George de Mohrenschildt (17 avril 1911 – 29 mars 1977) est un Américain d'origine biélorusse, réfugié politique anticommuniste, professeur, géologue pétrolier, et informateur occasionnel de la CIA.
Issu d'une famille aristocratique de la Russie tsariste, les siens furent victimes de la révolution d'octobre et s'exilèrent en Pologne.
Établi aux États-Unis à la fin des années 1930, il fréquenta la bonne société et notamment Jacqueline Kennedy, future épouse du président Kennedy. Fixé dans la région de Dallas en octobre 1961, George de Mohrenschildt se lia d'amitié avec Lee Harvey Oswald dans le courant de l'été 1962, un an avant l'assassinat de John F. Kennedy.
Après l'attentat de novembre 1963, Mohrenschildt témoigna devant la Commission Warren chargée d'enquêter sur l'assassinat, au cours de laquelle il minimisa sa relation avec l'assassin présumé. Il est toutefois accusé d'avoir donné l'arme à Lee Harvey Oswald ayant servi à tuer Kennedy. Son témoignage est l'un des plus longs de tous les témoins entendus.
En mars 1977, Mohrenschildt meurt, apparemment par suicide, alors qu'il devait témoigner devant la commission d'enquête de la Chambre des représentants sur les assassinats. Ses versions contradictoires concernant Oswald à différentes époques et ses liens avec la CIA avaient conduit plusieurs théoriciens du complot à remettre en question sa relation avec Oswald.
Biographie
Jeunesse George de Mohrenschildt est né sous le nom de Jerzy Sergius von Mohrenschildt à Mozyr, dans l'empire russe, aujourd'hui en Biélorussie, le 4 avril 1911, selon l'ancien calendrier julien russe. Il avait un frère aîné, Dimitri. Leur père, Sergueï Alexandrovitch von Mohrenschildt, était d'origine germano-balte, suédoise et russe. Sa mère, Alexandra, était d'origine polonaise, russe et hongroise.. gauche|vignette|183x183px|Les armes de la famille von Mohrenschildt. Selon son fils, Sergueï von Mohrenschildt était maréchal de la noblesse du gouvernement de Minsk de 1913 à 1917, et occupa le poste de conseiller civil effectif, équivalent à celui de major-général. En 1920, pendant la Terreur rouge et la guerre civile russe, Sergueï von Mohrenschildt fut arrêté par la Tchéka, la police secrète bolchevique, pour agitation antisoviétique présumée. Il fut condamné à l'exil à vie à Veliki Oustioug, une ville du nord de la Russie.
Mohrenschildt témoigna plus tard devant la Commission Warren que, pendant l'attente de son transfert à Veliky Oustioug, son père tomba malade. Deux médecins qui le soignèrent en prison lui conseillèrent de cesser de s'alimenter afin de paraître plus souffrant. Les médecins informèrent ensuite le gouvernement soviétique que Sergueï était trop malade pour survivre au voyage vers Veliky Oustioug et qu'il devait être autorisé à se rétablir chez lui. Le gouvernement soviétique accepta, à condition que Sergueï se présente chaque semaine jusqu'à ce que son état de santé lui permette d'être transféré à Veliky Oustioug. Après sa libération, Sergueï, sa femme et le jeune Mohrenschildt s'enfuirent en Pologne, cachés dans une charrette à foin. Quant au frère aîné de Jerzy, Dimitri, condamné à mort, il fut rapatrié en Pologne dans le cadre d'un échange de prisonniers. Durant leur voyage, Jerzy, son père et sa mère Alexandra contractèrent la fièvre typhoïde. Alexandra mourut de cette maladie peu après que la famille eut franchi la frontière polonaise.
Après son veuvage, Sergueï von Mohrenschildt et ses fils s'installèrent à Vilnius, en Lituanie, où la famille possédait encore un important domaine. Jerzy de Mohrenschildt obtint son baccalauréat au lycée de Vilnius en 1929, puis son diplôme de l'Académie de cavalerie de l'armée polonaise en 1931. Il poursuivit ses études et obtint une maîtrise à l'Institut des hautes études commerciales. Après avoir soutenu une thèse sur l'influence économique des États-Unis sur l'Amérique latine, il reçut un doctorat ès sciences en commerce international de l'Université de Liège, en Belgique, en 1938.
