(du grec ancien / « similaire » et / « bête ») est un genre fossile de grands félidés de la sous-famille éteinte des Machairodontinae (ou « félins à dents de sabre ») et appartenant à la tribu des Homotherini, ayant vécu en Amérique du Nord, en Afrique, en Eurasie et très probablement en Amérique du Sud il y a entre environ et AP, au cours du Pliocène et du Pléistocène. C'était, avec Smilodon, auquel il n'était pas particulièrement apparenté, l'un des derniers membres survivants de la sous-famille des Machairodontinae durant le Pléistocène supérieur...
Le genre, traditionnellement classé au sein de la tribu des Homotherini, comprend plusieurs espèces dont les taxonomies ne sont pas entièrement certaines. Les découvertes de fossiles dHomotherium ont été nombreuses et réalisées dans de multiples localités géographiquement très éloignées les unes des autres, mais il s'agit dans la plupart des cas de matériaux fragmentaires, la collecte de crânes ou de squelettes complets restant assez rares. Les mises au jour les plus importantes de restes dHomotherium ont été opérées sur les sites paléontologiques de Senèze, en Haute-Loire, de Friesenhahn, comté de Bexar, au Texas, et de Schöningen, en Allemagne.
Homotherium était un grand félin, de taille comparable à celle d'un lion moderne, se présentant régulièrement comme un prédateur au sommet de la chaîne alimentaire au sein des lieux où il nichait. Il mesurait environ au garrot et pesait environ . Le genre Homotherium se caractérise par une tête relativement mince et longue, des canines allongées, bien que comparativement plus courtes que celles de Smilodon, et aplaties avec des bords dentelés pointus, un long cou, des membres antérieurs hauts et une queue courte. Les sections abdominales et caudales de son corps étaient placées plus bas que la section thoracique, de sorte que les silhouette et posture dHomotherium étaient comparables à celles d'une hyène tachetée voire celles d'un ours. La couleur du pelage n'est connue que par une seule découverte d'un jeune spécimen momifié daté du Pléistocène supérieur et dont la robe était unie et de couleur brun foncé. Ses caractéristiques anatomiques indiquent une capacité à courir relativement vite et avec endurance et montrent qu'il était adapté à la poursuite de grandes proies.
Homotherium était un prédateur actif qui se nourrissait essentiellement de pachydermes et d'ongulés. Il vivait en habitat ouvert et probablement en groupe, dont les membres pratiquaient la chasse coopérative. Sa disparition s'est faite progressivement selon les aires régionales de répartition. Les raisons de son extinction ne sont pas établies mais il s'agirait probablement d'une combinaison de plusieurs causes et facteurs : le changement climatique, la disparition du gibier, la concurrence interprédatrice et la coexistence avec des charognards et l'expansion des humains. Selon les périodes chronostratigraphiques, Homotherium aurait très probablement coexisté avec plusieurs espèces humaines, des Australopithèques jusqu'aux hommes de Néandertal et aux hommes modernes. Il est possible que les dents de ce genre de félin à dent de sabre aient été utilisées comme artefact commercial au Paléolithique par les hommes modernes.
Histoire Datation et histoire évolutive Sur la base de l'analyse des séquences d'ADN mitochondrial, la divergence de la lignée du genre Homotherium de celle du genre Smilodon se serait produite il y a environ .. Homotherium pourrait être issu d'espèces africaines appartenant au genre Amphimachairodus..
Homotherium est apparu pour la première fois au Pliocène inférieur, il y a environ , les plus anciens fossiles enregistrés et répertoriés, de datations très proches, ayant été mis en évidence d'une part au sein des catacombes d'Odessa, en Ukraine et d'autre part au sein du site de Koobi Fora, au Kenya, ce qui rend le lieu d'origine du genre incertain.. Le genre s'est répandu en Amérique du Nord au cours du Pliocène supérieur, il y a environ .
