Archibald Henry Maule Ramsay, né le 4 mai 1894 et mort le 11 mars 1955, est un officier de l’armée britannique qui embrasse ultérieurement la carrière politique sous l’étiquette unioniste écossaise, en qualité de député au Parlement du Royaume-Uni. À compter de la fin des années 1930, il manifeste des convictions antisémites d’une virulence croissante. En 1940, à la suite de ses accointances avec un individu soupçonné d’activités d’espionnage au sein de l’ambassade des États-Unis, il devient l’unique parlementaire britannique placé en internement administratif en application du Defence Regulation 18B.
En 1939, Archibald Ramsay institue le Right Club, cénacle ouvertement nazi, dont la finalité consiste à fédérer les mouvances d'extrême droite présentes sur le territoire britannique. D’après plusieurs rapports émanant du MI5, il projette concomitamment une tentative de putsch fasciste, appelée à se concrétiser dans l’hypothèse d’un débarquement des forces allemandes au Royaume-Uni. Afin de favoriser l’exécution de cette entreprise insurrectionnelle, il introduit des agents de renseignement au sein de la police, du ministère de la Guerre économique, des services de censure relevant du ministère de l’Air ainsi qu’auprès du cabinet de guerre dirigé par Winston Churchill.
Biographie
Enfance et famille Issu d’un lignage aristocratique écossais, Ramsay appartient à une branche cadette de la maison des comtes de Dalhousie : son grand-père, sir Henry Ramsay, est le frère puîné de George Ramsay. Il reçoit son instruction à Eton College puis au Royal Military College, Sandhurst, avant d’être pourvu d’un brevet d’officier au sein des Coldstream Guards en septembre 1913. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il sert sur le théâtre français durant deux années. Atteint d’une grave blessure crânienne, il est ensuite affecté au War Office, à Londres. Il y fait la connaissance de lady Ismay Crichton-Stuart, qu’il épouse le 30 avril 1917. Celle-ci est l’unique descendante de Jenico Preston et la veuve de Ninian Crichton-Stuart, parlementaire mort au combat en 1915. Déjà mère de trois enfants lors de cette union, elle donne ensuite naissance à quatre fils issus de son mariage avec Ramsay ; l’aîné trouve la mort au combat en 1943.
Au crépuscule des hostilités mondiales, Ramsay rallie la Mission militaire britannique établie à Paris Son état physiologique, corrodé par des traumatismes de guerre, impose son éviction temporaire des effectifs en 1920, prélude à un retrait définitif de l’armée acté en 1922 avec le grade de capitaine. La décennie consécutive le voit exercer des fonctions de mandataire social aux abords d'Arbroath, dans la province d'Angus, période durant laquelle il s'affilie au Parti unioniste. Son accession à la députation pour la circonscription de Peebles et du Midlothian méridional intervient lors du scrutin général de 1931. En dépit de son assise locale, Ramsay n'émarge pas parmi les personnalités promises aux hautes sphères étatiques ; son activité institutionnelle culmine avec son intégration à l'Office de régulation du marché de la pomme de terre. Il incarne alors l’archétype du « gentleman politicien », figure consubstantielle à l'Écosse rurale de l'entre-deux-guerres : issu du second ordre, formé au sein des académies d'Eton et de Sandhurst, vétéran des forces armées et châtelain. Au sein de la Chambre des communes, son action législative se circonscrit, jusqu'en 1937, à la défense des intérêts agraires, singulièrement ceux des terroirs écossais. Connu sous l'hypocoristique de « Jock », il bénéficie d'une notable faveur auprès de son électorat.
Guerre civile espagnole L’éclatement de la guerre civile espagnole marque un point de rupture définitif dans la trajectoire politique d’Archibald Maule Ramsay. Initialement cantonné au rôle de parlementaire conservateur aux positions conventionnelles — une période que l’historien Richard Griffiths qualifie de « relativement atone » — Ramsay subit une radicalisation profonde sous l’effet du conflit ibérique. Bien que de confession protestante, il manifeste une adhésion indéfectible à la cause des nationalistes dirigés par Francisco Franco. Cette allégeance procède d'une réprobation virulente de l'anticléricalisme républicain, dont les exactions contre les institutions ecclésiastiques heurtent ses convictions religieuses. Ramsay fustige une République qu'il juge intrinsèquement athée et dénonce, dès les prémices des hostilités, la partialité alléguée des comptes rendus de la BBC. Il s'attache notamment à souligner les liens organiques unissant le camp républicain à l'Union soviétique. L’implication de Moscou aux côtés des forces loyalistes est perçue par Ramsay comme une agression belliqueuse, l'incitant à œuvrer pour le triomphe de la faction nationaliste contre des adversaires qu'il taxe d'impiété. Le 4 juin 1937, lors d'une intervention à la Chambre des communes consécutive à l'avarie du cuirassé de poche allemand Deutschland — frappé par une escadrille soviétique au large des côtes espagnoles —, Ramsay soutient que cet assaut résulte d'une machination ourdie par des instances communistes internationales visant à provoquer un embrasement européen généralisé. En juillet de la même année, il fustige la diplomatie française pour la signature du traité franco-soviétique d'assistance mutuelle de 1935. Selon son analyse, cet accord constitue un vecteur de propagande subversive, lequel représenterait pour l'intégrité de la Grande-Bretagne une menace plus insidieuse que les forces conventionnelles de l'Armée rouge.
