Le monastère de Glendalough (en irlandais : Gleann Dá Loch, « la vallée des deux lacs ») est l'un des plus anciens monastères d'Irlande et a compté parmi les plus importants de son époque. Il est situé à Glendalough, dans une vallée du comté de Wicklow. Sa fondation est attribuée à saint Kevin au . Les ruines de ce monastère comptent aujourd'hui parmi les monuments les plus visités en Irlande et témoignent de l’existence d’une riche activité monacale médiévale centrée sur la vénération du saint patron Kevin. Le monastère fut actif du au avant de disparaître. Le site de Glendalough continua cependant à être visité par des pèlerins, puis par des touristes. La bascule entre pèlerinage et tourisme date des années 1860 lorsque l’Église condamna officiellement de tels pèlerinages. Avant cela, en 1833 l’église de la Trinité fut reconstruite partiellement afin de loger un ermite ce qui témoigne d’une activité religieuse constante entre le et le mais qui prit des formes très différentes selon les époques.
Géographie
Le lac inférieur Le site du monastère se trouve en aval du lac inférieur. Le complexe monastique principal regroupe divers bâtiments construits à différentes dates entre les . Celui-ci est situé près du cimetière et est accessible par une construction emblématique du monastère de Glendalough, un corps de garde consistant en deux arches semi-circulaires en granit donnant accès au reste des bâtiments. Elle comportait à l’origine deux étages et les antes encore visibles suggèrent que le corps de garde était surmonté d’un toit en bois. Ce poste de garde est unique en Irlande car il suit les principes architecturaux d’un bâtiment ecclésiastique sans en être un : la présence d’antes plutôt que de corbeaux (devenus la norme au ) lui confère une apparence tout à fait originale. Le monastère était donc en partie fortifié, comme à Armagh. A l’intérieur, sur le mur ouest, est gravée une croix qui indiquait la limite d’une zone sanctuaire. Le cimetière, encore utilisé aujourd’hui, comporte près de 2000 tombes dont certaines datent du onzième siècle.
Dans la cathédrale, l'arche du chœur et la fenêtre orientale étaient richement décorées, bien que de nombreuses pierres aient aujourd’hui disparu. Le portail nord donnant sur la nef date également de cette période. Sous la fenêtre sud du chœur, on trouve une armoire liturgique, ainsi qu’un bassin servant à laver les contenants des reliques. À quelques mètres au sud de la cathédrale, une ancienne croix en granit local, dotée d’un anneau non percé, est communément appelée la « croix de saint Kevin ». A ces monuments s’ajoutent quatre églises, celle de Saint Ciaràn, du Saint Sauveur, de Sainte Marie et de la Trinité toutes les quatre construites entre le .
Seule l’église de Saint Ciaràn compte des éléments que l’on pourrait qualifier de typiquement romans. L'arche du chœur est romane et comporte trois ordres, avec des chapiteaux très ornés. La fenêtre orientale présente deux baies en plein cintre. Parmi ses motifs décoratifs, on peut voir un serpent, un lion et deux oiseaux tenant une tête humaine entre leurs becs. La nef et le chœur, avec leurs pierres finement sculptées, ont été restaurés par l’Office of Public Works irlandais dans les années 1870 à l'aide de pierres trouvées sur le site.
On trouve aussi une « maison des prêtres » reconstruite au par l en suivant un dessin datant de 1779 réalisé par Gabriel . Elle tire son nom de la coutume qui consistait à y enterrer des prêtres aux . On ignore toutefois à quoi ce bâtiment servait à l'origine mais il est possible qu'il ait été utilisé pour abriter les reliques de saint Kevin.
