de Clisson, né le au château de Clisson et mort le au château de Josselin, est un grand seigneur féodal breton, représentant le plus illustre de la famille de Clisson, mais aussi comte de Porhoët (Josselin) et baron de Pontchâteau. Bien que longtemps adversaire des rois de France, il est fait connétable de France en 1380 par Charles V, puis est révoqué en 1392. Sa vie est en effet marquée par deux grands retournements, en 1370, lorsqu'il passe du camp du roi d'Angleterre à celui du roi de France, en 1392, lorsqu'il est destitué de ses fonctions à la cour de France.

Fils d'Olivier IV de Clisson, mort en 1343 exécuté de façon arbitraire sur décision du roi Philippe VI, il se range d'abord dans le camp des ennemis des Valois, participant notamment à la bataille d'Auray aux côtés du duc de Bretagne Jean IV et de l'Anglais John Chandos. Puis il se retourne contre le duc pour se mettre au service des rois de France puis . Il est disgrâcié en 1392, lorsque les oncles du roi reviennent au pouvoir à la faveur de sa première crise de folie ; il rentre en Bretagne et se réconcilie en 1396 avec , devenant tuteur de son fils et successeur, .

Il fait preuve d'une exceptionnelle valeur militaire, mais . Sa situation de grand féodal fortuné, impliqué dans les conflits de succession en Bretagne, le plonge au cœur des antagonismes de la guerre de Cent Ans.

Contexte à la naissance d' de Clisson Système politique en France au Depuis le , la société d'Europe occidentale est fondée sur les rapports féodaux.. À l'origine, les liens de vassalité sont des liens personnels, mais dès le , l'aspect économique l'emporte, et le vassal en rendant hommage convoite des terres confiées par les suzerains, le fief.. En outre, il arrive dès l'origine que des vassaux rendent hommage à plusieurs suzerains, pratique devenue générale au .. À cette même époque, les titres de noblesse sont héréditaires.. Chaque seigneur dispose de son fief, peut même le vendre ou l'échanger, et aux liens de vassalité se substituent les alliances et les retenues. Le principe de ces dernières est simple : les princes et grands seigneurs rémunèrent leurs alliés en terres, numéraire et avantages. Les nobles prêtent serment successivement à plusieurs suzerains au gré de leurs intérêts. Et pour pouvoir payer ces nouvelles charges, la haute aristocratie a besoin d'utiliser l'argent public. Les seigneurs justifient les levées d'impôts par les guerres qu'ils doivent mener..

Les sont l'âge des monarchies, mais aussi celui de l'aristocratie, dont les membres les plus importants sont souvent désignés sous le nom de prince. La très haute noblesse, les pairs, est chargée d'assurer la continuité de l'État en cas de vacance du pouvoir, et d'élire le roi s'il n'y a pas d'héritier direct. Au début de la guerre de Cent Ans, les princes de sang royal sont : les ducs de Bourbon, Robert d'Artois, Charles le Mauvais, puis les frères de (Jean, duc de Berry ; ; ), et plus tard le frère de (, duc d'Orléans). Complétant l'aristocratie du royaume de France et bien qu'extérieurs à celle-ci, on trouve les grands seigneurs du Midi (comte d'Armagnac, comte de Foix, familles d'Albret et de Grailly), les ducs de Bretagne et de Lorraine.. Le gouvernement est assuré par le Conseil royal.

Dès le début de la guerre de Cent Ans, les échecs français entraînent un changement radical sur les plans militaire et politique. Les armées de mercenaires, plus efficaces, remplacent les levées féodales constituées par devoir vassalique. Ces armées rétribuées nécessitent des fonds toujours plus importants.. Pour obtenir des fonds par la levée d'impôts, notamment le fouage, les rois doivent passer par la convocation des États généraux, institution créée en 1302 par Philippe le Bel. Ils réunissent le clergé, la noblesse et la bourgeoisie des bonnes villes. Pour asseoir leur pouvoir, les Capétiens s'appuient sur la suzeraineté directe du roi, court-circuitant les couches intermédiaires de l'aristocratie, y compris les ducs..

