(Prononciation retranscrite selon la norme API., en français : ) est une chanson en langue wallonne écrite par Jacques Bertrand vers le milieu du , vraisemblablement en 1865. Également connue sous le titre Lolote , elle raconte l'histoire d'une rencontre amoureuse lors d'une fête rurale donnée à l'occasion d'une pendaison de crémaillère.

Adaptée dans différentes variétés linguistiques régionales, la chanson connait un grand succès en Wallonie et en particulier à Charleroi, où elle est considérée comme une chanson emblématique.

À compter des années 1970, elle est associée à la personnalité de Julos Beaucarne, qui la re-popularise sous le titre . Elle connait ensuite de nouvelles orchestrations qui la modernisent, notamment sur l'initiative de William Dunker, qui figure aussi parmi ses interprètes les plus connus.

Auteur et contexte

Jacques Bertrand commence à écrire des textes de chansons en français et en ouest-wallon vers l'âge de trente ans. Personnalité très liée à l'univers de la chanson, il est un des fondateurs et des auteurs attitrés de la société de bienfaisance Les Braillards (ou Breyards), fondée à Charleroi durant la vogue qui suit le succès de la Société du Caveau. Il compose aussi pour la société chantante Les Mirlitons. Plus tard, en 1864, il fonde et préside une troisième organisation appelée La Lyre ouvrière. Son modèle, en matière de chanson, est Pierre-Jean de Béranger.

Le wallon de Jacques Bertrand reflète la langue vivante parlée à son époque, qui intègre de nombreux mots empruntés au français. Le philologue Jacques Lardinois observe que . Bertrand ne sait ni lire, ni écrire la notation musicale ; lorsqu'il compose lui-même ses airs, ceux-ci sont donc notés par l'un de ses amis et collaborateurs, Adolphe Miche.

Maurice Piron situe la rédaction de en 1865. Sa première publication connue, dans le Journal de Charleroi, est datée du .

La chanson

est écrite sur l'air de la chanson Te souviens-tu ?, composé à l'origine par Joseph-Denis Doche pour la comédie Les Deux Edmond, créée au théâtre du Vaudeville le ..

La forme de suit la coupe fournie par Pierre Capelle dans son Tableau des airs par ordre de coupe : de huit vers de dix syllabes, à rimes croisées commençant par une rime féminine. Elle convient donc à plusieurs airs distincts.

Le sujet est la rencontre d'un jeune homme avec une certaine « » , la naissance de ses sentiments amoureux et sa mésaventure lorsque le père de celle-ci s'avise du caractère trop marqué de son intérêt. Jacques Bertrand en fait , . Il ne s'agit pas d'une histoire autobiographique ; selon la tradition, elle serait en fait inspirée d'une expérience d'un neveu du chansonnier.. La Charlotte en question n'a pas été identifiée. thumb|alt=Petite église de style composite. Le clocher, de style roman, est en pierre plus ancienne et usée que la nef, de style gothique. Il est surmonté d'une très haute flèche étroite, en ardoise, qui semble constituer la majeure partie de la tour. Les environnements immédiats sont verdoyants, le ciel bleu est parsemé de quelques nuages.|Le « » (« clocher malingre ») de l'église Saint-Laurent de Couillet, évoqué dans la chanson.

+Version originale de Jacques BertrandTraduction en français Un des personnages mis en scène est Jean-Laurent Deval (1816-1884), un musicien originaire de Thiméon, bien connu à l'époque sous les surnoms (« Jean de Thiméon »), (« Jean d'Azebois », du nom d'un hameau de Thiméon), (« Jean du Déménagement ») et (« Jean le Blanchisseur, le Badigeonneur »). C'est ce dernier sobriquet qui est cité dans la troisième strophe.

Sur le plan formel, la chanson présente des archaïsmes tels que « » (désignation de la rivière Sambre sans article) et « » (ancienne forme conjuguée du verbe « être »), de même que deux gallicismes (« » employé à la place d’« » et « » employé à la place d'« »). Bertrand fait compter les e atones dans la mesure des vers, suivant les règles de la métrique française.

