Bill Viola, né le à New York et mort le à Long Beach, est un vidéaste américain.

Il s'est notamment illustré par la création d'installations vidéo monumentales comme celle au Grand Palais de Paris en 2014.

Biographie

Sa première expérience marquante se produit quand il a 6 ans. Alors qu'il est en vacances avec sa famille, il manque de se noyer dans un lac et il est sauvé par son oncle. Il a raconté bien plus tard qu'il a été très marqué par les quelques instants passés au fond de l'eau, pendant lesquels il a un sentiment de légèreté absolue et de beauté immersive.

Bill Viola étudie les arts plastiques à l'université de Syracuse de New York mais, n'étant pas à l'aise dans les cours qu'il trouve trop traditionnels, il rejoint une section créée par le professeur Jack Nelson pour les élèves inadaptés aux autres sections, l'« experimental studio », où il entre en contact avec la vidéo.

Plus intéressé par la musique que par l', il suit des cours de musique électronique sur synthétiseur, ce qui lui permet d'appréhender le signal électronique comme un matériau avec lequel il peut travailler. Fasciné par la « continuité du signal vidéo par rapport à l'attente qu'induit le développement de pellicule », il aborde ainsi la vidéo en termes de signal et non d'image. Totalement enthousiasmé par ce nouvel outil, Viola dit avoir fait en 1973 plus de bandes que durant n'importe quelle autre année.

Viola commence à mettre en place des installations vidéo en utilisant des moniteurs, puis des projections de ses vidéos sur de grandes surfaces dès 1973. Il participe à cette effervescence qui entoure le tout nouvel art vidéo dans des manifestations, avec des artistes comme Nam June Paik, Bruce Nauman, Richard Serra, Peter Campus, Vito Acconci, Joseph Beuys , Wolf Vostell, Frank Gillette, Ira Schneider, Juan Downey, Thierry Kuntzel. Il est, comme eux, influencé par le performance art. Ainsi, en 1975, dans une performance intitulée Free Global Distribution, il tente pendant une journée d'apparaître sur le maximum de photographies de touristes à Florence.

Vers le milieu des années 1970, il voyage en Orient poussé par une quête spirituelle. En 1980, lors d'un voyage au Japon à la faveur d'une bourse d'études, il rencontre le maître zen Daien Tanaka qui devient son guide spirituel.

Bill Viola décrit ses premières bandes en citant Marshall McLuhan : , c'est-à-dire que leur sujet, ce qui est mis en scène, c'est la technologie vidéo elle-même ; mais il pense ensuite qu'il doit aussi considérer à parts égales le système perceptif humain, ce qui transparaît dans Red Tape (1973), considérée comme une bande de transition vers la prise en compte du spectateur.

Viola cherche désormais, dans une démarche intimiste, à exprimer son cheminement émotionnel et spirituel, où il n'hésite pas à donner des images de lui-même ou de sa famille. Il fait également souvent appel à des thèmes récurrents : la vie, la mort, le sommeil, le rêve, l'eau, le feu, le désert…

Par exemple, en 1991, il réalise The Passing : cette bande vidéo est une réflexion sur la vie et la mort, en réaction aux événements presque simultanés de la mort de sa mère et de la naissance de son deuxième fils. On peut y voir, accompagnés de sons sourds angoissants, des images de son fils, de sa mère agonisant sur son lit d'hôpital, de paysages déserts, de Viola se réveillant en sursaut dans son lit, d'objets tombants au ralenti ou dans l'eau, etc. Démarche artistique

La vidéo comme expérience du temps

Bill Viola aborde la vidéo comme un médium permettant de travailler simultanément l’image, le son, l’espace et la durée. Dès ses premières œuvres, il ne s’intéresse pas seulement à ce qui est représenté, mais également aux conditions techniques et perceptives dans lesquelles une image apparaît. Ses installations associent ainsi moniteurs, projections, dispositifs sonores, obscurité et organisation architecturale afin d’intégrer le spectateur à l’œuvre.