En termes régionaux, le corpus de fossiles dHomotherium collectés et datés indique que l'extinction de ce genre de Felidae est survenue en Afrique entre et à d'années AP, durant le Pléistocène inférieur, et à partir d'environ AP en Europe du Sud.. Le déclin de la population du taxon à dents de sabre débute au sein de l'aire eurasienne à partir de AP. Les dernières traces dHomotherium en Europe remontent à la fin du Pléistocène moyen, il y a environ à ., à l'exception d'un unique fossile, un os de mâchoire inférieure, découvert dans une localité néerlandaise située au sud-est de Brown Bank, un banc de sable de la mer du Nord et dont la datation a été estimé entre environ et .. La mise en évidence de ce fossile suggère qu'il pourrait s'agir d'une dispersion dHomotherium survenue au cours du Pléistocène supérieur depuis l'Amérique du Nord, plutôt que d'une occupation continue non documentée de la région. En 2024, un spécimen dHomotherium latidens juvénile momifié datée de à AP a été exhumé au sein du cours de la rivière Badyarikha, en Yakoutie, dans le nord-est de la Sibérie, la présence des restes de cet individu constituant la première occurrence recensée de l'espèce-type du genre au Pléistocène supérieur en Asie.. Homotherium, à travers l'espèce Homotherium serum, s'est éteint en Amérique du Nord il y a environ , dans le cadre de l'extinction de la plupart des grands mammifères américains à la fin du Pléistocène..
Historique des découvertes, recherches et travaux Historique des découvertes, recherches et travaux en Europe, en Afrique et en Asie Les premiers fossiles du genre Homotherium ont été scientifiquement décrits dans une publication de 1846 par Richard Owen qu'il classe au rang d'espèce sous le nom de Machairodus latidens... Cette description du paléontologue britannique prend appui sur l'examen de canines datées du Pléistocène mises en évidence dans la grotte de Kent, dans le Devon, en Angleterre, par le révérend John MacEnery en 1826. Dans son rapport scientifique, Owen signale la présence de fossiles de Machairodus retrouvés dans la chaîne des Siwaliks, au nord du sous-continent indien. Ces ossements, conservés au musée d'histoire naturelle de Londres sous les numéros d'inventaire et , ont été ultérieurement redécrits par Richard Lydekker, puis attribués au genre Homotherium, l'espèce affiliée demeurant cependant indéterminée..
vignette|Crâne d'un spécimen dHomotherium crenatidens, au Museo civico di storia naturale de Gênes. Le Homotherium a été introduit pour la première fois comme sous-genre de Machairodus par Emilio Fabrini dans une publication de 1890 sur la base de matériaux fossiles exhumés dans le Valdarno supérieur et dont la présence d'un long diastème entre les deux prémolaires inférieures en constitue la principale caractéristique distinctive et .. Dans son rapport scientifique, le paléontologue italien décrit par ailleurs deux espèces qu'il attribue à ce nouveau sous-genre : Machairodus (Meganthereon) crenatidens et Machairodus (Meganthereon) nestianus, d'après d'autres restes fossilisés découverts en Italie.
En 1925, le paléontologue suisse expertise un squelette complet d'un Machairodontinae excavé du gisement fossilifère de Senèze, près de La Chomette en Haute-Loire (un site daté du Villafranchien et investigué à partir de 1892), qu'il identifie comme étant un Megantereon cultridens.... Le matériel fossile, daté d'environ AP, est, après réévaluations taxonomiques de spécimens villafranchiens proposées en 1954 et nouvel examen prenant notamment appui sur la morphologie crânienne et ondotonlogique du squelette de Senèze, réassigné en 1963 à l'espèce Homotherium crenatidens.