Interprétations Dans les dernières années du , est interprétée par des chanteurs renommés localement comme Jules Cognioul.. À compter des années 1930, elle est régulièrement retransmise à la radio, dans des versions chantées par Oscar Sabeau.., Modeste Molle., René Godeau..…

Dans la seconde moitié du , elle est encore interprétée et enregistrée par de nombreux chanteurs ou groupes belges : Bob Dechamps, Julos Beaucarne sur ses disques Chandeleur septante-cinq (1975) et (1980)., Georges Legrand et son orchestre sur leur disque La Farandole des provinces wallonnes (1976)., La Girolle sur son disque Semer le soleil (1979)., Amici cantores sur son disque Chantons ensemble les plus beaux airs wallons (1982)..

William Dunker, qui l'a chantée sur scène avec Beaucarne, l'enregistre à trois reprises  : d'abord sous son pseudonyme « Alfred », en duo avec l'accordéoniste Marc Keiser, sur le disque (1996), puis sur son disque (2007). et enfin pour son album live (2015). Après lui, plusieurs interprètes s’approprient encore le titre : sur son disque (2014), , .

La version enregistrée par Beaucarne présente des variantes par rapport à la mélodie originale, ce qui laisse supposer une transmission partiellement orale.

En 1992, est sélectionnée parmi les 13 chants wallons du Pays de Grétry qui sont enregistrés par Amici cantores à la suite de l'opéra Lucile d'André Grétry, dirigé par Henri-Emmanuel Koch, sur un disque du label Duchesne. L'interprète est alors José Razador (1935-2017) ..

Postérité thumb|alt=Un homme vêtu d'une veste en cuir et d'un pantalon sombre fait face à l'objectif, debout, dans une pose décontractée. Il croise les jambes et étend les bras, à la hauteur de ses épaules, pour les appuyer sur une paroi de bois semblable à une porte d'écurie, sur laquelle des inscriptions à la craie semblent à moitié effacées. Le numéro 13, en lettres blanches sur un petit panneau, est affiché exactement au-dessus de sa tête.|Julos Beaucarne en 1970. C'est sa reprise de , en 1975, qui remet le titre à l'honneur. est rapidement diffusée à l'écrit, d'abord dans le Journal de Charleroi du , puis dans des recueils rassemblant l'œuvre de Jacques Bertrand. Le premier de ceux-ci, qui parait chez Cador à Charleroi en 1867, est suivi de nombreux autres, notamment à l'enseigne Aux 100.000 Chansons. ; on dénombre 14 éditions des chansons de Bertrand entre cette date et 1933.

Depuis 1936, le carillon du beffroi de l'hôtel de ville de Charleroi joue quarante mesures de la mélodie de à chaque heure trente. En 1979, le philologue Maurice Piron décide d'inclure Jacques Bertrand parmi les auteurs de sa grande Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie ; est alors le seul titre qu'il sélectionne.

Progressivement, la chanson commence à être désignée par un titre alternatif, (habituellement orthographié avec un seul t, en vertu des principes de transcription du système Feller). Dans les années 1960, elle est encore intitulée lorsqu'elle est commercialisée par Pathé Records dans plusieurs disques 45 tours de Bob Dechamps. En 1975, en revanche, elle est diffusée sous le titre par Julos Beaucarne, sur son disque Chandeleur septante-cinq. Postérieurement, c'est cette désignation qui devient la plus familière du grand public. Aujourd'hui, est donc mieux connue sous le titre ...

Dans les années 2000, elle a acquis un statut de « chanson culte » à Charleroi. Comme l'écrit le journaliste Martial Dumont :

La ville de Charleroi a rebaptisé une rue de Couillet  rue Lolote, en référence à la chanson.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes Chanson wallonne Jacques Bertrand (chansonnier) Pays de Charleroi (hymne)

Bibliographie

Ouvrages consacrés à Jacques Bertrand

Autres ouvrages

Liens externes

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