Situation du royaume de France upright=1.5|vignette|Sphères d'influence et principaux axes commerciaux au royaume de France en 1337.

|alt=Carte de France et du sud de l'Angleterre en 1330 soulignant l'influence anglaise sur tout l'ouest de la France, notamment la route du sel entre la Bretagne et l'Angleterre.

La France au s'étend sur , et est le royaume le plus peuplé d'Europe occidentale (environ seize millions d'habitants).. Les Capétiens sont au pouvoir depuis 987, mais il faut attendre le milieu du pour qu'ils parviennent à s'affirmer face à leurs grands vassaux. Au , lorsque épouse Aliénor d'Aquitaine puis conquiert la couronne d'Angleterre, il est un vassal du roi de France , mais le roi d'Angleterre est suzerain de la moitié du royaume de France. Philippe Auguste parvient par la guerre à rétablir sa suzeraineté directe sur la Normandie, la Bretagne, l'Anjou, le comté du Maine, la Touraine et le nord du Poitou et de la Saintonge. Ses descendants confirment ces succès. Jusqu'à la mort de Philippe le Bel, la dynastie est solide, mais en 1328, s'éteint sans descendance. Le roi d'Angleterre , petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, et le neveu de ce même Philippe le Bel, Philippe de Valois, peuvent prétendre au trône. C'est finalement le second que les pairs du royaume de France choisissent ; il est sacré sous le nom de en 1328..

Début de la Guerre de Cent ans

conteste des annexions opérées par les rois de France sur des fiefs continentaux de l'Angleterre, et s'oppose à l'intrusion française en Flandre, région importante pour l'économie anglaise.. Cette opposition économique et territoriale se traduit diplomatiquement : vassal du roi de France pour certains de ses fiefs, tarde à rendre hommage à . Le roi de France prend prétexte de cet « outrage » pour solliciter auprès du Parlement la levée d'impôts pour la défense du royaume. En 1337, alors que le sacre de n'avait pas fait l'objet de contestations dix ans plus tôt, le roi d'Angleterre, après six ans de négociations sur les contentieux franco-anglais, revendique la couronne de France. saisit l'occasion pour en découdre : la guerre de Cent Ans commence.

Situation en Bretagne

Le duché de Bretagne est proche culturellement d'une partie des îles Britanniques et fait partie de la sphère d'influence économique de l'Angleterre, à laquelle il fournit du sel. La Bretagne a eu les Plantagenêt comme suzerain au , et la Maison d'Anjou profite des conflits entre les comtes de Nantes et les ducs de Bretagne pour prendre la tête du duché en 1156. Entre 1189 et 1204, les Plantagenêt dit « Richard Cœur de Lion », puis Jean sans Terre s'opposent aux tentatives d'autonomie bretonnes, et la crise culmine avec l'assassinat supposé d'Arthur de Bretagne. Le duché bascule dans le giron capétien lorsque Philippe Auguste parvient à placer Pierre Mauclerc à sa tête..

En 1341, la mort de sans héritier entraîne la guerre de Succession de Bretagne (ou guerre des deux Jeanne) entre les partisans de Charles de Blois soutenu par le roi de France et ceux de Jean de Montfort soutenu par le roi d'Angleterre..

Biographie Enfance vignette|upright=1|gauche|Château de Clisson.|alt=Photographie du château de Clisson prise en avril 2009 depuis la rive sud est opposée ; les hautes ruines se détachent sur fond de ciel nuageux ; au premier plan coule la Sèvre nantaise enjambée par un pont de pierre.

de Clisson (voir en Généalogie pour la numérotation de la dynastie), fils d' et de Jeanne de Belleville, naît le dans le château de Clisson..