L’église de Saint Kevin est une des bâtisses les mieux conservées. Ce bâtiment au toit de pierre ne comportait à l'origine qu'une nef, avec une entrée à l'extrémité ouest et une petite fenêtre en plein cintre dans le pignon est. La partie supérieure de cette fenêtre est visible au-dessus de ce qui est devenu l'arc de chœur lorsque le chœur (aujourd'hui disparu) et la sacristie ont été ajoutés par la suite. Le toit en pente raide, formé de pierres superposées, est soutenu à l'intérieur par une voûte en demi-cercle. L'accès au grenier ou à la chambre mansardée se faisait par une ouverture rectangulaire située vers l'extrémité ouest de la voûte. L'église comportait également un premier étage en bois. Le clocher, avec son chapeau conique et ses quatre petites fenêtres, s'élève à l'extrémité ouest du toit en pierre sous la forme d'une tour ronde miniature. Il est communément appelé « la cuisine de Saint-Kevin », car le clocher ressemble à une cheminée de cuisine. Selon William Wilde le prêtre local s’en servait dans les années 1860 et élargit la fenêtre sud de la nef et bloqua la porte ouest.
La tour ronde est le monument phare du complexe monastique actuel et le plus mémorable pour les visiteurs. Elle est construite en ardoise micacée entremêlée de granit, mesure environ de haut et comporte une entrée située à du sol. Les quatre étages situés au-dessus du niveau de l'entrée sont chacun éclairés par une petite fenêtre, tandis que le dernier étage comporte quatre fenêtres orientées vers les points cardinaux. Les tours rondes, qui servaient de repères aux visiteurs à l'approche, étaient construites pour abriter des cloches, mais servaient aussi parfois d'entrepôts et de lieux de refuge en cas d'attaque. Les tours rondes sont désignés en irlandais, sous le terme de cloicthech, « maison des cloches », indique leur fonction première : elles servaient en premier lieu de clocher. Tous les monastères devaient signaler à leurs fidèles les heures qui rythmaient la journée monastique, et avaient donc besoin d’un moyen de les indiquer. Les cloches installées dans de telles tours et à de telles hauteurs pouvaient alors être entendues sur une distance bien plus importante ce qui avait toute son importance puisque le monastère servait aussi de paroisse aux laïcs locaux aussi.
Le lac supérieur Sur le lac supérieur, à un kilomètre et demi du complexe principal sont aussi présents diverses églises et monuments notamment l’église Reefert, ainsi que le temple Na-Skellig qui n’est accessible qu’en bateau. L'église, partiellement reconstruite au , présente un portail en granit aux jambages inclinés. Sur le pignon est se trouvent une croix latine gravée, ainsi que plusieurs dalles funéraires sans décor et trois petites croix.
Le « Lit de saint Kevin » est une grotte creusée dans la paroi rocheuse, à environ au-dessus du niveau du lac supérieur, sur sa rive sud. Elle aurait servi de lieu de retraite à saint Kevin, puis à saint Laurent. En partie creusée par l'homme, elle s'enfonce de dans la roche. Un journaliste du Dublin Penny Journal a décrit la grotte comme « pas plus grande qu'un petit four de boulanger... Moi-même et deux jeunes hommes qui m'accompagnaient avons trouvé qu'il était très difficile de s'y tenir accroupis tous ensemble ».
L’activité monastique s’est déplacée au fil du temps. Initialement si l’on en croit le mythe fondateur du monastère, les disciples de saint Kevin se trouvaient dans la partie supérieure. Mais peu à peu, les moines se sont déplacés vers le lac inférieur plus propice à l’installation humaine.
Le mythe fondateur et ses prolongements
L'ermitage de Saint Kevin L’origine de toute cette activité monumentale se trouverait dans l’installation de saint Kevin dans la vallée au . Comme souvent dans les mythes de fondation monastique, son ermitage solitaire se transforme peu à peu en une retraite collective et communautaire. Les quatre Vies médiévales de Kevin de Glendalough en font à chaque fois le fondateur d’une communauté à part entière : les gens viennent en masse assister aux miracles accomplis par le saint à partir des années 540. La communauté qui se forme alors suit donc l’exemple de Kevin et pratique aussi le « martyre vert ».