Émigration aux États-Unis Jerzy von Mohrenschildt émigra aux États-Unis en mai 1938, date à partir de laquelle il fit franciser légalement la particule nobiliaire de son nom, passant de l'allemand « von » au français « de ».
Devenu officiellement George de Mohrenschildt, et à en croire son propre témoignage, il collecta alors des informations sur des personnes impliquées dans des activités pro-nazies, notamment celles qui sous-traitaient pour des concessions pétrolières américaines au nom de l'Allemagne avant l'entrée en guerre des États-Unis. George de Mohrenschildt indiqua également qu'un autre de ses objectifs était d'aider les compagnies pétrolières françaises à surenchérir sur les entreprises allemandes. Il affirma qu'il travaillait pour les services de renseignement français, sans toutefois en être membre.
George de Mohrenschildt passa l'été 1938 avec son frère aîné Dimitri à Long Island. Comme George, Dimitri von Mohrenschildt était un fervent anticommuniste, qui était également un agent anti-nazi pour l'OSS du général William J. Donovan et, pendant la guerre froide, l'un des fondateurs de Radio Free Europe et de Radio Liberty.
Lors de son séjour à New York, George de Mohrenschildt fit la connaissance de la famille Bouvier, et notamment de la future première dame des États-Unis, Jacqueline Bouvier. Jacqueline, qui grandissait en l'appelant « Oncle George », s'asseyait souvent sur ses genoux. Il devint également un proche de la tante de Jacqueline, Edith Ewing Bouvier Beale.
De 1939 à 1941, George de Mohrenschildt s'essaya sans succès au secteur des assurances. En 1941, il s'associa à Film Facts à New York, une société de production appartenant à son cousin, Berend Maydell, également connu sous le nom de baron Maydell (ou comte Maydell), qui aurait entretenu des sympathies pro-nazies. La même année, il co-fonde la revue The Russian Review.
En 1942, alors qu'il se rendait au Mexique, Mohrenschildt fut interpellé par des agents du gouvernement américain. Après la fouille de sa voiture, il fut relâché et poursuivit sa route. Selon une note de l'ancien directeur de la CIA, Richard Helms, Mohrenschildt « était soupçonné d'être un agent d'espionnage nazi ». Toujours en 1942, Mohrenschildt postula pour intégrer l'OSS, mais sa candidature fut rejetée en raison de ces soupçons. George de Mohrenschildt a nié avoir jamais eu de sympathies nazies et a affirmé au contraire avoir aidé à collecter des fonds en Amérique pour la résistance polonaise, en réalisant un film documentaire sur les résistants en Pologne occupée.
En cette même année 1942, il épouse une jeune Américaine, Dorothy Pierson. Ils ont une fille, Alexandra (dite Alexis), mais le couple divorce au début de l'année 1944. En 1945, Mohrenschildt obtient une maîtrise en géologie pétrolière à l'Université du Texas.
Dallas, Oswald et Haïti Après la Seconde Guerre mondiale, George de Mohrenschildt s'installa au Venezuela, où il travailla pour Hampton Industries Oil. En 1947, il se remarie avec Phyllis Washington, la belle-fille d'un diplomate. Ils divorcèrent en 1949. La même année, Mohrenschildt obtint la nationalité américaine.
En 1950, il fonda une société d'investissement pétrolier avec son neveu par alliance, Edward Hooker, avec des bureaux à New York, Denver et Abilene.
En 1951, Mohrenschildt épousa en troisièmes noces la médecin Wynne « Didi » Sharples. L'année suivante, le couple s'installa à Dallas, où Mohrenschildt travailla comme géologue pétrolier pour le magnat du pétrole Clint Murchison. Mohrenschildt et sa troisième épouse eurent deux enfants, un fils et une fille, tous deux atteints de mucoviscidose (leur fils décéda de cette maladie en 1960 et leur fille en 1973). Mohrenschildt et Sharples divorcèrent en 1957.
