Nnanga Kôn (traduit par Le Revenant Albinos) est un roman de l'écrivain camerounais Jean-Louis Njemba Medou, paru initialement en 1932. Cet ouvrage occupe une place historique fondamentale puisqu'il est considéré comme le tout premier roman écrit par un Camerounais, marquant ainsi l'acte de naissance de la littérature camerounaise moderne. Contexte historique et auteur L'auteur, Jean-Louis Njemba Medou (1902-1966), est un instituteur formé auprès des missionnaires presbytériens américains installés à Ebolowa, dans le Sud du Cameroun. Après une carrière dans l'enseignement public comme directeur d'école et un stage pédagogique en France à l'École normale supérieure de Saint-Cloud, il est contraint de changer de corps de métier en 1957 à la suite d'un accident de la circulation. Il devient secrétaire d'administration en 1964 et achève sa vie active comme deuxième adjoint préfectoral à Bafia.
Le roman, rédigé en langue bulu, s'inspire de faits historiques précis: l'arrivée, le 8 septembre 1893, du premier missionnaire blanc en pays Bulu, Adolphus Clemens Good (1856-1894). L'apparence physique de ce dernier, perçue par les populations locales comme celle d'un «fantôme aux cheveux de barbe de maïs», lui vaut le pseudonyme de Nnanga Kôn, qui donne son titre à l'œuvre. Plus tard, le missionnaire sera surnommé Ngôtô Zambe. Trame narrative et description de l'œuvre L'action s'ouvre dans le village de Monezula, une communauté pacifique vivant au rythme des activités agro-pastorales, de la chasse au filet et du partage traditionnel du gibier. Les journées des Bulu sont rythmées par les travaux des champs, tandis que les après-midis et les soirées au clair de lune sont consacrés aux loisirs, aux compétitions de lutte avec les voisins Fang, aux contes et aux causeries familiales.
L'équilibre du village est rompu par l'annonce double de la mort du patriarche Éla Mvondo et du crépitement du «tam-tam de la lance», instrument de télécommunication traditionnel sonnant le début de la guerre et signalant l'arrivée de l'albinos fantôme, Nnanga Kôn. Alors que les rites funéraires imposent l'exécution sacrificielle de veuves et d'esclaves, dont une femme nommée Angoneman, pour accompagner le défunt dans l'au-delà, Nnanga Kôn surgit et la sauve d'une mort certaine. Angoneman accepte de le suivre vers la côte, déclenchant une expédition des Bulu pour la récupérer, celle-ci revenant de droit au successeur du patriarche, Mvondo Éla. Le roman se clôt sur la conversion religieuse d'Angoneman et de son époux. Valeur anthropologique Au-delà de sa trame romanesque, Nnanga Kôn sert de conservatoire de la culture et des traditions de l'aire culturelle Beti-Bulu-Fang. L'œuvre immortalise les us et coutumes de la fin du , décrivant minutieusement le jeu de sagaie, les proverbes, les devinettes, les rituels du mariage (notamment le rapt galant), les règles successorales, l'art de la guerre, l'habitat traditionnel, ainsi que la poésie instrumentale du tambour d'appel (ou tam-tam). Postérité et impact culturel Bien qu'écrit dans les années 1930, le roman a fait l'objet de plusieurs rééditions, notamment par la Société de presse et d'éditions du Cameroun (SOPECAM) en 1989.
Le Prix Nnanga Kon En hommage à cette œuvre fondatrice, les Grands Prix des Associations Littéraires (GPAL) ont parrainé la création du Prix Nnanga Kon. Ce prix littéraire annuel se donne pour mission de mettre en lumière des écrivains camerounais émergents résidant et écrivant au Cameroun. Géré par un comité indépendant composé de journalistes et de promoteurs culturels, le prix récompense la pertinence de textes d'envergure ayant préalablement fait l'objet d'une présélection aux GPAL. Notes et références
Voir aussi Articles connexes Littérature camerounaise Bulu (langue) Grands prix des associations littéraires
Catégorie:Roman camerounais Catégorie:Roman paru en 1932 Catégorie:Premier roman