Le ralentissement constitue l’un des procédés majeurs de son travail à partir des années 1990. Des actions parfois enregistrées en quelques secondes ou quelques minutes sont étirées de manière à rendre perceptibles les transformations les plus discrètes des visages, des gestes et des postures. Ce ralentissement ne vise pas seulement un effet spectaculaire : il déplace l’attention du déroulement narratif vers l’observation des états physiques et émotionnels des personnages.

Le son occupe également une place déterminante dans ses installations. Il peut provenir directement des éléments représentés — eau, feu, souffle ou mouvement — ou être composé de vibrations graves, de résonances et de nappes sonores qui modifient la perception physique de l’espace. Les images ne sont donc pas conçues comme des séquences vidéo autonomes, mais comme les composantes d’environnements audiovisuels.

Les thèmes de la naissance, de la mort, du sommeil, de la mémoire, du passage et de la transformation traversent l’ensemble de son œuvre. L’eau et le feu y apparaissent de manière récurrente, à la fois comme des phénomènes matériels et comme des images de destruction, de purification ou de renaissance. Ces motifs sont nourris par l’intérêt de Viola pour différentes traditions spirituelles et philosophiques, notamment le bouddhisme zen, le soufisme et le mysticisme chrétien, sans que ses œuvres se rattachent à une doctrine religieuse unique.

Collaboration avec Kira Perov

À partir de la fin des années 1970, Bill Viola travaille en étroite collaboration avec Kira Perov, rencontrée lors d’un séjour en Australie. Celle-ci devient directrice du studio et participe à la préparation, à la production et à l’installation des œuvres, ainsi qu’à la documentation des tournages et à l’édition des publications consacrées à l’artiste.

La réalisation des installations les plus complexes repose sur un travail collectif impliquant également interprètes, techniciens, ingénieurs du son et spécialistes de l’image. Cette organisation permet à Viola d’employer successivement la bande magnétique, la projection vidéo, les écrans plats, les caméras à haute vitesse et la vidéo numérique en haute définition.

Dialogue avec l’histoire de l’art

À partir des années 1990, Bill Viola développe un dialogue plus explicite avec la peinture religieuse de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Il ne cherche cependant pas à reproduire littéralement des tableaux anciens : il en reprend certaines compositions, attitudes ou structures narratives afin de les transformer par le mouvement, le son et la durée.

Présentée dans le pavillon des États-Unis lors de la Biennale de Venise de 1995, The Greeting s’inspire de La Visitation du peintre maniériste Pontormo. Une rencontre filmée en moins d’une minute est diffusée au ralenti pendant environ dix minutes, rendant progressivement visibles les échanges de regards, les mouvements du corps et les variations d’expression des trois femmes représentées.

Au début des années 2000, la série The Passions approfondit cette recherche sur la représentation des émotions. Les personnages y sont filmés sur des fonds sombres, dans des compositions évoquant des retables ou des tableaux de dévotion. Les expressions et les gestes, enregistrés à grande vitesse puis fortement ralentis, passent successivement par différents états affectifs tels que la peur, la douleur, la colère, l’étonnement ou la consolation.

The Quintet of the Remembrance (2000), qui appartient à cet ensemble, montre cinq personnages traversés par une succession d’émotions. L’œuvre renvoie notamment à des compositions de Jérôme Bosch, Andrea Mantegna et Dirk Bouts, dont Viola transpose l’organisation collective et l’intensité expressive dans le temps de la vidéo.

Réalisée en 2002, l’installation Emergence est inspirée d’une fresque de Masolino da Panicale représentant le Christ sortant de son tombeau. Dans la vidéo, un jeune homme émerge lentement d’une citerne remplie d’eau avant d’être soutenu par deux femmes. La référence à la Résurrection est ainsi associée aux images de la naissance, de la mort et du deuil.

