Le hameau Saint-Frambourg est un ancien hameau de la commune d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), aujourd'hui disparu, dont le centre correspondait à l'actuelle place Parmentier. Structuré autour d'une chapelle dédiée à Fraimbault de Lassay, saint ermite du , le hameau constitua pendant plusieurs siècles un pôle d'habitat distinct du bourg principal d'Ivry, attesté archéologiquement depuis la Protohistoire. Il fut progressivement absorbé par la commune au cours du , notamment lors de la construction de l'hôpital Charles-Foix sur son emprise.
Le hameau et sa chapelle ne doivent pas être confondus avec l'église Saint-Pierre-Saint-Paul, église paroissiale du bourg d'Ivry mentionnée dès 1158 et toujours debout, qui ne conserve de Saint Frambourg que des boiseries du dans son choeur.
Localisation et topographie
Le hameau Saint-Frambourg était situé à mi-cote, au pied du plateau de Longboyau, entre le bourg d'Ivry, Port-à-l'Anglais et Vitry-sur-Seine, en contrebas de la route de Paris. Son centre correspondait à l'actuel carrefour de la place Parmentier, point de convergence des actuelles rue Raspail, rue Marat, rue Fouilloux et avenue de la RépubliqueArticle Place Parmentier (Ivry-sur-Seine), Wikipédia..
Le hameau figurait distinctement sur la carte de Cassini de 1764, identifié comme entité séparée du bourg d'Ivry, situé à environ 600 metres au nordLe Renard Parisien, « Balade architecturale à Ivry-sur-Seine », en ligne, 2013.. Sa position accolée à la route de Paris en faisait un lieu de passage naturel. Le hameau comprenait notamment la rue des Champs Blancs (aussi appelée rue des Chambellans), la rue du Colombier et la rue des Liards, aujourd'hui rue de BeauvaisSaint-Frambourg (Ivry), Templum Aeternum, consulté en 2024..
Occupation du site : données archéologiques
Les fouilles de la ZAC Parmentier (1988-1994)
vignette|gauche|La place Parmentier aujourd'hui, sur l'emplacement du coeur du hameau.
A la suite d'un projet de ZAC devant réaménager considérablement l'ancien quartier Saint-Frambourg autour de la place Parmentier, le Laboratoire Départemental d'Archéologie du Val-de-Marne (LDA) lança une campagne de fouilles préventives entre 1988 et 1994. Une première surveillance fut effectuée rue Marat dès janvier-février 1988, suivie de fouilles sur les ilots 1, 2 et 3Stéphane Ardouin, « Une inscription funéraire chrétienne provenant de la chapelle Saint-Frambour à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) », Archéologie Médiévale, tome XXX-XXXI, CNRS Éditions, 2000-2001, .Laurence Fleury, « Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Place Parmentier, ilot 1 », Archéologie médiévale, vol. 25, 1995, . Disponible sur Persée..
Des fouilles complémentaires furent menées par l'Inrap au 44-46 rue Raspail, prolongeant vers le sud l'exploration du siteInrap, « Site archéologique 44-46 rue Raspail, Ivry-sur-Seine », en ligne.Jean-Yves Dufour, « Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). 44-46, rue Raspail », Archéologie médiévale, OpenEdition Journals, en ligne..
De la Protohistoire à l'Antiquité
Les niveaux les plus anciens ont livré des vestiges néolithiques rue Raspail, ainsi que des fossés et un enclos quadrangulaire de la période de La Tène finale, interprété comme un possible sanctuaire gaulois.
A l'époque gallo-romaine, sur l'ilot 2, un bâtiment à dallage de pierres calcaires comportant plusieurs niveaux de sols et des traces d'incendies a été daté par des monnaies frappées entre 324 et 388. Des fragments de marbre, d'enduits peints et de tuiles (imbrices, tegulae) témoignent d'une construction de qualité dont la fonction reste indéterminée. Le site semble abandonné au .
Le hameau se trouvait à environ un kilometre d'une voie romaine reliant le forum de la rive gauche de Paris vers Melun, via Vitry-sur-Seine, Choisy-le-Roi et Villeneuve-le-Roi. Ce contexte routier explique en partie l'occupation ancienne du lieu.
