Le massacre de Villelaure est une exécution sommaire de six résistants et otages perpétrée le 9 juillet 1944 par des soldats allemands à Villelaure, dans le département de Vaucluse, en France, durant les dernières semaines de l’Occupation. Les victimes, otages civils et prisonniers détenues à Cavaillon, sont conduites à l’entrée du village, dans le quartier du Mardéric, où elles sont fusillées sans jugement le long de la route par des éléments de la Division Brandenburg. Cette exécution s’inscrit dans le contexte de la répression menée par les forces allemandes d'occupation contre la Résistance dans le sud de la France à l’été 1944 et est généralement considérée comme une mesure de représailles liée aux actions de sabotage menées dans la région.
Contexte Au début du mois de juillet 1944, dans le sud de la France, les forces d’occupation allemandes intensifient la répression contre les activités de la Résistance, notamment à la suite de sabotages et d’actions armées. Dans le secteur du Luberon, plusieurs exécutions sommaires sont menées par des unités allemandes, dont la 8e compagnie du 3e régiment de la « Division Brandenburg ».
Cette unité autonome, placée sous le contrôle direct de l’Abwehr (service d'espionnage, de contre-espionnage et de sabotage du haut commandement allemand), est composée d’agents formés aux opérations clandestines, souvent polyglottes, comprenant des Allemands ayant vécu à l’étranger, des étrangers de diverses nationalités, ainsi qu’un certain nombre de volontaires français.
Les enquêtes menées après la Libération attribueront à cette unité un très grand nombre d’opérations meurtrières et de crimes de guerre commis en un laps de temps très court, entraînant la mort de plusieurs centaines de personnes dans la région, sans que le bilan précis puisse être établi.
Déroulement Le 9 juillet 1944, un détachement du « groupe Heinrich » (adjudant Heinrich) de la 8e compagnie du 3e régiment de la « Division Brandenburg » se rend en mission à Lambesc (Bouches-du-Rhône) afin d’y effectuer des arrestations. Au passage, les « brandebourgeois » extraient six détenus des cellules du garage de l’hôtel « Le Splendid » de Cavaillon, qui leur sert de prison, et les emmènent avec eux.
Dans l’après-midi, vers 14 heures, les prisonniers, résistants et otages civils, sont conduits à l’entrée ouest de Villelaure, dans le quartier du Mardéric, à proximité d’un cours d’eau du même nom. Ils sont alors fusillés sans jugement dans une vigne.
Les détonations d’armes automatiques alertent rapidement la population, qui découvre peu après les corps des victimes. Ces exécutions sont généralement interprétées comme des représailles, possiblement en lien avec des sabotages survenus dans la région, notamment celui du pont de la voie ferrée Cavaillon–Pertuis.
Victimes Les six victimes sont pour la plupart identifiées. Cinq d’entre elles ont pu être formellement reconnues, tandis que la sixième demeure inconnue à ce jour. Il s’agit de :
Blaise Bounias, âgé de 38 ans: originaire de Cavaillon, expéditeur, victime civile arrêtée le 6 juillet 1944 à l’Auberge provençale sur une information du bureau du « Sipo-Sd » ou de la « Geheime Feldpolizei » d’Avignon; Armand Léardo, âgé de 19 ans: originaire de Brignoles, chauffeur mécanicien à Montfavet, victime civile arrêtée comme otage le 6 juillet 1944 à Mondragon alors qu'il se rendait à Avignon pour se faire soigner; René Mino, âgé de 44 ans: réfugié de Moselle originaire de Hesse, cordonnier à Gordes, résistant, fait prisonnier le 6 ou le 7 juillet 1944, torturé; Maurice Mino, âgé de 17 ans: fils du précédent, réfugié originaire de Hesse, ouvrier agricole à Gordes, résistant AS membre du maquis « section Koenig », fait prisonnier le 1er ou 6 juillet 1944, torturé; André Morlot, dit « Dédé », âgé de 24 ans: originaire de Cavaillon, commis expéditeur, résistant, fait prisonnier le 6 juillet 1944 au restaurant Berhier à Cavaillon(?); Victime non identifiée, âgée d’environ 30 ans: le monument commémoratif indique « Dieu seul connaît son nom ».
Libération vignette|Le 20 août 1944, les forces américaines de la 45e Division d'Infanterie américaine traversent la Durance et entrent dans Pertuis déjà libérée par les FFI depuis le 15 août. Après le massacre, le sud-Luberon continue de subir la menace des troupes d’occupation et de leurs représailles. Mais à la suite du débarquement de Provence du 15 août 1944, les forces allemandes abandonnent complètement le secteur tandis que les Forces françaises de l’intérieur (FFI) libèrent Pertuis et établissent un « Comité de Libération Nationale » en Mairie. À partir du 17 août, les FFI et les FTP empêchent le franchissement de la Durance aux troupes allemandes qui se replient vers le nord, talonnés à l'est par les chars américains de la 45e division d’infanterie (45th ID) qui atteignent le secteur du pont de Mirabeau et Peyrolles.
Le 20 août, les Américains du 45th ID établissent un pont flottant Bailey et traversent la Durance pour entrer dans Pertuis vers 16h au son des cloches. Les groupes FFI avec l'aide de détachements américains prennent le contrôle des communes voisines, marquant la libération effective du sud-Luberon et de Villelaure.
Le 21 août, une colonne blindée allemande de la 11e Panzerdivision en provenance d’Ansouis tente de reprendre le contrôle du secteur et lance une contre-attaque entre Villelaure et Cadenet. Au lieu-dit « le Mouret », des résistants FTP attaquent plusieurs panzer allemands à la grenade Gammon: après la destruction d’un char Panther — faussement identifié comme un char Tigre que ne possède pas la division allemande — la colonne allemande n'insiste pas et rebrousse chemin. Cette journée marque la fin définitive des combats dans le secteur.
Dans le contexte de l’épuration sauvage qui suit la Libération, des membres de la famille Mino — dont le père et le fils ont été exécutés par les Allemands à Villelaure — participent le 14 septembre 1944 au peloton d'exécution qui fusille à Gordes une femme accusée d’avoir dénoncé les maquisards de Saint-Saturnin-d’Apt tués le 1er juillet 1944 par un commando de « Brandebourgeois ».
Mémoire Après guerre, un monument commémoratif est érigé sur le lieu de l’exécution dans le quartier Mardéric, à l’entrée ouest du village de Villelaure. Depuis, tous les ans le 9 juillet, le monument des « six fusillés du Mardéric » s’inscrit dans une série de commémorations locales, en présence des autorités et associations, rappelant les exécutions perpétrées dans la région au cours de l’été 1944.
Le monument commémoratif a été à plusieurs reprises la cible d’actes de vandalisme. En 2008, des croix gammées y ont été peintes et plus récemment, la stèle ainsi que les plaques commémoratives ont été dégradées et brisées, entraînant le dépôt d’une plainte par la municipalité.
Notes et références
Catégorie:Massacre ou atrocité de la Seconde Guerre mondiale en France Catégorie:Occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Crime de guerre du Troisième Reich en France Catégorie:Massacre ou atrocité visant un village en France Catégorie:Provence pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:1944 en France Catégorie:Juillet 1944 Catégorie:Châtiment collectif Catégorie:Histoire de Vaucluse