Installations monumentales

Dans Nantes Triptych (1992), trois projections vidéo sont organisées selon la forme d’un triptyque. Le panneau de gauche montre un accouchement, celui de droite les derniers instants d’une femme mourante, tandis que l’image centrale présente un corps immergé dans l’eau. En rapprochant la naissance, la vie consciente et la mort, l’œuvre reprend la structure d’un retable tout en utilisant des images enregistrées d’événements réels.

Commandée en 2002 par le Deutsche Guggenheim de Berlin, Going Forth by Day est une installation composée de cinq projections monumentales diffusées directement sur les murs d’une salle. Décrite par l’artiste comme un cycle de « fresques » numériques, elle associe plusieurs récits consacrés au départ, au désastre, à la mort et à la renaissance. Les spectateurs sont placés au centre des projections et doivent se déplacer pour suivre les différentes séquences.

En 2005, Bill Viola conçoit quatre heures d’images vidéo destinées à la mise en scène de l’opéra Tristan et Isolde de Richard Wagner, réalisée par Peter Sellars, sous la direction musicale d’Esa-Pekka Salonen. Projetées au-dessus des chanteurs, les séquences ne décrivent pas directement l’action scénique, mais proposent un développement visuel parallèle autour du désir, de la séparation, de la purification et de la mort.

En 2014, Martyrs (Earth, Air, Fire, Water) est installé dans la cathédrale Saint-Paul de Londres. Quatre personnages y sont soumis aux forces croissantes de la terre, de l’air, du feu et de l’eau avant de disparaître en s’élevant. L’installation est complétée en 2016 par Mary, œuvre consacrée à la maternité et au deuil. Présentées dans le chœur de la cathédrale, les deux installations constituent un ensemble permanent prêté par la Tate.

Réception et reconnaissance institutionnelle

En 1995, Bill Viola représente les États-Unis à la Biennale de Venise avec l’exposition Buried Secrets. Entre 1997 et 2000, une rétrospective organisée par le Whitney Museum of American Art circule notamment au musée d'Art du comté de Los Angeles, au Whitney Museum, au Stedelijk Museum Amsterdam, au musée d’Art moderne de Francfort, au musée d'Art moderne de San Francisco et à l’Art Institute of Chicago.

En 2014, le Grand Palais à Paris organise la première grande rétrospective française consacrée à l’artiste. L’exposition rassemble plus de vingt installations et « tableaux en mouvement » réalisés depuis 1977, organisés autour de questions liées à la conscience, au rêve, à la vie, à la mort et à la transfiguration.

Prix et distinctions 2009 : Prix international de Catalogne, de la Généralité de Catalogne, Barcelone. 2010 : Doctorat honoris causa de l'université de Liège. 2011 : Praemium Imperiale.

Aspects de ses expérimentations La remise en cause de la perception humaine

Relativité du grand et du petit Jeu des échelles… Macrocosme-microcosme L'espace-temps Toutes les réalisations de Viola explorent, à travers divers procédés, l'espace-temps.

La multiplicité de ses techniques Afin de pousser les limites de notre perception, Bill Viola utilise toutes sortes de dispositifs de captation : il ajoute à ses caméras des systèmes optiques habituellement réservés à la saisie d'images pour la science, comme un téléobjectif pour pénétrer le désert de Chott-el-Djerid, ou un objectif macro pour cadrer une goutte d'eau Il bricole également des systèmes saugrenus de prises de vues avec miroirs, moteurs et mécaniques pour élargir le champ de vision ; pour The Semi-Circular Canals, par exemple, la caméra est installée à l'extrémité d'une planche suspendue à un arbre.

Il n'y a pas, ou peu, de trucages dans les images de Viola, tout au plus du ralenti ou de l'incrustation au service d'un réalisme. Grâce à la mise en scène, au montage et à la sonorisation, il donne un sentiment d'étrangeté à l'image la plus banale.