Le haut Moyen Age
Une reprise de l'occupation est perceptible à l'époque mérovingienne, avec des sépultures et quelques structures. C'est au début de l'époque carolingienne qu'une occupation durable s'installe, attestée par des fosses, des silos, des trous de poteaux, des fours domestiques et des structures d'habitatStéphane Ardouin, « L'habitat du haut Moyen Age du hameau Saint-Frambour d'Ivry-sur-Seine (Place Parmentier, Val-de-Marne) », dans N. Mahé-Hourlier, S. Poignant (dir.), Archéologie du village, archéologie dans le village dans le nord de la France (-), Actes de la table ronde de Saint-Germain-en-Laye, AFAM, Mémoires AFAM tome XXIX, 2013, ..
Une nécropole du haut et du bas Moyen Age a également été mise au jour, à proximité de l'emplacement de la future chapelle. Rue Raspail, les fouilles ont mis au jour une zone d'ensilage de l'époque carolingienne et des fonds de cabane, qui s'integrent dans le même ensemble villageois.
L'inscription paléochrétienne
Parmi le mobilier découvert sur l'ilot 2, un bloc de calcaire portant sur sa face postérieure une inscription associée à un symbole chrétien des débuts de la christianisation de la Gaule fut mis au jour dans une fosse mérovingienne. Réemployé comme matériau de construction, ce bloc pourrait témoigner de l'existence d'un sanctuaire chrétien antérieur à la chapelle du , reculant significativement les origines chrétiennes du site.
La chapelle Saint-Frambourg
Le saint éponyme
vignette|droite|Statue de saint Frambourg (), choeur de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul d'Ivry-sur-Seine. Auteur : LPLT, CC BY-SA 3.0.
Fraimbault de Lassay (vers 500 - 15 août 570), également nommé Fraimbaud, Frambourg, Frambour ou Frambaldus en latin, est un saint catholique né en AuvergneArticle Fraimbault de Lassay, Wikipédia..
Selon la tradition hagiographique, il fut placé à l'âge de quinze ans à la cour du roi Childebert Ier, fils ainé de Clovis. Lassé des fastes de la cour, il s'enfuit vers 517 pour mener une vie d'ermite et se réfugia dans une grotte naturelle derrière une citerne, sur le territoire d'Ivry. Son père parti le chercher, l'eau jaillit miraculeusement pour le dissimuler sans le noyer. En 518, il entra à l'abbaye de Micy, fondée par Clovis aux abords d'Orléans, puis fonda un ermitage à Javron en Mayenne. Il mourut au Mans le 15 août 570. On l'invoquait notamment pour les maux de dents et diverses infirmitésNotice « Ivry-sur-Seine - Place Parmentier, ilot 2 », ADLFI. Archéologie de la France - Informations, OpenEdition Journals, en ligne.Abbé Eugène Reimringer, Ivry-sur-Seine : vie de son patron saint Frambour, religieux de l'abbaye Saint-Memin (près Orléans), abbé de Javeron (ancienne province du Maine), 1898, 216 p. ..
Selon la tradition locale, la chapelle d'Ivry aurait été élevée aussitôt après sa mort sur la grotte même où il avait vécu. Un puits réputé pour ses vertus guérisseuses s'y trouvait encore à l'aube du .
Origines et attestations médiévales
L'archéologue Stéphane Ardouin note que l'origine de la chapelle « ne semble pas remonter au-delà du ». La chapelle est documentée à quatre reprises dans les sources médiévales et modernes :
1155 : première mention dans une transaction entre l'abbé de Marmoutier et le prieur de Notre-Dame-des-Champs ; 1250 : mention dans un pouillé ; 1352 : mention dans un compte ; 15 février 1466 : mention dans la relation de visite de l'archidiacre Josas à Ivry.
L'abbé Jean Lebeuf témoigne en 1757 : « Il existait à Ivry au milieu du un quartier qui s'appelait en latin Sanctus Framboudus, et ce territoire ne peut avoir été ainsi nommé qu'à cause d'une chapelle sous l'invocation de ce saintAbbé Jean Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, vol. XII, 1757.. »
La reconstruction du XVIIe siècle
A partir de 1655, la chapelle fut rebâtie. Elle fut bénie en 1666, puis rénovée une dernière fois en 1780. L'abbé Lebeuf, écrivant en 1757, la décrit ainsi :
Les reliques de Senlis
En 1675, la paroisse d'Ivry-sur-Seine obtint de Denis Sanguin de Livry, évêque de Senlis, et des chanoines de la chapelle royale Saint-Frambourg de Senlis, d'abriter une partie des reliques du saintJean François Godescard, Vies des pères, des martyrs et des autres principaux saints, vol. 12, Vanlinthout et Vandenzande, 1831.. Ces reliques attirèrent un pèlerinage très suivi, qui se maintint jusqu'au règne de Louis-Philippe. Une confrérie de Saint-Frambourg s'organisa autour de ce culte.