Mohrenschildt était alors membre du Dallas Petroleum Club, du Dallas Council on World Affairs, et enseignait dans un collège de la région. L'un de ses amis de longue date, l'ingénieur pétrolier offshore George Kitchel, a déclaré au FBI que Mohrenschildt comptait parmi ses amis proches plusieurs magnats du pétrole, parmi lesquels H.L. Hunt. Mohrenschildt a également rejoint le Texas Crusade for Freedom, un groupe d'extrême droite.
En 1957, Mohrenschildt se rendit en Yougoslavie pour mener une étude géologique de terrain financée par le Département d'État américain. Sur place, il fut accusé par la police secrète (UDBA) d'avoir réalisé des croquis de fortifications militaires. À son retour aux États-Unis, il fut interrogé par la CIA, à Washington puis à Dallas. L'année suivante, il se rendit au Mexique et au Panama où il rédigea de nouveaux rapports de renseignement pour la CIA.
Après son troisième divorce en 1957, Mohrenschildt se remaria une nouvelle fois avec Jeanne LeGon, ancienne danseuse, mannequin et compatriote russo-américaine, en juin 1959. LeGon (née Eugenia Fomenko) était la fille d'un directeur du Chemin de fer chinois d'Extrême-Orient, assassiné par les communistes .
De la fin de 1960 au début de 1961, il entreprit avec son épouse un voyage en Amérique centrale et dans les Caraïbes. Ce périple en Amérique centrale avait pour but de surmonter le deuil de son fils unique, décédé de la mucoviscidose en 1960. Mohrenschildt remit également un rapport écrit de son voyage au Département d'État américain, et une photographie prise durant ce voyage le montre en compagnie de l'ambassadeur américain au Costa Rica.
De retour au Texas, à l'été 1962, Mohrenschildt fait la rencontre de Lee Harvey Oswald et de son épouse Marina Oswald, d'origine soviétique, à Fort Worth. Mohrenschildt témoigna devant la Commission Warren en 1964 avoir rencontré les Oswald par l'intermédiaire George Bouhe, comptable pétrolier et membre éminent de la communauté russo-américaine de Fort Worth. Lorsque Mohrenschildt demanda s'il était prudent de se lier à Oswald, Bouhe répondit avoir consulté le FBI. Mohrenschildt pensait également avoir discuté d'Oswald avec Max Clark, qu'il croyait employé par le FBI, et avec J. Walton Moore, qu'il décrivait (à raison) comme « un agent du gouvernement – du FBI ou de la CIA » , et qui l'avait interrogé à plusieurs reprises après ses voyages à l'étranger, à partir de 1957George de Mohrenschildt, House Select Committee on Assassinations - Appendix to Hearings, Volume 12, 4, ..
Mohrenschildt a témoigné que l'une des personnes avec lesquelles il avait discuté d'Oswald lui avait dit qu'« il était un fou inoffensif ». De retour d'un week-end à Houston, Mohrenschildt constata qu'un cambrioleur s'était introduit chez lui et avait photocopié ses papiers personnels et d'autres documents. Il possédait alors un manuscrit qu'Oswald lui avait confié et comprit que ce document avait probablement été photocopié lors de la perquisition. Sa principale préoccupation était que la CIA soit à l'origine du cambriolage. Selon Mohrenschildt, Moore nia catégoriquement toute implication de la CIA lorsqu'il fut confronté à cette accusation.
En octobre 1962, Oswald informa Mohrenschildt qu'il avait perdu son emploi à Fort Worth. Mohrenschildt lui conseilla alors de chercher du travail à Dallas, où les opportunités seraient plus grandes. De fait, Oswald fut rapidement embauché par la société photographique Jaggars-Chiles-Stovall, basée à Dallas. L'épouse et la fille de Mohrenschildt affirmèrent plus tard que c'était lui qui avait obtenu cet emploi pour Oswald.