À la fin de l’année 1937, Alexander Ramsay institue le « Front chrétien uni », organisation destinée à combattre les offensives dirigées contre le christianisme et réputées procéder de Moscou. L’initiative reçoit l’adhésion de nombreux pairs du royaume ainsi que de plusieurs dignitaires ecclésiastiques de premier plan. Elle suscite néanmoins une réprobation publique exprimée dans une lettre adressée au journal The Times par diverses autorités religieuses, parmi lesquelles figurent William Temple et Donald Soper. Les signataires exposent que, tout en souscrivant au principe d’une concorde entre confessions chrétiennes, ils se refusent à avaliser le Front chrétien uni, au motif que celui-ci concentre principalement son action sur la Guerre d’Espagne et en propose, selon eux, une interprétation entachée de partialité.
Informé de la tenue projetée, à Londres en 1938, d’un congrès de libres-penseurs placé sous l’égide de la Fédération internationale des libres penseurs, Ramsay entreprend, avec l’appui de plusieurs parlementaires acquis à ses vues, d’en discréditer publiquement l’initiative. Il qualifie ainsi la manifestation de « conférence athée » et soutient qu’elle procède d’une officine inféodée à Moscou. Le 28 juin 1938, il sollicite de la Chambre l’autorisation de déposer, sous la forme d’une proposition législative, un texte intitulé « projet de loi sur la restriction des étrangers (blasphème) », destiné à prohiber l’accès du territoire britannique aux participants du congrès. La motion obtient l’assentiment de cent soixante-cinq députés contre cent trente-quatre ; le projet est néanmoins repoussé au terme de la procédure parlementaire. Son hostilité à l’endroit du communisme le conduit parallèlement à invoquer certains précédents étrangers. Le 13 janvier 1938, au cours d’une allocution prononcée devant l’Arbroath Business Club, il affirme que l’aversion manifestée par Adolf Hitler envers les Juifs procède de la conviction selon laquelle « le véritable pouvoir derrière la Troisième Internationale est un groupe de Juifs révolutionnaires ».
En 1938, Ramsay prend connaissance de l’ouvrage Les Dirigeants de Russie, rédigé par le prêtre catholique irlandais Denis Fahey, auteur marqué par un positionnement contre-révolutionnaire et antisémite. L’ecclésiastique y soutient que, parmi les cinquante-neuf membres du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique en 1935, cinquante-six sont juifs, les trois autres étant unis par alliance matrimoniale à des familles juives. À la suite de cette lecture, Ramsay adhère aux constructions conspirationnistes antisémites et attribue aux Juifs une fonction instigatrice dans plusieurs bouleversements politiques majeurs de l’époque moderne et contemporaine. Il présente ainsi la guerre civile anglaise comme le produit d’une action occulte dans laquelle Oliver Cromwell intervient en qualité d’auxiliaire dirigé contre Charles Ier. Il impute également aux Juifs la responsabilité de la Révolution française, de la Révolution russe ainsi que de la guerre d'Espagne. Ramsay affirme dès lors sa conviction que le bolchevisme procède intrinsèquement du judaïsme et considère l’Allemagne nationale-socialiste comme l’unique rempart susceptible de s’opposer à cette dynamique supposée. Selon ses propres formulations, Adolf Hitler constitue le seul chef d’État à avoir discerné l’ampleur véritable de ces événements et à avoir identifié, derrière les violences locales, ce qu’il interprète comme l’action coordinatrice d’un « judaïsme mondial ». Parallèlement, ses positions deviennent de plus en plus favorables au Reich allemand. En septembre 1938, il adresse ainsi au Times une lettre dans laquelle il défend le droit des populations sudètes à l’autodétermination.
Le 15 novembre 1938, Ramsay est convié à un déjeuner organisé à l’ambassade d’Allemagne à Londres, au cours duquel il fréquente plusieurs partisans britanniques du national-socialisme, parmi lesquels figure Barry Domvile. En décembre de la même année, il dépose une nouvelle proposition parlementaire, intitulée « Loi modificative relative aux sociétés (1929) », visant à imposer la détention nominative des participations au capital des agences de presse et des organes périodiques, en proscrivant le recours aux prête-noms. Dans l’exposé justificatif accompagnant cette initiative, Ramsay soutient que la presse nationale se trouve sous l’emprise de « financiers internationaux » établis à New York, lesquels chercheraient à précipiter le Royaume-Uni dans un conflit armé. La Chambre l’autorise à présenter le texte par cent cinquante et une voix contre cent quatre ; la proposition est néanmoins repoussée lors de la suite de la procédure législative.
Controverse Le 10 janvier 1939, Ismay Ramsay intervient devant l’Arbroath Business Club et y soutient que la presse nationale se trouve « largement sous contrôle juif », tout en attribuant à « un groupe international de Juifs » la responsabilité des mouvements révolutionnaires observés à l’échelle mondiale. Elle avance en outre que Adolf Hitler « possède ses raisons d’agir de la sorte ». Relatés par la presse locale, ces propos suscitent la réaction du rabbin Salis Daiches, alors ministre du culte de la congrégation hébraïque d’Édimbourg, qui adresse au The Scotsman une lettre dans laquelle il somme Mme Ramsay d’étayer ses assertions. Celle-ci entreprend alors de justifier sa position en invoquant une brochure rédigée par le père Denis Fahey. La controverse épistolaire qui s’ensuit se prolonge durant près d’un mois et comprend notamment une missive collective signée par onze ministres de l’Église d’Écosse issus du comté de Peebles, lesquels réfutent publiquement les déclarations de leur députée.