Disparition
A la Révolution française, la chapelle fut transformée en grenier à grains. Les dernières ruines disparurent en 1864.
Le hameau sous l'Ancien Régime
La seigneurie et ses dépendances
vignette|gauche|Restitution du plan du rez-de-chaussée du château d'Ivry-sur-Seine vers 1700, construit par Claude Bosc sur l'emprise du hameau.
Le hameau Saint-Frambourg était administrativement rattaché à la seigneurie d'Ivry. Il y eut longtemps une ferme Saint-Frambourg rue Raspail, appartenant au Chapitre de Notre-Dame sous l'Ancien Régime. Le moulin de la Tour, toujours debout, en était également une dépendanceArticle Château d'Ivry (Ivry-sur-Seine), Wikipédia..
L'abbé Jean Lebeuf et Henri de Curzon signalent des possessions des ordres militaires (Templiers ou Hospitaliers) sur Ivry et Saint-Frambourg, sans que cela soit définitivement établi.
Rue Raspail, les fouilles ont mis au jour les vestiges d'un habitat villageois du , avec une cave, une fosse maçonnée riche en rejets de cruches et trois chevaux enterrés, pouvant indiquer la présence d'une auberge de village. Au , une petite maison de plaisance occupait le même emplacement, dont le corps de bâtiment principal fut occupé jusqu'au .
L'implantation du château (vers 1691)
Vers 1691, Claude Bosc, prévôt des marchands de Paris et seigneur d'Ivry, fit construire son château à l'emplacement du hameau. La chapelle Saint-Frambourg servit de cadre à des célébrations importantes durant cette période : un mariage y fut célébré le 14 juin 1690, et un autre, celui du marquis de La Luzerne, le 12 juin 1692 dans la chapelle du château nouvellement construitArticle Château d'Ivry (Ivry-sur-Seine), Wikipédia, d'après les historiens locaux.. Le château prit d'ailleurs le nom de château de Saint-Frambourg en référence directe au hameau.
Absorption par la ville au XIXe siècle
Construction de l'hôpital Charles-Foix (1864-1869)
Le milieu du marqua la fin du hameau comme entité distincte. L'hôpital Charles-Foix, construit entre 1864 et 1869 selon les plans de l'architecte Théodore Labrouste pour regrouper les hospices parisiens des incurables, fut édifié sur les 14 hectares de l'emprise de l'ancien château et du hameauLe Renard Parisien, « Balade architecturale à Ivry-sur-Seine », op. cit.. L'hôpital est inscrit aux monuments historiques par arrêté du 18 novembre 1997.
Disparition des derniers vestiges
Les travaux de construction de l'hôpital coïncident avec la disparition des dernières ruines de la chapelle en 1864. Du château et du hameau, il ne subsiste aujourd'hui que quelques murs de terrasses. Le moulin de la Tour, dépendance de la seigneurie, est le seul bâtiment encore debout lié à l'ancienne seigneurie de Saint-Frambourg.
Mémoire du lieu
vignette|droite|La place Parmentier, anciennement carrefour Saint-Frambourg, avec la statue de l'Allégorie de la République installée en 1911.
La place elle-même s'appelait encore « place Saint-Frambourg » en 1812, avant de prendre le nom de place Parmentier - du nom de l'agronome Antoine Parmentier - à partir de 1900 au plus tardService Archives-Patrimoine, ville d'Ivry-sur-Seine, fichier des rues, en ligne..
La mémoire du hameau est conservée dans la toponymie locale : le quartier Parmentier est aussi appelé quartier Saint-Frambourg, la rue Marat s'appelait anciennement rue Saint-Frambourg, et un sentier Saint-Frambourg subsiste dans la voirie communale.
Dans l'espace vert de la rue Marat, une grotte artificielle réalisée au début des années 1980 rappelle la légende de la citerne où se réfugia le saintVille d'Ivry-sur-Seine, « La vie à Marat-Parmentier », en ligne..