Jusqu'à la fin des années 1940, le nom générique introduit par Fabrini n'est que rarement utilisé dans la littérature scientifique. Au début du , dans les années 1910, l'espèce Homotherium moravicum a été décrite par le géologue et paléontologue austrio-tchèque Josef Woldřich sur la base de restes découverts au sein d'une grotte creusée dans les parois du site de , en Moravie, dans l'actuelle République tchèque... En 1936, Pierre Teilhard de Chardin décrit la nouvelle espèce Homotherium ultimus en s'appuyant sur l'analyse de fossiles mis en évidence dans le complexe de grottes de Zhoukoudian, dans la région de Pékin, datés du Pléistocène moyen..
En 1947, après des fouilles conduites durant la « mission scientifique de l'Omo », dans les années 1930, Camille Arambourg décrit les fossiles d'une dépouille dHomotherium retrouvés sur le site d'Hadar, en Éthiopie, et désigne le spécimen sous le nom de Homotherium ethiopicum sp....... Ultérieurement, après un réexamen d'une mandibule inférieure de l'holotype de Homotherium ethiopicum, cette espèce africaine décrite et introduite par Arambourg est diagnostiquée comme un nomen dubium, le spécimen découvert sur le site de l'Hadar, compte tenu des conformations odontologiques des prémolaires et , étant plus probablement attribuable au genre Dinofelis....
Dans une publication de 1954, Jean Viret et al., sur la base d'un gisement fossilifère daté du Villafranchien, mis en évidence au sein d'un dépôt de lœss à Saint-Vallier, dans la Drôme, propose d'appliquer le nom Homotherium crenatidens à une grande partie du matériel fossile identifié comme appartenant au genre Homotherium du Pliocène supérieur et du Pléistocène inférieur d'Europe et d'Asie... Néanmoins, en 1979, Giovanni Ficcarelli postule pour conserver Homotherium crenatidens séparée dHomotherium latidens, compte tenu de leurs différences morphologiques. Pour autant, Alan Turner, en 1999, conteste l'affirmation de Ficarelli, estimant que les différences morphologiques pointées restent insuffisantes, invalidant ainsi la distinction entre les deux espèces Homotherium crenatidens et Homotherium latidens.
En 1970, l'espèce Homotherium africanum (nommée à l'origine par Camille Arambourg Machairodus africanus) est assignée au genre et décrite sur la base de restes datés du Pliocène inférieur et moyen et mis au jour au sein du gisement fossilifère d'Aïn Brimba, au nord de la ville de Kébili, dans le sud tunisien....
En 1972, l'espèce Homotherium problematicum (à l'origine désignée sous les termes Megantereon problematicus) est nommée sur la base de matériel osseux fragmenté provenant de la localité de Makapansgat, en Afrique du Sud, et daté du Pliocène supérieur/Pléistocène inférieur... La même année, l'espèce Homotherium davitashvili est décrite sur la base d'un matériel fossile incomplet mis en évidence au sein du site de Kvabebi, en Géorgie....
En 1986, l'espèce Homotherium darvasicum est décrite à partir de matériaux fossiles datés du Pliocène supérieur et mis en évidence au complexe lithostratigraphique de Kuruksay, au sein de la dépression formée par le cours du Pamir, au sud du Tadjikistan.... En 1989, d'autres restes osseux, également exhumés au Tadjikistan, permettent de décrire l'espèce Homotherium tielhardipiveteaui, taxon précédemment nommé par Teilhard de Chardin et Jean Piveteau dans les années 1930.... L'espèce Homotherium hengduanshanense est décrite en 1996 sur la base de fossiles découverts dans les monts Hengduan, dans le sud-ouest de la Chine..
L'espèce Homotherium hadarensis est décrite en 1988 sur la base d'un crâne excavé de la section lithostratigraphique « Denen Dora », au sein de la formation d'Hadar, en région Afar. La validité de Homotherium hadarensis, comme celle de Homotherium problematicum, est cependant remise en question dès 1990 et, ultérieurement, l'ensemble des espèces africaines ayant été incluses au sein du genre Homotherium ne sont plus spécifiées en raison du caractère largement fragmentaire du matériel fossile recueilli et analysé..
Historique des découvertes, recherches et travaux en Amérique