Selon les Vies de saint Kevin, cellui-ci fit de Glendalough la "Rome irlandaise", comparable à la ville papale parce qu’il en ramena de la terre ainsi qu’une autorisation de la part du pape d’effectuer des pèlerinages à Glendalough. La comparaison à Rome est explicite à plusieurs reprises et explique le succès du monastère comme lieu de pèlerinage. Une règle locale professait par exemple que « sept pèlerinages à Glendalough valaient un pèlerinage à Rome ».
Les Vies de saint Kevin avaient ainsi pour fonction de légitimer l’importance que revendiquait le monastère de Glendalough dès ses débuts. Aussi, les dirigeants suivants de l’institution monacale prennent le titre de « Comarbai Cóemgein » c’est-à-dire successeurs de saint Kevin, pour bénéficier d’une partie de l’aura sacrée de celui-ci. Les Vies présentent aussi très souvent sous un jour favorable le clan Ui Cathail car des abbés issus de cette famille sont probablement à l’origine de la rédaction de ces dernières.
Le monastère et ses fondations Le monastère de Glendalough était ouvert au monde en raison des pèlerinages constants dans la vallée et de ses liens avec d’autres communautés monastiques. Comme dans le cas des cisterciens sur le continent, l’attractivité religieuse et économique de Glendalough conduisirent diverses autres fondations à se soumettre à son autorité. Les Vies de Kevin mettent par exemple le saint en relation avec plusieurs autres fondateurs d'églises, entre autres Mo-Bí de Glasnevin, Mo-Chua de Clondalkin et Mo-Chonóc de Kilmacanogue. Certaines des figures ecclésiastiques associées à Cóemgen se voient attribuer des généalogies apocryphes (Mo-Chonoc vit au ) impliquant une parenté avec lui, tandis que d'autres sont expressément mentionnées comme lui ayant cédé leurs fondations.
La relation présumée entre ces figures ecclésiastiques et Cóemgen reflète probablement la position ultérieure de leurs fondations au sein de la paruchia de Glendalough : les textes traitant des origines mythiques des monastères sont souvent l’occasion de légitimer voire de légaliser des situations parfois juridiquement floues. De même, divers épisodes de ses Vies, montrent le saint patron de Glendalough en contact avec d’autres fondateurs majeurs, notamment Fintan de Taghmon ou Colum Cille d’Iona. Généralement ces épisodes semblent représenter des accords inter-parochiaux à l’époque de la composition des Vies ou lors d’une rédaction ultérieure.
Il ne semble pas que fût suivie à Glendalough une règle monastique en particulier. En ce sens, Glendalough est un monastère proprement irlandais. L’indépendance des monastères irlandais était très grande, au point que la date de Pâques en Irlande n’était pas la même qu’ailleurs et que la tonsure des moines était différente : suivant l’autorité de l’apôtre Jean plutôt que de l’apôtre Pierre, on rasait l’avant du crâne, d’oreille en oreille. Cette indépendance se maintient jusqu’au synode de Whitby en 664 où autorités ecclésiastiques durent choisir entre les rites irlandais et les rites romains : progressivement l’Irlande s’aligne sur les pratiques romaines pour éviter l’isolement.
Peu de choses sont connues du monastère du Haut Moyen Âge : on suppose toutefois que son activité principale était la vénération des reliques de saint Kevin, ces mêmes reliques pour lesquelles des pèlerins affluaient en masse. La configuration de la vallée permettait alors aussi à ces derniers de faire le tour des lieux où vécut le saint. Brian Lacey suggère que l'activité monastique ne commence vraiment qu'à partir du début du , soit après la rédaction de la première Vie de Saint Kevin. En effet, les différentes versions racontent de diverses façons comment un monstre vivait dans un des lacs avant de migrer dans l'autre grâce à l'intervention du saint patron. Les eaux des lacs deviennent alors curatives, autre raison pour les pèlerins de venir au monastère et potentiellement pour le monastère de demander un tribut.
Histoire