Son père, qui choisit le camp de Charles de Blois et du roi de France, est gouverneur militaire de Vannes lorsque les Anglais prennent la ville après le quatrième siège de Vannes en 1342. Prisonnier, est conduit en Angleterre et libéré contre une somme relativement peu élevée. Du fait du montant selon eux anormalement faible de cette rançon, le roi de France et ses conseillers soupçonnent Clisson d'avoir intrigué avec le roi . Attiré par traîtrise à Paris, est exécuté par décapitation sur ordre du souverain français le .. Cette exécution expéditive choque la noblesse, la culpabilité de trahison n'étant à l'époque pas publiquement démontréeSelon Georges Bordonove détenait des éléments concrets contre prouvant son revirement., puisque la décision a été le fait du roi, sans procès.. De plus la notion de trahison ne s'entend pas à l'époque de la même manière pour les nobles : ils revendiquent le droit de choisir à qui rendre hommage, sans pour autant être indigne.. Or l'exécution d' de Clisson s'accompagne d'une humiliation posthume : son corps est pendu par les aisselles à des fourches patibulaires au gibet de Montfaucon à Paris, puis sa tête exposée à la porte Sauvetout à Nantes, tandis que le reste de son cadavre est exposé aux portes de Paris, outrages réservés aux dépouilles des grands criminels..

La veuve d', Jeanne de Belleville, fait jurer à ses fils Olivier et Guillaume de venger leur père.. Elle consacre sa fortune à lever une armée pour assaillir les troupes favorables à la France stationnées en Bretagne. Menacée sur terre, elle fait armer deux navires et, toujours accompagnée de ses deux fils, mène une guerre de piraterie contre les bateaux français. Cette épopée s'achève lorsque des vaisseaux du roi de France s'emparent des navires de Jeanne de Belleville qui peut s'échapper avec ses deux fils à bord d'une barque. Les cinq jours de dérive suivants sont fatals à Guillaume, qui meurt de soif, de froid et d'épuisement. Olivier et sa mère sont recueillis à Morlaix par des partisans des Montfort, ennemis du roi de France..

C'est après ces épreuves qu'Olivier de Clisson est conduit par sa mère en Angleterre, alors qu'il est âgé de douze ans. Il est élevé à la cour d' avec le futur , Jean de Montfort, alors prétendant au trône ducal de Bretagne. Le roi d'Angleterre mise sur Montfort, héritier potentiel du duché, mais Olivier de Clisson est apprécié et est traité comme l'égal de Jean.. Jeanne de Belleville épouse Gautier de Bentley, un noble anglais à la tête des armées britanniques œuvrant en Bretagne, vainqueur de la bataille de Mauron en 1352. Pour ses services, Bentley reçoit de nombreux fiefs à Beauvoir-sur-Mer, Noirmoutier, Bouin, etc. L'oncle d'Olivier, Amaury, est conseiller d'. Au cours des dix ans passés à la cour de Londres, Clisson est donc héritier d'une puissance féodale. Ce n'est pas le cas de Jean de Montfort, qui dépend entièrement du bon vouloir du roi anglais.. Physiquement supérieur, Clisson fait figure de bras armé, celui qui peut militairement battre le roi de France..

Durant cette période, prend le dessus sur les monarques français. Les victoires anglaises se succèdent, notamment à Crécy en 1346 et Poitiers en 1356. Les Anglais prennent le contrôle des mers lors de la bataille de L'Écluse (1340) et tiennent Calais. La série de revers pousse certains princes tels Charles le Mauvais, roi de Navarre, et les bourgeois de Paris, las de payer des impôts infructueux, à contester le pouvoir royal. Le successeur de , Jean le Bon, est retenu prisonnier en Angleterre, son fils le dauphin, futur , doit faire face à la révolte conduite par Étienne Marcel en 1358.

Guerre de Succession de Bretagne Olivier de Clisson, féodal puissant vignette|Le duc et ses conseillers.|alt=Enluminure du Moyen Âge représentant sur la gauche le duc Jean IV de Bretagne vêtu d'un manteau rouge et bleu bordé d'hermine de Bretagne, entouré de trois de ses conseillers ; sur la droite, la façade d'un château-fort dont le pont-levis est levé.