Le récit de la sortie d'Égypte ( sipûr yeṣiat Miṣrayim) est la prescription de raconter l'Exode hors d'Égypte. Vraisemblablement rabbinique, elle est rattachée au verset , incombe à toute personne et se lit lors du séder de Pessa'h. Elle est à l'origine de la Haggada de Pessa'h, laquelle désigne d'abord la « narration » du récit avant de devenir le rituel qui la contient.
À partir de quand a-t-on raconté la sortie d'Égypte ? La naissance d'un rite
Le verset est traditionnellement lu comme prescrivant un récit rituel puisque (Vēhigadta lēḇinḳa bayom hahû lēmor baʾaḇûr zē ʿaśa YHWH li beṣeti mimiṣrayim). Le jour où les enfants d'Israël sont sortis d'Égypte, doit être marqué par une abstention de pain levé le jour même ; arrivés sur la terre promise, cette abstention durera une semaine. En joignant le geste à la cérémonie, ils auront un souvenir permanent de la sortie d'Égypte, et l'expliqueront à leurs fils lorsque ceux-ci le demanderont (). De fait, le Pentateuque comprend plusieurs récits de l'événement, laissant accroire qu'ils auraient pu être lus en cette ou ces occasions.
Pourtant, les descriptions de la Pâque à l'époque du premier puis du second Temple de Jérusalem, mentionnent abondamment la pâque elle-même mais non un récit formel de l'exode. Celui-ci est tout simplement inconnu des communautés juives qui vivent à Rome et dans les communautés qui ne parlent pas l'hébreu ou l'araméen. Les évoquées au par Philon d'Alexandrie (Legum allegoriae II:148) semblent plutôt renvoyer aux bénédictions et psaumes récités lors du rite pascal, que les rabbins appellent Hallel. Replacé dans son contexte (), le verset semble moins prescrire un récit à une date précise qu’inviter à rappeler la sortie d’Égypte une fois installés en Canaan. Il fonctionne alors comme et : la mention de l'événement historique accompagne l'offrande pascale ou celle du premier‑né, sans indication de moment ni de forme particulière. La mishna Berakhot 1:5 rapporte même comment le rabbin () parvient à instituer cette mention deux fois par jour, dans la lecture du Shema ; cette mention (zekhira) n'est cependant pas un récit développé (sippour).
Ainsi, l'obligation rituelle du récit ne naît pas dans la Bible elle‑même, mais dans le Midrash, relecture des versets bibliques par les sages d'Israël. La Collection de Rabbi Ishmaël (~ ) en donne la première formulation : (Pis'ha 17, éd Horowitz, ).
Le midrash clarifie ainsi trois points de loi laissés ambigus par le texte biblique. D'abord, comme mentionne le « mois de la germination » (’hodesh ha'aviv), et que ’hodesh peut signifier « mois » ou « nouvelle lune », l'expression « en ce jour » est comprise comme un jour précis. Le récit doit se faire en ce jour, et non depuis le début du mois. Ensuite, ba'avour zè est relu non pas selon son sens courant (“par cela” ou “à cause de cela”) mais en lien avec le sens rare de « récolte » qu’’avour possède en . Le récit doit donc se faire en présence de pain azyme, “produit” de la nouvelle récolte, que les Israélites consomment lors de la Pâque du Gilgal, après que la manne a cessé de tomber. Enfin, comme le zè, qui apparaît à la fois dans « ce » jour () et « cette » récolte, est employé dans l'hébreu des sages pour désigner quelque chose que l'on peut montrer du doigt, le midrash comprend que ce mot désigne quelque chose que l'on peut montrer du doigt : le récit doit donc se faire au moment où la matsa est visible sur la table, et c'est le geste même de désigner le pain, ce “”, qui déclenche la prescription du récit. Le récit rituel de la sortie d'Égypte apparaît ainsi comme une construction des sages, qui transforment un verset suggestif mais ambigu en un moment central du séder. Toutefois, Moïse Maïmonide, qui n'y voit pas une relecture mais l'expression du sens véritable de la Torah, le consacrera en commandement biblique dans son Livre des Prescriptions, et c'est ainsi qu'il est considéré depuis & . Cependant, soutient que le midrash lui-même pose des difficultés qui s'élucideraient seulement si l'on accepte qu'il se base sur une coutume antérieure, donc biblique. Cf. ..
Que doit-on raconter de la sortie d'Égypte ?
Le récit de la sortie d'Égypte prend progressivement, aux temps de la Mishna (entre les ), la place du Hallel.
Aux temps du temple de Jérusalem, le Hallel s'effectue en deux temps : le premier accompagne l'abattage de l'agneau dans la cour du temple, et s'achève sur la bénédiction pour la délivrance ; le second, entonné après sa consommation à domicile, est ponctué par la ( 10:6). Après la chute du temple cependant, offrir la pâque devient impossible, et la consommation d'agneaux rôtis, voire de viande rôtie elle-même, fera débat.
Comme il ne reste plus que la matsa et les herbes amères, les sages de la Mishna élaborent un nouveau rituel, le séder, afin d'éviter que la nuit de la pâque ne devienne une soirée de deuil emplie de nostalgie pour la splendeur perdue. Ce rituel, décrit au dixième chapitre du traité Pessa'him, s'articule autour du Hallel, conservé car on perpétue une tradition datant de l'époque du Temple. Il emprunte la forme d'un banquet modelé sur les coutumes gréco-romaines. Le Hallel lui impose un cadre de quatre coupes de vin car sa récitation requiert deux coupes de plus qu'un repas ordinaire. Il reste divisé, comme aux temps du temple, car on ne peut pas chanter en mangeant. Cependant, après les mets apéritifs, c'est lorsque la deuxième coupe est servie, et que l'on apporte la matsa, des herbes amères, des épices ainsi que deux plats représentant les offrandes du jour, que le fils du maître de table doit poser des questions à son père (mishna Pessa'him 10:4).
Ces questions, instaurées pour se conformer à , constituent vraisemblablement le premier noyau du récit. Elles rappellent les grands points du rite pascal et, selon un , le père enseigne au fils ses lois par le menu s'il est savant. La mishna ajoute cependant que si le fils est incapable de les poser, le père doit les lui apprendre selon son niveau d'intelligence, avant de passer à la suite du programme, la première partie du Hallel. Selon ce midrash, il y a quatre types de fils et à chacun la réponse qui convient. Il devient, avec le temps, d'usage de , en commentant (). Rabban Gamliel, président du sanhédrin, insiste alors sur la mention des trois symboles de la fête au cours du récit et, en particulier, de la matsa. Devenue symbole du salut associé à la pâque, elle permet de (m. Pessa'him 10:5).
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Catégorie:Séder de Pessa'h