi, Shangi et au stade Kamarampaka. En conséquence, elle infirme le jugement de première instance et acquitte Théodore Munyangabe de l’ensemble des infractions mises à sa charge, pour défaut de preuves et au bénéfice d’un doute sérieux.

Procédure gacaca

En , l’agence Hirondelle, reprise par JusticeInfo.net, rapporte que le prêtre Aimé Mategeko est condamné à la prison à perpétuité par la juridiction gacaca de Gihundwe pour incitation aux massacres de Tutsi réfugiés à la paroisse de Shangi. Le même article indique que Mategeko est jugé aux côtés de l’ancien sous-préfet Théodore Munyangabe et du magistrat Jean Bimenyimana, également condamnés à la prison à perpétuité en isolement.

Cette information doit être distinguée de l’arrêt de la Cour d’appel de Cyangugu de 1999, qui avait acquitté Théodore Munyangabe dans une procédure judiciaire antérieure.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Génocide des Tutsi au Rwanda Préfecture de Cyangugu Mémorial du génocide de Shangi District de Nyamasheke Gacaca

Liens externes

Catégorie:Personnalité rwandaise du XXe siècle